L'imam Hassan Guillet presse les médias de soigner leurs mots

Le maire de Montréal, Denis Coderre, a invité des leaders religieux à une rencontre à l’hôtel de ville de Montréal lundi après-midi.
Photo: Jeanne Corriveau Le maire de Montréal, Denis Coderre, a invité des leaders religieux à une rencontre à l’hôtel de ville de Montréal lundi après-midi.

Les mots ont un poids et les médias devraient les utiliser avec prudence afin d’éviter de jeter de l’huile sur le feu et d’alimenter l’intolérance, estime le porte-parole des imams du Québec, Hassan Guillet.

Au lendemain de l’attentat de Québec, le maire Denis Coderre avait invité des leaders religieux à une rencontre à l’hôtel de ville de Montréal lundi après-midi. Il a voulu lancer un appel à l’unité et à la solidarité. « On ne tolère pas la communauté musulmane. La communauté musulmane fait partie de la communauté, de notre société. Ce n’est pas “ eux ” et “ nous ”. L’ensemble représente le nous », a expliqué le maire, entouré d’une trentaine de représentants religieux issus de diverses confessions.

Le maire, qui a abrégé son voyage en Europe pour revenir à Montréal, croit qu’il faut faire attention aux mots utilisés. « Il est peut-être temps qu’on se dise : au lieu de bâtir des murs, il faut bâtir des ponts. »

Présidente du Congrès maghrébin du Québec, Mariama Zhouri a dénoncé le « geste brutal et immoral » posé par Alexandre Bissonnette dans une mosquée de Québec : « Il y a des orphelins aujourd’hui au Québec à cause d’un acte terroriste lâche », a-t-elle dit.

Elle a toutefois salué les messages de « solidarité exemplaire » exprimés par les dirigeants politiques au Québec et au Canada. « Le Québec n’a jamais été le terreau pour le terrorisme », a-t-elle soutenu.

Le rôle des médias

L’imam Hassan Guillet estime que les médias ont un rôle important à jouer dans une société libre et démocratique, mais qu’ils doivent agir avec prudence. Les leaders religieux doivent aussi faire preuve du même sens des responsabilités, a-t-il insisté.

« Avec un arbre, on peut faire des milliers, voire des millions d’allumettes. Mais ça prend une seule allumette pour incendier toute une forêt », a-t-il expliqué. « Et les mots sont aussi forts qu’un arbre et aussi destructeurs qu’un incendie. Qu’on fasse attention à ce qu’on dit parce que ça mène loin. »

Selon lui, il faut arrêter de traiter les musulmans comme des immigrants. Nombreux sont ceux qui sont établis au Québec depuis longtemps. L’attentat perpétré à Québec démontre toutefois que personne n’est à l’abri de tels gestes. « Je me sens enragé parce que c’est arrivé ici, chez moi, au Québec, au Canada, que je considérais comme mon petit coin de paradis sur la terre ».

Vigilance


Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a pris différentes mesures afin de hausser la vigilance et la visibilité de ses policiers autour des mosquées et des lieux où se regroupent les musulmans « bien qu’aucune information n’indique de menace directe ou indirecte pour Montréal ».
4 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 31 janvier 2017 05 h 14

    La sage pondération dans l'usage des mots...

    Il existe, en effet, de ces mots ou prononcés ou écrits qui, eux aussi, tuent. Comme? Tuent une réputation, déforment une vérité.
    Très bel exemple que celui donné par monsieur Guillet lorsqu'il parle «de forêt, d'alumettes et d'arbres»
    Puissé-je être inspiré en conséquence.
    Gaston Bourdages,

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 31 janvier 2017 09 h 34

    Garder un oeil critique.

    Depuis le 11 septembre 2001,les populations mondiales se sont demandés:mais qui
    sont ces kamikases,"ces martyrs",qu'elle est cette religion;quelle est cette préten-
    tieuse hégémonie qui martèle que leur Dieu est le plus Vrai des vrais;cette croyance
    qui affirme que hors de l'islam vous êtes un mécréant et que vous ne méritez que la
    mort.Cela est la sociologie religieuse de cette croyance écrite noir sur blanc dans leur
    Livre fondateur qu'est le Coran!

    Tant et aussi longtemps que ces préceptes fondateurs ne seront pas réformés,l'esprit
    critique à leur égard doit demeurer vigilente et constante.Cette implication critique à
    travers nos média ne peut que leur être bénifique en leur permettant de se reformuler
    pour mieux se réformer afin que cette croyance religieuse soit adaptée aux valeurs
    contemporaines de liberté et de démocratie qui sont les nôtres.

    N'oublions pas qu'à l'heure d'aujourd'hui nous sommes informés,au jour le jour,de tout ce qui affaire à cette religion partout sur la planète.Et ce n'est pas exemplaire.

  • Michel Lebel - Abonné 31 janvier 2017 09 h 38

    Une dégradation morale


    Nous sommes à l'époque du tout se dit ou s'écrit. Les mots comme les images ont peu de poids pour bien des personnes. Regardez un Trump aller et vous avez la confirmation de pareille dégradation. Faits, faits alternatifs, mensonges, violences verbales, tout va. Dans pareil contexte de confusion et de déchéance morale, des esprits fragiles peuvent perdre assez facilement la carte.

    L'époque est aussi à l'instantanéité: les gens réagissent d'abord et réfléchissent peu ou bien après le fait. Le jugement, qui exige temps, n'est plus. Une bien triste époque que la nôtre, mais je ne changerais pas pour une autre! Il s'y fait aussi de très belles choses et actions.

    M.L.

  • Yvon Bureau - Abonné 31 janvier 2017 21 h 14

    Crime haineux

    Devrions-nous parler ici de Crime haineux plutôt que d'un acte de terrorisme?

    Il est toujours préférable que les mots soient des ponts plus que des murs.

    Les médias devraient utiliser avec parcémonie le mot Inquiétude.

    Le temps est-il venu d'avoir à l'ONU une ORU, Organisation des réligions unies? Une ORU au Canada?

    Maintenant, que du meilleur soit!