Québec et Montréal se portent à la défense de l’organisme

« Je n’ai pas de raison de croire que ce centre ne fait pas une œuvre extrêmement utile et qui est reconnue », a indiqué vendredi le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « Je n’ai pas de raison de croire que ce centre ne fait pas une œuvre extrêmement utile et qui est reconnue », a indiqué vendredi le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux.

Malgré certains doutes soulevés au sujet de la confidentialité des renseignements au sein du Centre de la prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV), le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, et le maire de Montréal, Denis Coderre, maintiennent leur confiance à l’égard de l’organisme.

« Je n’ai pas de raison de croire que ce centre ne fait pas une oeuvre extrêmement utile et qui est reconnue », a indiqué le ministre Coiteux, en réaction au reportage de Radio-Canada faisant état de témoignages troublants de la part d’anciens employés.

Partage d’informations ?

En entrevue à la télévision d’État, le psychologue Jacques Caron, qui a travaillé pendant un mois au CPRMV, a affirmé que la direction du CPRMV lui avait demandé de partager les informations recueillies auprès des gens qu’il rencontrait. