Applebaum aurait enseigné l’art de la corruption à son chef de cabinet

Le procès de Michael Applebaum, que l’on voit ici en compagnie de son avocat, a débuté lundi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le procès de Michael Applebaum, que l’on voit ici en compagnie de son avocat, a débuté lundi.

Les ficelles du financement illégal, Hugo Tremblay dit les avoir apprises de l’ex-maire par intérim de Montréal, Michael Applebaum, alors qu’il travaillait pour lui comme directeur de cabinet dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce. Premier témoin à être entendu au procès de Michael Applebaum accusé de fraude et d’abus de confiance, Hugo Tremblay a décrit lundi les méthodes utilisées pour obtenir des pots-de-vin.

Embauché comme attaché politique par Michael Applebaum en 2006 alors que celui-ci est maire de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, Hugo Tremblay est devenu son directeur de cabinet l’année suivante. Quand il commence à s’occuper de financement politique, il se rend compte de l’existence d’un système de prête-noms. Michael Applebaum lui aurait alors mentionné l’importance de se constituer un « trésor de guerre » afin d’avoir des fonds pour « payer les bénévoles » et assumer d’autres dépenses de campagne électorale. Hugo Tremblay avait conscience de participer à des activités de financement illégal. « Tout le monde le faisait », a-t-il expliqué. « C’est Michael Applebaum qui m’a tout montré. »

« Effort politique »

Hugo Tremblay a indiqué avoir reçu une « initiation à la corruption de Michael Applebaum » lorsque deux promoteurs immobiliers, Robert Stein et Anthony Keeler, ont déposé à l’arrondissement un projet visant la construction d’un immeuble résidentiel rue Troie.

Lors d’une discussion avec son patron au sujet du projet immobilier, Hugo Tremblay comprend des propos de Michael Applebaum que celui-ci est ouvert aux activités de corruption. « J’ai compris qu’il venait de flairer une opportunité », a avancé Hugo Tremblay.

L’ex-maire aurait suggéré que les promoteurs fassent un « effort politique » supplémentaire et a évoqué une contribution de 100 000 $. Ils se seraient finalement entendus pour réclamer 50 000 $ des promoteurs immobiliers, dont le tiers serait versé à Hugo Tremblay et le reste à M. Applebaum.

Malgré son malaise, Hugo Tremblay a rencontré l’un des deux promoteurs, soit Anthony Keeler, dans un café. Sur un morceau de papier, M. Tremblay a écrit le montant réclamé, soit 35 000 $, car, explique-t-il, il ne se sentait pas à l’aise de demander 50 000 $.

« Je savais que je traversais la ligne. Mais j’étais conscient de ce que je faisais », a dit M. Tremblay au tribunal.

Les consignes du patron

Trois versements d’argent comptant seront par la suite effectués, de décembre 2007 à février 2008, pour un total de 30 000 $. Hugo Tremblay a décrit le déroulement de ses rencontres avec le promoteur et l’échange d’argent. À deux occasions, l’argent est dissimulé dans ce qui lui apparaît comme une boîte de console de jeu placée dans un sac, comme un « cadeau de Noël ».

Hugo Tremblay devait suivre les consignes de son patron qui lui aurait recommandé par exemple de ne parler de ses activités à personne, même pas à sa conjointe, et de garder l’argent dans la voiture un certain temps. Il a affirmé que les remises d’argent à Michael Applebaum se faisaient toujours dans le véhicule de l’un ou de l’autre.

Le projet immobilier ne se concrétisera jamais, les promoteurs immobiliers n’ayant plus l’argent nécessaire pour le réaliser, a expliqué Hugo Tremblay.

Le Centre sportif

Le témoin a aussi dévoilé les détails entourant l’obtention d’un pot-de-vin en lien avec le contrat de gestion octroyé à une firme pour l’entretien du Centre sportif de Notre-Dame-de-Grâce nouvellement construit. Un appel d’offres avait été lancé et c’est la firme Sogep, une filiale de Dessau, qui l’a remporté, mais au moment des faits, elle l’ignorait encore. Prenant l’initiative, Hugo Tremblay aurait suggéré à Michael Applebaum de réclamer un « effort politique » de 25 000 $ à la firme en laissant croire que la décision n’était pas encore prise.

Le représentant de l’entreprise refuse d’abord, mais à force de pressions, il consent finalement à verser le montant demandé. Selon le témoin, l’argent a été partagé à parts égales entre Hugo Tremblay et Michael Applebaum.

Lorsque Michael Applebaum devient maire par intérim de Montréal après la démission de Gérald Tremblay en 2012, Hugo Tremblay a déjà quitté la Ville et travaille chez Labatt, mais il demeure en contact avec Michael Applebaum. « Je n’étais pas d’accord avec sa décision d’aller à la mairie de Montréal. Ça allait multiplier nos ennemis et je savais qu’on avait des squelettes dans le placard », a-t-il expliqué.

L’étau se resserre sur les deux hommes. Le 8 mars 2013, Hugo Tremblay reçoit la visite de deux policiers de l’Unité permanente anticorruption. Il accepte alors de parler et de collaborer à l’enquête en tant que témoin.

S’il est soulagé, Hugo Tremblay doit dès lors aider les policiers à recueillir des preuves incriminant Michael Applebaum. À deux reprises au printemps 2013, il portera des micros sur lui à l’occasion de rencontres avec son ancien patron et ses communications seront placées sur écoute.

Le témoignage d’Hugo Tremblay se poursuit mardi. Rappelons que Michael Applebaum a été arrêté en juin 2013 et qu’il fait face à 14 chefs d’accusation, dont fraude envers le gouvernement, complot, abus de confiance et actes de corruption dans les affaires municipales.

En tout, cinq témoins seront entendus au cours de ce procès qui doit durer deux semaines.

1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 15 novembre 2016 09 h 09

    Applebaum et la pointe de l'iceberg...

    comment ne pas penser... que ce n'était que... la pointe de l'iceberg.

    Mais les icebergs commencent à fondre...avec le temps....les preuves avec.
    Au grand dam de la société...mais au grand plaisir des ..GESS (gouvernants et élus sans scrupules).