Projet Montréal dénonce un «massacre à la tronçonneuse» au parc Jean-Drapeau

Le projet de «mise en valeur» d’une partie de l’île Sainte-Hélène comprend l’aménagement d’un «amphithéâtre naturel» à l’endroit où se tiennent les festivals Osheaga et Heavy MTL.
Photo: Philippe Rousseau Le projet de «mise en valeur» d’une partie de l’île Sainte-Hélène comprend l’aménagement d’un «amphithéâtre naturel» à l’endroit où se tiennent les festivals Osheaga et Heavy MTL.

Projet Montréal critique sévèrement l’administration Coderre pour avoir lancé les travaux de réaménagement de 73 millions du parc Jean-Drapeau de l’île Sainte-Hélène sans avoir mené de consultations publiques. Des travaux qui nécessiteront par ailleurs l’abattage d’au moins un millier d’arbres sur cette île du fleuve Saint-Laurent.

La chef de Projet Montréal, Valérie Plante, qualifie l’imposant chantier de deux ans de « massacre à la tronçonneuse » du parc Jean-Drapeau, jugeant que les millions de dollars de fonds publics injectés dans le projet serviront d’abord les intérêts d’un promoteur privé, evenko, qui y organise chaque année des spectacles.

Le projet de « mise en valeur » d’une partie de l’île Sainte-Hélène comprend effectivement l’aménagement d’un « amphithéâtre naturel » à l’endroit où se tiennent les festivals Osheaga et Heavy MTL, tous deux organisés par evenko.

« Ce sera un énorme amphithéâtre de béton. C’est comme si on voulait faire une deuxième place des Festivals, alors que le site aurait mérité un aménagement beaucoup plus léger et faisant davantage place à la nature », fait valoir Mme Plante.

Les travaux, financés par Montréal et le gouvernement du Québec, prévoient en outre la mise en place d’un « village événementiel », d’une nouvelle « promenade riveraine » et d’une « Allée Calder » qui doit relier l’oeuvre de l’artiste à la Biosphère. Ils doivent commencer ce printemps, ce qui signifie que ce secteur ne sera pas accessible durant l’année du 375e anniversaire de Montréal.

Arbres abattus

Un tel chantier sur un site emblématique de Montréal aurait nécessité la tenue de consultations publiques, selon Valérie Plante.

Or, dénonce-t-elle, la Ville n’a jamais procédé à cet exercice démocratique avant de lancer les travaux, qui doivent se terminer en 2019. Le parc Jean-Drapeau prévoit pourtant de mener des consultations dans le cadre de la révision de son plan directeur.

Qui plus est, les divers aménagements à venir seront précédés de l’abattage de plus d’un millier d’arbres, dont plusieurs arbres matures. La Société du parc Jean-Drapeau reconnaît d’ailleurs que 1061 arbres seront abattus, essentiellement dans la partie sud de l’île Sainte-Hélène.

Sa porte-parole, Geneviève Boyer, précise toutefois que « 100 % des arbres coupés seront compensés », soit sur le site des travaux, soit à l’extérieur de celui-ci. Selon un inventaire réalisé pour le compte de l’organisation, 71 % des arbres abattus auraient par ailleurs une « valeur de conservation faible », en raison de leur état de santé, de leur dimension et de leur essence.

Le Devoir a demandé une copie du rapport d’expertise. Le document n’est pas « public », a répondu la Société du parc Jean-Drapeau.

Emmanuel Rondia, du Conseil régional de l’environnement de Montréal, déplore que cette étude ne soit pas publique. Selon lui, les conclusions de l’inventaire sont pour le moins « étonnantes ». Il estime d’ailleurs qu’il aurait été nécessaire de mener une véritable réflexion sur la pertinence de l’abattage, ce qui n’a pas été fait.

Coderre se défend

Interpellé jeudi au cours d’un point de presse, le maire Denis Coderre a défendu le projet de réaménagement, pour lequel la Ville doit débourser 38,4 millions de dollars. Selon lui, il est faux de dire que le projet a été développé pour servir les intérêts d’un promoteur privé.

Le maire a d’ailleurs ouvertement critiqué Projet Montréal, jugeant que sa sortie publique s’inscrivait d’abord dans le cadre d’une stratégie politique en vue des élections à venir en 2017.

M. Coderre a également assuré que son administration est « sensible » aux arbres. « Nous sommes une ville verte », a-t-il dit, soulignant avoir pris plusieurs décisions pour le développement durable, dont l’augmentation du nombre d’arbres sur le territoire.

