La sécurité des aînés dans les HLM remise en question

L’OMHM n’envisage pas de doter l’ensemble de ses immeubles de gicleurs.
Photo: iStock L’OMHM n’envisage pas de doter l’ensemble de ses immeubles de gicleurs.

Des associations d’usagers et de retraités s’inquiètent de la sécurité des personnes âgées résidant dans les immeubles de l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM). Le bâtiment où un incendie s’est déclaré lundi n’était pas doté de gicleurs.

Une résidente âgée a péri dans l’incendie survenu lundi aux habitations Boyer, dans l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, qui compte 91 logements pour personnes retraitées et 5 logements pour des résidents à mobilité réduite.

Directeur général du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU), Pierre Blain déplore la disparité dans les règles encadrant les résidences pour aînés. Depuis la tragédie de L’Isle-Verte, les résidences privées sont obligées de se doter de gicleurs, mais les immeubles appartenant aux offices municipaux d’habitation, dont l’OMHM, ne sont pas soumis à cette règle. À Montréal, près de 13 400 personnes de plus de 60 ans vivent en HLM.

« Je ne comprends pas le deux poids deux mesures. Pour les résidences privées construites avant 1985, on a rendu obligatoire l’installation de gicleurs, souligne Pierre Blain. De mon point de vue, il faudrait que les offices municipaux donnent l’exemple. »

M. Blain a d’ailleurs écrit au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, afin de lui exprimer ses préoccupations. « Le RPCU juge que les résidences pour personnes aînées administrées par les municipalités sont dangereuses pour la sécurité des personnes qui y vivent. Votre ministère devrait leur imposer des mesures aussi sévères que vous le faites pour les résidences privées », a-t-il indiqué au ministre.

Normes respectées

L’OMHM confirme que les gicleurs n’étaient pas requis aux habitations Boyer. « Le bâtiment respecte les normes de sécurité des bâtiments [en vigueur] au moment de sa construction en 1985 », a indiqué Ingrid Dirickx, chargée de communication à l’OMHM. « C’est une tour de cinq étages en béton et à l’épreuve du feu. Le bâtiment est inspecté chaque année pour s’assurer que tous les équipements sont opérationnels. »

L’immeuble est doté d’un panneau de détection d’incendies relié au centre de coordination de sécurité de l’Office. Ainsi, dès qu’un détecteur de fumée est déclenché, l’OMHM est alerté et les services d’urgence sont dépêchés sur les lieux. Mme Dirickx soutient que tous les résidents sont autonomes.

La situation des aînés dans les HLM et l’absence de gicleurs inquiètent aussi l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR). « C’est malheureux, mais en même temps, il y a tout le débat sur le droit au risque. Une personne âgée qui a toute sa tête, comme un adulte responsable de tout âge, a le droit de vivre dans un milieu et a le droit au risque », explique Samuel Labrecque, chargé de projets à l’AQDR.

Il reste que ce ne sont pas tous les résidents qui ont choisi de vivre en HLM, poursuit-il : « Dans un monde idéal, il y aurait des gicleurs partout, mais il y a des coûts qui risquent d’être refilés aux résidents. »

À l’instar de Pierre Blain, M. Labrecque s’interroge sur l’autonomie réelle de certains résidents des HLM. « Il faudrait peut-être s’assurer que des agents du réseau de la santé peuvent évaluer les personnes annuellement pour connaître leur état et voir si elles ont besoin d’une augmentation du panier de services », dit-il.

L’OMHM n’envisage pas de doter l’ensemble de ses immeubles de gicleurs. « S’il y a des changements dans la législation, on va agir en conséquence », a cependant précisé Ingrid Dirickx.

1 commentaire
  • Madeleine Provencher - Inscrite 6 janvier 2017 08 h 29

    Prendre un risque par obligation n'est pas exercer un droit

    Prendre un risque implique la liberté de choisir l'action risquée plutôt que l'action sécuritaire. Quel autre choix les résidents de cet immeuble ont-ils concrêtement? Dans ce cas, pourrions-nous alors pluôt parler de risque obligé puisque que la majorité des personnes résidentes du HLM n'ont probablement pas les moyens d'être ailleurs?