Montréal veut s’attaquer au problème des bâtiments vacants

Un répertoire des bâtiments d’intérêt patrimonial servira à établir un portrait plus précis des bâtiments vacants et à risque.
Photo: Annik Mh de Carufel Le Devoir Un répertoire des bâtiments d’intérêt patrimonial servira à établir un portrait plus précis des bâtiments vacants et à risque.

Montréal entend actualiser ses pratiques en matière de patrimoine et promet d’impliquer davantage la communauté civile dans ses actions. Avec le plan qu’elle a présenté mercredi soir, la Ville veut notamment cibler les bâtiments vacants.

Les incendies survenus au cours des derniers mois dans des bâtiments vacants ont mis en relief la nécessité d’effectuer une surveillance plus serrée des bâtiments sur son territoire.

Il s’agit d’un des éléments auxquels la Ville compte s’attaquer. Bien qu’elle juge que sa politique sur le patrimoine adoptée en 2005 est toujours pertinente, la Ville convient que quelques aménagements sont nécessaires. C’est pourquoi elle a entrepris de dépoussiérer ses pratiques en élaborant son Plan d’action en patrimoine 2017-2022, qui a fait l’objet d’une présentation mercredi soir devant la Commission sur la culture et le patrimoine.

À la suite des Entretiens d’avril 2016 tenus l’an dernier, la Ville a ciblé quatre axes principaux sur lesquels elle se penchera, soit le patrimoine de propriété municipale, la mise en valeur du patrimoine modeste, la requalification des ensembles identitaires, comme les monastères religieux et les hôpitaux ainsi que la diffusion d’informations avec un volet d’intervention commémorative.

Outils plus efficaces

Responsable de la culture au comité de direction, Manon Gauthier reconnaît que la Ville doit se doter de meilleurs outils pour protéger le patrimoine bâti et immatériel à Montréal. « Pour mieux prévenir les incidents malheureux qui sont survenus au cours des derniers mois à Montréal ou un cas comme la maison Redpath, qui a été une grosse prise de conscience pour nous, il faut occuper [les immeubles] et les mettre en valeur. »

Mme Gauthier croit que le recours à un usage transitoire, qui permet l’utilisation temporaire de bâtiments vacants, est une voie à explorer. « Le résultat, c’est moins de graffitis, moins de flânage et moins d’occupation non réglementaire. L’occupation de lieux permet de réduire les risques et les indices de vulnérabilité. »

Au cours des dernières années, un répertoire des bâtiments d’intérêt patrimonial a aussi été dressé et 3000 immeubles ont été recensés sur le territoire montréalais. Cet exercice servira à établir un portrait plus précis des bâtiments vacants et à risque.

Montréal devra envisager d’autres avenues pour préserver les bâtiments d’intérêt, comme de nouveaux outils réglementaires et fiscaux. Si les immeubles privés situés dans le Vieux-Montréal et le périmètre du site patrimonial du mont Royal peuvent bénéficier d’aide financière lors de travaux de restauration, il n’en est pas de même des bâtiments dans de nombreux autres secteurs de la ville.

Le statut de métropole qui sera accordé à Montréal pourrait permettre de considérer de nouveaux outils fiscaux, note Manon Gauthier.

La question réglementaire est aussi névralgique. « La réglementation actuelle limite la capacité d’intervention au-delà des inspections », soutient Mme Gauthier.

Héritage Montréal

Le plan présenté par la Ville comporte des éléments intéressants, estime Dinu Bumbaru, d’Héritage Montréal. « La question qui va se poser, c’est sa mise en oeuvre. Par ailleurs, il n’y a pas grand-chose en matière de mécanismes de concertation et de collaboration, hormis peut-être pour l’Hôtel-Dieu », dit-il.

Il s’inquiète aussi, en parallèle de cet exercice, du sort du Conseil du patrimoine de Montréal. Le projet de loi sur le statut de métropole, qui est à l’étude en commission parlementaire à Québec ces jours-ci, permettra à la Ville de l’abolir.

« On est préoccupés », dit M. Bumbaru. « On ne veut pas revivre l’abolition du bureau de consultation de Montréal par l’administration Bourque dans les premières heures de son administration en 1994. »

À ce sujet, le maire Denis Coderre a toutefois assuré mercredi que son administration avait l’intention de préserver cette instance consultative. « Je vais m’assurer qu’on peut donner plus de pouvoirs au Conseil du patrimoine », a-t-il insisté.

Demandes historiques

De son côté, Projet Montréal accueille favorablement le Plan d’action en patrimoine parce qu’il s’agit de « demandes historiques » du parti, a indiqué Marc-André Viau, attaché de presse de la chef de l’opposition, Valérie Plante.

Il a notamment cité les passages privilégiant le développement de mesures réglementaires, financières et fiscales pour enrayer l’inoccupation et favoriser la mise en valeur des immeubles. Reste à voir si des ressources supplémentaires accompagneront ce plan, dit-il.

D’autres séances de consultation sont prévues au mois de mai et pour une adoption du plan d’action au mois d’août prochain.