Montréal adopte un budget discipliné

Denis Coderre
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Denis Coderre

À un an de l’échéance électorale, l’administration Coderre a dévoilé mercredi le budget de la Ville de Montréal pour 2017. Ce budget de 5,2 milliards prévoit une hausse moyenne de l'avis d'imposition des propriétaires montréalais de 1,7 %, la plus faible augmentation des huit dernières années. Quant à l’impôt foncier du secteur non résidentiel, il grimpera de 0,9 %.

Soustraire pour mieux additionner

Lancé en 2014, le Plan quinquennal de main-d’oeuvre (PQMO) prévoyait l’abolition de 2220 postes en cinq ans.

En 2015, la Ville a fait disparaître 409 postes, puis 214 en 2016 et 99 en 2017, pour un total de 723 postes abolis depuis le début du programme.

 

Mais cet exercice s’est accompagné de la création de postes « pour permettre de répondre à de nouveaux besoins et de mettre en oeuvre les priorités de l’administration ». Ainsi, alors qu’en 2014 la Ville comptait 22 425 employés, elle en aura l’an prochain 22 354, soit 71 de moins.

Ces données incluent toutefois 602 postes qui ont été « régularisés », c’est-à-dire qu’ils existaient déjà mais n’apparaissaient pas auparavant dans les effectifs globaux de la Ville.

De plus, 49 des nouveaux postes créés seront financés par des instances externes, dont les 25 postes pour le dossier du Réseau électrique métropolitain (REM) qui sont financés par le maître d’oeuvre du projet, la Caisse de dépôt et placement du Québec.

En revanche, Montréal créera l’an prochain 55 postes au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) pour l’Agenda de vigilance, 14 postes pour la réfection des réseaux secondaires d’aqueducs et d’égouts, 13 postes pour des contremaîtres en formation et 67 postes répartis dans différents services.

La part de la rémunération dans les dépenses de fonctionnement de la Ville a toutefois baissé au fil des ans. Il est ainsi passé de 51,2 % du budget en 2014 à 44,2 % en 2017.

Hausse de taxes dans les quartiers centraux

Le budget 2017 de la Ville de Montréal atteint 5,2 milliards de dollars, ce qui correspond à une hausse de 2,8 % par rapport à l’année précédente. Mais, selon la Ville, une part de cette augmentation est attribuable au paiement comptant des immobilisations (120 millions), à l’augmentation de la contribution au transport en commun (35,6 millions) et à la tenue des élections en novembre 2017 (12 millions).

Il s’agit d’un « budget discipliné », a soutenu Denis Coderre. « On a déjà vu par le passé des administrations municipales qui se lâchaient lousses en année électorale et se lançaient dans des dépenses folles. Ça n’arrivera pas à Montréal en 2017 », a dit le maire.

La hausse de taxes moyenne pour le secteur résidentiel s’élèvera à 1,7 %, soit moins que le taux d’inflation prévu par le Conference Board du Canada pour 2017 (1,8 %).


 

Rosemont–La Petite-Patrie est l’arrondissement où la hausse de taxes moyenne sera la plus élevée, soit 2,6 %. Il est suivi par Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce (2,5 %), Outremont et Le Plateau-Mont-Royal (2,4 %), Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (2,2 %) et Saint-Laurent (2,1 %).

Deux arrondissements enregistrent une baisse moyenne de leurs taxes, soit LaSalle (–1,7 %) et Anjou (1,3 %) en raison de la diminution de leur taxe locale.

Pour une maison au prix moyen de 434 790 $, la hausse sera de 59 $ sur le compte de taxes.

Radicalisation et vigilance

Le budget 2017 de l’administration Coderre comporte une nouveauté : l’Agenda de vigilance. Cet élément prévoit la création de 55 postes au Service de police de la Ville de Montréal afin de traiter différents phénomènes, comme la mondialisation, les bouleversements politiques et le développement des technologiques.

Le maire Coderre a énuméré les dossiers qui pourraient faire l’objet d’une vigilance particulière de la part des policiers : la clientèle vulnérable, la radicalisation ou les actes de vandalisme comme ceux perpétrés plus tôt cette semaine dans des commerces d’Hochelaga-Maisonneuve. L’Agenda de vigilance inclura aussi la gestion de la circulation autour des chantiers et les questions de sécurité liées aux touristes et au 375e anniversaire de Montréal.

Les dépenses du SPVM devront toutefois être revues à la baisse et le budget 2017 du SPVM atteindra 652 millions, contre 659,4 millions en 2016. Denis Coderre a réitéré son souhait de confier à des cadets la surveillance policière autour des chantiers. « Mais on est obligés d’appliquer cette convention telle qu’elle est », a-t-il expliqué.

Un écran de fumée

L’opposition à l’Hôtel de Ville estime que l’administration Coderre déforme la réalité à son avantage.

L’administration se targue d’avoir réduit la masse salariale de 51 millions mais, dans les faits, la Loi sur les régimes de retraite a permis à la Ville de réaliser des économies de 69 millions, note Projet Montréal. Donc, la masse salariale contrôlée par la Ville a augmenté de 18 millions avec la création de nombreux postes dans des projets du maire, dénonce l’opposition.

Le chef de l’opposition, Luc Ferrandez, reproche aussi au maire Coderre d’avoir réservé des sommes importantes de façon « discrétionnaire » pour différents projets, comme la Formule E ou le programme de vigilance des policiers.

Quant aux hausses de taxes, elles seront trois fois plus élevées que l’inflation, qui a augmenté de 0,6 % entre octobre 2015 et octobre 2016, a fait remarquer Luc Ferrandez.

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