Les cols bleus de Montréal divisés au sujet de leur présidente

Le vice-président Michel Martin (quatrième à partir de la gauche) et d’autres dissidents n’ont pas participé au vote.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le vice-président Michel Martin (quatrième à partir de la gauche) et d’autres dissidents n’ont pas participé au vote.

La présidente du syndicat des cols bleus de Montréal, Chantal Racette, a obtenu l’appui de 66 % des membres qui ont participé, jeudi, à un vote de confiance. Mais les tensions demeurent vives au sein du syndicat et certains membres de l’exécutif croient que la présidente doit quitter ses fonctions.

De 6 h à 20 h jeudi, 914 syndiqués se sont présentés à l’église Saint-Arsène, rue Bélanger, afin d’exprimer leur appui ou non à la présidente Chantal Racette, dont le leadership est contesté depuis des mois.

Ce scrutin, convoqué par la présidente, a fait l’objet de vives critiques. Le président national du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Mark Hancock, a indiqué par lettre mercredi qu’il n’approuvait pas la tenue de ce vote, qui ne respecte pas les statuts du syndicat car il a été lancé sans l’aval de la majorité des membres de l’exécutif. Selon lui, le processus n’offre pas des « garanties suffisantes de transparence et d’équité procédurale » : « Je suis également préoccupé par le fait que cette convocation vise à remettre en question le résultat d’un vote tenu dans le cadre de l’assemblée générale annuelle des membres, laquelle est une assemblée souveraine. »

Rappelons que lors d’une assemblée générale le 10 décembre dernier, deux votes de confiance ont été tenus. Lors du second vote, 50,5 % des membres présents ont désavoué leur présidente. Celle-ci est toutefois restée en poste.

Tutelle ?

Le vice-président du syndicat des cols bleus, Michel Martin, et huit autres membres de l’exécutif (qui compte 16 membres), fustigent leur présidente et l’accusent d’agir à l’encontre des statuts et règlements du syndicat. « Notre volonté est de régler nos problèmes en interne. Nous avons demandé une rencontre de l’ensemble des dirigeants hier, mais en vain. Nous ne pensons pas que la tutelle soit la solution et nous pensons que nous pouvons même l’éviter. Mais l’ensemble des actions et des décisions de Chantal Racette, à titre de présidente, nous nuisent et nous exposent à une tutelle, ce qui n’est pas notre souhait. »

Le leadership de Chantal Racette est contesté notamment parce qu’elle est soupçonnée d’avoir ordonné que des GPS soient installés sur les véhicules personnels de deux membres de l’exécutif afin de suivre leurs déplacements.

Selon les directeurs dissidents, un ménage s’impose au sein du syndicat et Chantal Racette doit quitter ses fonctions. « Malheureusement, je pense qu’il va falloir qu’elle s’en aille », a affirmé Michel Martin.

Lui et son groupe se sont d’ailleurs rendus à l’église Saint-Arsène en après-midi, mais ils n’avaient pas l’intention de participer au vote. Selon eux, cet exercice, dont ils estiment les coûts à 15 000 $, est une « perte de temps et d’argent ».

Des conditions optimales

Chantal Racette n’a pas accordé d’entrevue durant la journée jeudi, mais dans une lettre adressée au président national, Mark Hancock, elle s’est dite prête à rencontrer celui-ci dès vendredi.

Le secrétaire-trésorier du syndicat, Jacques Rochon, a également écrit à M. Hancock pour lui expliquer que le vote du 10 décembre s’était tenu dans un tel climat d’agitation qu’il était légitime de douter de sa fiabilité. « Des agitateurs sont parvenus à créer une ambiance empreinte de menaces et de violence afin de privilégier un objectif politique », écrit-il.

Jugeant que ce vote ne pouvait être considéré comme représentatif des 6500 membres du syndicat, les dirigeants syndicaux ont décidé d’en organiser un nouveau dans des « conditions optimales », avec une période de vote s’étalant sur 14 heures et sous la supervision de sept observateurs indépendants, parmi lesquels l’ex-président du SCFP-Québec Claude Généreux.

Rétablir le dialogue

Le SCFP n’envisage pas de tutelle, a indiqué au Devoir le président québécois du SCFP, Marc Ranger. « On ne parle pas de tutelle. Le syndicat des cols bleus de Montréal est un syndicat autonome, sauf que nos responsabilités, quand il y a une situation comme celle-là, c’est d’intervenir et de donner suite à la plainte qu’on a reçue », a-t-il expliqué.

Mais il maintient que la consultation de jeudi n’est pas conforme aux statuts du syndicat. Selon lui, il importe que le dialogue soit rétabli au sein des instances du syndicat.

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