MBAM, un musée singulier

Nathalie Bondil, directrice du MBAM
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Nathalie Bondil, directrice du MBAM

Inauguré vendredi en présence du premier ministre Philippe Couillard et du maire Denis Coderre, le pavillon pour la Paix, cinquième bâtiment du Musée des beaux-arts de Montréal, ne sera livré que dans deux semaines au public. Les médias, dont «Le Devoir», y ont eu accès.

Rue Bishop, la course contre la montre semble avoir été gagnée. Promis pour être livré avant 2017, le pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein est prêt à accueillir les visiteurs du Musée des beaux-arts de Montréal.

Fort de ses 750 oeuvres historiques sur quatre étages, de ses deux niveaux voués à l’éducation et à l’art-thérapie et de son « sentier de la paix » — un parcours d’art contemporain faisant le pont entre tout ça —, le cinquième bâtiment du « campus muséal », comme aime le dire la directrice du MBAM, Nathalie Bondil, animera comme prévu le 375e anniversaire de Montréal.

Conçu par un consortium formé d’Atelier TAG et de Jodoin Lamarre Pratte Architectes, le pavillon de la Paix abrite la collection d’art dite internationale, couvrant des siècles de peinture (surtout, mais pas seulement) du Moyen Âge aux années 2000. Il honore la mémoire de Michal et Renata Hornstein, décédés en 2016.

Lors de la cérémonie d’inauguration, Philippe Couillard a estimé qu’il « est important de se montrer fiers collectivement avec [ce type] de projet culturel ». Il faut rappeler que la considérable contribution financière de Québec— 18,5 millions sur les 25,5 millions qu’aura coûtés l’édifice — s’inscrit comme un legs du 375e.

Pour sa part, Denis Coderre a signalé que le MBAM permet d’asseoir, avec ce pavillon de teneur humaniste, la réputation de Montréal comme « capitale du vivre-ensemble ». Notons que la Ville a investi 4,8 millions pour l’élargissement des trottoirs autour du musée, notamment ceux de la rue Bishop, dont bénéficiera aussi l’Université Concordia.

Il y a eu de la fierté et de l’émotion parmi ceux qui ont pris le micro, notamment Sari Hornstein, fille des mécènes à l’origine du nouvel agrandissement. « Ils ont eu un appel qu’ils n’ont pu refuser », a-t-elle dit au sujet de ses parents. La donation Michal et Renata Hornstein comporte 77 oeuvres, dont un bon lot, les peintures du siècle d’or hollandais, forme l’essentiel du 3e étage du pavillon de la Paix.

Trois fois plus d’oeuvres

La course contre la montre a été gagnée. Non sans effort. Une semaine avant l’inauguration officielle, les oeuvres arrivaient à peine dans les salles. Il a fallu travailler jour et nuit, selon Nathalie Bondil. Les représentants des médias ont découvert vendredi un musée tout beau tout chic, à quelques détails près.

La veille, la directrice du musée se montrait minutieuse dans son inspection des salles. Un cartel associé à la mauvaise oeuvre aussitôt retiré, deux petites sculptures mal orientées aussitôt notées, un panneau sale photographié avec son cellulaire…

L’oeil n’est pas seulement celui d’une patronne, mais aussi celui d’une auteure : c’est elle, l’architecte de la muséographie et du programme artistique. Certes, elle n’a pas travaillé seule, appuyée à la scénographie par Sandra Gagné, chef du service des expositions, mais elle n’a fait appel à l’équipe de conservation que parcimonieusement.

« J’ai mis trois fois plus d’oeuvres », dit Nathalie Bondil, faisant remarquer qu’un « bond » de 150 % plus de pièces exposées a été orchestré depuis 2010. L’arrivée en 2011 du pavillon d’art canadien n’avait pas seulement libéré de l’espace.

« Le redéploiement de 2011 a été très important, affirme-t-elle. C’est ce qui a incité les Hornstein à faire leur donation. Quand on montre de l’amour aux collections, ça rassure les collectionneurs. »

Mélange de trésors du MBAM, icônes comme pièces méconnues, de prêts privés ou institutionnels, cette grande exposition a de nombreuses surprises. Nathalie Bondil en est plutôt fière. La salle consacrée à l’époque romantique ne comporte, dit-elle, que des nouveautés, dont celle du grand tableau Funérailles d’un officier de marine sous Louis XVI (1836), huile d’Eugène Isabey acquise en 2013 lors d’une prestigieuse foire.

« Il a de la gueule, hein ! » s’exclame celle qui est aussi conservatrice en chef de l’établissement.

Un Monet restauré par là, un Sisley réévalué par ici, le verso d’un Dali enfin exposé, ailleurs plein de rapprochements inusités. Dans la salle de la Renaissance, tout en haut du pavillon, surgit un Vasari, La circoncision, prêté par l’oratoire Saint-Joseph. La grande huile sur bois a jadis appartenu au MBAM, puis été vendue aux enchères. La voilà de retour.

« On peut raconter une histoire cohérente, pas tout, il manque des trucs, mais on raconte une histoire vraiment articulée, structurée, qui a du sens. Pour quelqu’un qui veut apprendre l’histoire de l’art, qui veut découvrir les grands mouvements, eh bien, il peut le faire ici », soutient Nathalie Bondil, devant une série de noms associés à l’histoire de l’abstraction américaine.

À ses yeux, le MBAM peut enfin afficher l’ampleur de son identité, « un pied du côté de l’histoire de l’art anglaise, un pied du côté de l’histoire de l’art française ».

« C’est ce que je trouve singulier dans ce musée. Et c’est ça qu’il faut montrer, finalement. Une histoire qui est particulière, [qui] ne ressemble pas à [celle] des musées américains et même du Canada. C’est une collection montréalaise. »

Le public pourra découvrir les lieux à compter du 19 novembre. L’entrée sera libre jusqu’au 15 janvier.