L’OBNL n’était qu’une façade

Le Sud-Ouest a octroyé un contrat pour la mise en lumière des ponts et passerelles enjambant le canal de Lachine.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le Sud-Ouest a octroyé un contrat pour la mise en lumière des ponts et passerelles enjambant le canal de Lachine.

Les arrondissements de Lachine et du Sud-Ouest ont décidé de résilier les contrats accordés de gré à gré à Montréal en histoires après que le Bureau de l’inspecteur général de Montréal (BIG) eut qualifié l’organisme à but non lucratif de « façade » pour une entreprise privée.

Dans le cadre des célébrations du 375e anniversaire de Montréal, les arrondissements de Lachine et du Sud-Ouest avaient accordé des contrats sans appel d’offres de près de 1 million chacun à Montréal en histoires, l’un pour un plan lumières dans le Vieux-Lachine et l’autre pour la mise en lumière des ponts et passerelles enjambant le canal de Lachine.

Or, révèle un rapport du BIG, Montréal en histoires a des ententes contractuelles avec Torrentiel, une entreprise détenue par Martin Laviolette et Georges Fournier, qui occupent aussi des postes de direction à Montréal en histoires. Torrentiel reçoit ainsi de 15 % de la valeur des contrats obtenus par Montréal en histoires et s’occupe de la gestion et de la production déléguée de ces projets.

Et comme Montréal en histoires n’est pas en mesure de fournir lui-même tous les services, 70 % des coûts des contrats sont consacrés à l’achat d’équipements et aux frais d’installation, a constaté le BIG.

En plus de servir de « courroie de transmission » pour des fournisseurs et des sous-traitants, Montréal en histoires est une « façade » pour l’entreprise Torrentiel, soutient Me Denis Gallant : « La Ville et les arrondissements croient qu’ils transigent avec un organisme à but non lucratif, mais font affaire avec des entreprises commerciales alors que le jeu de la concurrence n’a pas été suscité grâce à une procédure d’appel d’offres ».

Les deux arrondissements qui auraient dû procéder par appel d’offres, souligne le BIG qui dit avoir relevé des « manquements graves aux règles d’adjudication des contrats municipaux ». Si le Sud-Ouest a suspendu le projet et qu’un montant de 750 000 $ n’a toujours pas été payé à l’organisme, ce n’est pas le cas de Lachine qui a déjà versé 950 000 $ à l’OBNL même s’il savait que le BIG faisait enquête.

Le BIG indique que la loi ne lui permet pas de résilier lui-même ces contrats, mais que s’il avait pu, il l’aurait fait « sans aucune hésitation tellement les irrégularités constatées sont graves ». Il recommande ainsi aux arrondissements de résilier ces contrats.

Contrats résiliés

Le maire de Lachine, Claude Dauphin, n’a pas voulu accorder d’entrevue, mais il a indiqué par communiqué que l’arrondissement mettrait fin au contrat. L’arrondissement ignorait l’existence de Torrentiel, a-t-il dit : « Montréal en histoires a manqué à son devoir de transparence et a dissimulé des informations cruciales qui le disqualifient de la clause d’exception qui permet à un OBNL d’obtenir un contrat de gré à gré. »

L’arrondissement du Sud-Ouest entend aussi résilier son contrat avec Montréal en histoires, mais son maire, Benoit Dorais, n’était pas disponible pour commenter mardi après-midi.

Le directeur général de Montréal en histoires et président de Torrentiel rejette les blâmes du BIG. « Montréal en histoires n’est pas une coquille vide. Il a une douzaine d’employés, soutient Martin Laviolette. Torrentiel a un contrat de gestion depuis huit ans avec Montréal en histoires. Ce modèle d’affaires existe un peu partout à Montréal. C’est légal et usuel à Montréal. »

Martin Laviolette conteste les conclusions du BIG, qui lui reproche de retirer des bénéfices pécuniaires directs des contrats conclus par Montréal en histoires. « Son enquête bâclée et manque de rigueur », soutient-il.

Il espère que ce rapport ne nuira pas à la réputation de Montréal en histoires, qui produit déjà plusieurs projets dont Cité Mémoire, un parcours multimédia qui se déploie dans le Vieux-Montréal.


2 millions
La valeur des deux contrats accordés à l’OBNL Montréal en histoires atteint presque 2 millions. Lachine a déjà versé 950 000 $ qu’elle devra s’employer à récupérer.
7 commentaires
  • Francois Cossette - Inscrit 6 décembre 2016 12 h 44

    Pas vraiment une surprise !!!!

    Et qui est maire de l'arrondissement de Lachine, je vous le donne en mille, Claude Dauphin, et oui, le même Claude Dauphin sur qui pesé plusieurs soupcon de malversations et de corruptions.

    Je ne comprends pas pourquoi les gens sont à ce point épais, de mettre au pouvoir des gens au passé plus que douteux. Mais coudon on doit être un peuple un peu masochiste. A force de tendre l'autre jouc on va finir par en manquer.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 7 décembre 2016 14 h 02

      Disons donc qu'il y a les masochistes au courant qui entrainent les masochistes ignorants.les premiers jouissent de se remplir les poches, ,les seconds en patissent en aimant vider leurs goussets.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 7 décembre 2016 01 h 03

    Lexique

    OBNL = organisme à but non lucratif

  • Gaston Bourdages - Abonné 7 décembre 2016 04 h 43

    Ah non! Pas encore de ces....

    ...fantômes de possible autres Commissions Charbonneau ! Qui est le dauphin de qui?
    Que je me méfie lorsque je lis ou entends que c'est légal. Pourquoi le dire si tout est «correct» ? Ces gens qui le mentionnent pensent quoi de la différence entre «légal» et «moral» ou «immoral» ?
    Probablement que «they do not give a sh..». S'il vous plaît m'excuser cet usage d'une expression «grand public»moi qui me suis écrire par une éditrice que ma prose n'était pas assez grand public.
    Serais-je irrespectueux si j'offrais à tous ces dauphins de ce monde un exemplaire de mon ouvrage déposé à la Commission Charbonneau en avril 2014 ? Le titre ? «Pourquoi la corruption?» - «Pourquoi la collusion?» Un ouvrage que je puis accompagner d'une pédagogie expérimentée, vécue.
    Gaston Bourdages.

    • Gaston Bourdages - Abonné 7 décembre 2016 10 h 23

      Une correction s'impose. Mes excuses....
      «moi qui me suis fait écrire par une éditrice...»
      Gaston B.
      P.S. J'aurais gagné à me relire....

  • Gilles Théberge - Abonné 7 décembre 2016 09 h 57

    Dauphin n'en est pas à ses premières "frasques"

    Rappelez-vous que ce personnage était un des protagonistes de cette patente obscène, canadienne, qui servait de corroie de transmission aux fonds du scandale des commandites...

    Dauphin n'en est pas à ses premières frasques...!

  • André Nadon - Abonné 7 décembre 2016 11 h 32

    Qui est surpris?

    " Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets". N'est-ce pas Claude Dauphin qui présidait Option Canada, organisme financé par le gouvernement fédéral, à l'encontre de la Loi sur les référendums du Québec , avec un budget de 4 millions $ pour le camp du NON, en 1995 et dont les résultats de la Commission d'enquête à ce sujet, ne seront jamais connus suite à une demande du gouvernement fédéral pour le secret à perpétuité? Tous des bons libéraux, à commencer par Denis Coderre et son " clown" Gilbert Rozon, spécialiste du BS corporatiste et dont le logo est " Juste pour rire de la population"