Montréal investit 221 millions dans son virage technologique

Le site Internet de la Ville subira une cure de jeunesse et des améliorations seront apportées au Système de gestion des ressources humaines.
Photo: Marc Bruxelle / Getty Images Le site Internet de la Ville subira une cure de jeunesse et des améliorations seront apportées au Système de gestion des ressources humaines.

Pour remettre sur les rails le Service des technologies de l’information (STI) de la Ville de Montréal, le conseil municipal a autorisé, mardi, des règlements d’emprunt totalisant 221 millions de dollars. Si ces investissements sont jugés nécessaires par l’administration Coderre, ils sont perçus par certains élus de l’opposition comme des dépenses « hors de contrôle ».

Ces emprunts visent à financer 71 projets destinés à moderniser l’environnement informatique et technologique de la Ville et visent une panoplie de services, allant de la modernisation des télécommunications à la création d’une interface cartographique (Geo-Trafic) pour visualiser l’état de la circulation, en passant par la numérisation des microfilms des Archives de Montréal.

Le responsable du dossier de la Ville intelligente au sein de l’administration Coderre, Harout Chitilian, a évoqué la désuétude du système de taxation de la Ville : « Le système roule sur une technologie qui pourrait se retrouver au Musée des civilisations », a-t-il dit.

Le site Internet de la Ville subira une cure de jeunesse et des améliorations seront apportées au Système de gestion des ressources humaines : « Ce système ne permet pas aux gens qui postulent en ligne d’avoir un suivi adéquat de leur requête. Ils déposent leur CV. Après, c’est un trou noir. Ils ne savent où est rendue leur demande », a illustré Harout Chitilian.

Perte de contrôle ?

Dans les rangs de l’opposition, l’ampleur des investissements suscite des inquiétudes. La chef du Vrai Changement pour Montréal, Justine McIntyre, juge que les élus sont en droit de se poser des questions sur les montants en jeu. « On gère une ville. On n’est pas une boîte de développement technologique. Je constate qu’il y a un problème de contrôle budgétaire », a-t-elle dit. « Nous devons admettre que nous avons perdu le contrôle et qu’il faut faire cesser l’hémorragie en attendant de faire voir le patient par un médecin ». Les élus de son parti ont voté contre ces règlements d’emprunt.

Conseillère de Projet Montréal, Magda Popeanu a elle aussi exprimé des réserves, suggérant qu’une commission examine les dépenses engagées par la Ville. « On a connu expérience traumatisante dans les technologies au Québec », a-t-elle rappelé en évoquant l’informatisation du réseau de la santé. Malgré ses réticences, Projet Montréal a tout de même voté en faveur des investissements.

Reprenant l’analogie médicale de sa collègue, Harout Chitilian a rétorqué que la Ville n’avait pas le choix : « Quand j’ai pris la responsabilité de ce dossier, le patient avait tellement saigné qu’il était dans un coma à l’état végétatif. Ce sont des transfusions dont le patient avait besoin et un traitement choc pour être remis en état ».

Rappelons qu’au milieu des années 2000, le service informatique de la Ville avait fait l’objet d’une fraude. Et en 2015, l’ex-vérificateur général Jacques Bergeron avait qualifié le STI de « shop informatique de bas niveau ».

« C’est une organisation qui, à travers les années, n’a pas réussi à faire le virage technologique, pas seulement à cause des sous-investissements, [...] mais parce qu’elle n’a pas suffisamment recruté, formé et retenu les talents », a expliqué Harout Chitilian. « Personne ne voulait travailler pour la Ville de Montréal. »

La Ville a fait le ménage dans la direction de ce service. Elle s’est aussi lancée l’an dernier dans une vaste campagne de recrutement. « Pour combler les 110 postes qu’on a affichés sur le site Internet, on a reçu 10 000 CV », a relaté M. Chitilian.

Le conseil municipal a approuvé un emprunt de 221 millions, mais le Plan triennal d’immobilisation (PTI) 2017-2019 prévoit des investissements de 322 millions pour le STI pour les trois prochaines années.