Le complexe aquatique fermé pour l’été

En raison des travaux majeurs prévus sur l’île Sainte-Hélène dès ce printemps, la Société du parc Jean-Drapeau a décidé de fermer, au moins pour l’année 2017, le complexe aquatique fréquenté par des baigneurs et des athlètes. La fermeture complète des installations normalement accessibles aux Montréalais a été décidée « pour des raisons de sécurité et d’expérience client », a dit la porte-parole de la Société du parc Jean-Drapeau, Geneviève Boyer. Plus de 65 000 personnes visitent chaque été les installations du complexe.
7 commentaires
  • Jean-Luc Malo - Abonné 30 mars 2017 18 h 09

    Tout cela pour du béton, du bruit et des promoteurs privés

    Cette histoire est invraisemblable.
    D'abord, le but de l'exercice, ce festival tout bruit qui dérange des voisins de la rive-sud, pour payer des artistes le plus souvent étrangers et des organisateurs privés.
    Deuxièmement, couper des arbres et couler du béton, le contraire d'une ville verte dont Montréal réclame le titre.
    Troisièmement, pourquoi ne pas avoir effectué les travaux hors de la période mi-mai, début septembre. Le reste de l'année où les piscines sont fermées, cela n'aurait-il pas été possible? En cette année du 375ième où plein de visiteurs (incluant des touristes qui fréquentent les piscines et le parc, je le sais puisque j'y vais nager souvent l'été). Quelle planification stupide!
    Jean-Luc Malo
    abonné

  • Marie Nobert - Abonnée 30 mars 2017 22 h 43

    Terre des «Hommes»... Ouille!

    Du pain et des jeux!!!??? (!) On connait (nouvelle ortho). Les «z'îles». Denis! On doit pe(a)nser grand. Pourquoi ne pas penser à une «Cité universitaire internationale». ***ain! Non! Nein! Niet! «The show must go on!» Grosse fatigue. «OVNI soit qui mal y pense». Je repose la question. Combien ça coute (nouvelle ortho) un ... ?

    JHS Baril

  • Robert Beauchamp - Abonné 31 mars 2017 00 h 21

    Les populistes au pouvoir

    Du pain et des jeux. Où prend-il tout l'argent? Et pour le reste: on coupe à blanc des espaces verts, on déverse les égoûts dans le fleuve ...

  • Gilles Delisle - Abonné 31 mars 2017 06 h 56

    Au-delà de la coupe sauvage d'arbres.

    L'un des plus beaux parcs naturels de Montréal, situé à quelques minutes de la ville, l'un des poumons de Montréal, sera bétonné en bonne partie pour quelques spectacles d'été! Quelques décisions stupides de politiciens, comme toujours, viendront à bout de ce parc unique qui n'en sera plus un. Les pistes de course, le casino et maintenant , des spectacles à grand déploiement pour déconstruire les parcs du St-Laurent. Des politiciens à courte vue s'occupent du territoire , la verdure et les oasis de paix de la grande ville sont menacés de plus en plus. A quand la démolition du parc du Mt-royal, M. le Maire, l'autre poumon de la Ville? Pourtant, en 1975, il y a déjà eu un méga-spectacle de la St-Jean à cet endroit, avec quelques centaines de milliers de personnes, et sans avoir eu à massacrer la montagne!

  • Jean Richard - Abonné 31 mars 2017 10 h 27

    La bon arbre et le mauvais arbre

    « 71 % des arbres abattus auraient par ailleurs une « valeur de conservation faible », en raison de leur état de santé, de leur dimension et de leur essence. »

    Pourrait-on nous expliquer c'est quoi une « valeur de conservation faible » ?

    Dès qu'un espace boisé se peuple d'espèces sauvages, on assiste à un exercice de discrimination des espèces, comme si la nature était l'auteur d'un désordre que les fonctionnaires de l'administration publique devaient combattre.

    On l'a vu avec les ormes : une monoculture d'une espèce dite noble peut mener au désastre. On le voit avec les parterres privés devant les immeubles : l'éradication des espèces sauvages pour les remplacer par des plantes stériles (que boudent les abeilles, qu'il faut arroser à grands coups de centaines de litres d'eau potable, entre autres) est aux antipodes d'un comportement dicté par la connaissance de l'environnement.

    Raser des milliers d'arbres pour des concerts de heavy metal, ce n'est pas génial. Ces concerts pourraient avoir lieu dans un stationnement du Dix-30, où le train de banlieue à 6 G$ pourra mener tous les jeunes Montréalais.