Montréal plaide pour la protection des plus vulnérables de la route

La Ville de Montréal s’oppose à l’implantation du virage à droite au feu rouge. 
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La Ville de Montréal s’oppose à l’implantation du virage à droite au feu rouge. 

La Ville de Montréal presse le gouvernement du Québec de lui emboîter le pas en adhérant aux principes de la vision zéro, qui privilégie la protection des plus vulnérables sur les routes. Mais lors des consultations sur la sécurité routière tenues à Montréal lundi, les camionneurs ont plutôt insisté sur l’importance pour tous les usagers de la route — dont les cyclistes et les piétons — d’assumer leurs responsabilités en matière de sécurité.

La Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) a entrepris lundi ses consultations à Montréal en prévision de la réforme du Code de la sécurité routière. Depuis le 3 février, les audiences se sont déroulées dans plusieurs villes, dont Chibougamau, Gatineau, Trois-Rivières, Saguenay et Sherbrooke.

Premier à présenter un mémoire, le responsable du transport au sein de l’administration Coderre, Aref Salem, a plaidé en faveur d’une réforme du Code de sécurité routière qui protège mieux les plus vulnérables.

En septembre dernier, le conseil municipal de Montréal avait pris l’engagement d’adhérer aux principes de vision zéro, qui vise « zéro décès et blessé grave » avec l’implantation de diverses mesures, comme la baisse des limites de vitesse ou des aménagements favorisant les transports actifs.

Aref Salem croit aussi qu’il faut permettre aux cyclistes de faire l’« arrêt Idaho » devant un panneau d’arrêt, c’est-à-dire que ceux-ci ne devraient pas être obligés de s’immobiliser complètement si la voie est libre. Il a également suggéré que les barres de protection latérales soient obligatoires pour tous les camions lourds qui circulent au Québec. Rappelons que Montréal a doté ses propres véhicules de ces jupes.

Le président de l’Association du camionnage du Québec, Marc Cadieux, a insisté sur l’importance d’appliquer la réglementation de façon équitable pour tous les usagers de la route. « Plus vulnérables ne veut pas dire moins de contraintes sur la route, a-t-il dit. Il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures. »

Selon lui, les cyclistes devraient obligatoirement utiliser les pistes cyclables dans les zones où il y en a : « Je ne peux concevoir qu’on ait dédié des voies pour les cyclistes et les voir hors de ces zones-là. »

S’il ne s’oppose pas aux barres de protections sur les camions, Marc Cadieux juge qu’il ne s’agit pas d’une « panacée dans tous les cas ».

Le virage à droite

La question du virage à droite au feu rouge a divisé les intervenants présents. Les 15 maires des villes liées de l’île de Montréal estiment que près de 10 ans après l’implantation de cette mesure au reste du Québec, le temps est venu de l’étendre à l’île de Montréal. Le virage à feu rouge ne représente que 1 % de l’ensemble des accidents répertoriés, et il a été associé à 0,1 % des décès entre 2003 et 2012, a fait valoir le maire de Mont-Royal, Philippe Roy.

Le virage à gauche cause trois fois plus d’accidents que le virage à droite, ont souligné les élus, qui ont aussi reçu l’appui de maires d’arrondissements montréalais comme Manon Barbe (LaSalle), Luis Miranda (Anjou) et Normand Marinacci (L’île-Bizard–Sainte-Geneviève). « Ça veut dire que plus de 50 % des maires sur l’île de Montréal sont favorables », a fait remarquer Georges Bourelle, maire de Beaconsfield.

La Ville de Montréal s’oppose à l’implantation du virage à droite au feu rouge. « Les piétons à Beaconsfield, à Westmount ou à Montréal ont la même valeur. On ne veut pas de mort nulle part », a rétorqué Aref Salem, qui a invoqué l’importance de la cohérence avec la vision zéro.

Les consultations se poursuivent mardi.

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 28 février 2017 11 h 58

    Le virage à droite

    « Le virage à feu rouge ne représente que 1 % de l’ensemble des accidents répertoriés »

    Trouvez-moi une ville au Québec où, au quotidien, vous pouvez facilement croiser plus de cent piétons en moins de 10 minutes de marche. Je n'en connais qu'une et elle s'appelle Montréal.

    Il est probable que Montréal représente à elle seule plus de 80 % de tous les déplacements à pieds ou à bicyclette de tout le Québec. Ce fait aurait probablement eu une incidence sur les statistiques si on y avait permis le virage à droite sur feu rouge.


    « Il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures. » dixit un camionneur. Est-il préférable d'avoir ce que nous avons déjà : deux poids une mesure ? Ne pas reconnaître que la conduite d'un mastodonte de 20 ou 30 tonnes, pouvant rouler à plus de 100 km/h (et souvent 70 en pleine ville) n'a pas le même impact que de rouler sur un vélo de 15 kg, ne dépassant guère les 20 km/h, ou marcher sur les 800 grammes d'une paire de chaussures à 5 km/h, un peu plus pour les joggeurs.

    C'est le conducteur de véhicule lourd qui va tuer le piéton ou le cycliste et non l'inverse. Le niveau de responsabilité augmente avec le niveau de dangerosité. On peut bien causer de la diversion en braquant certains cyclistes ou piétons qui enfreignent certaines règles (qui sont mal adaptées à la réalité), ça ne change rien au problème. Ne pas tenir compte du potentiel destructif de l'engin dont on devrait avoir le contrôle en tout temps, c'est ce qu'on a fait depuis des dizaines d'années, avec les résultats qu'on connaît : la plus grande menace, tant réelle que ressentie, qui plane sur les citadins en ville vient des camions et des voitures. Cette insécurité malsaine, surtout chez les gens plus âgés (une espèce montante), ne pourra disparaître si on continue à confondre accident et négligence criminelle, si on continue à minimiser le niveau de responsabilité en fonction de la dangerosité.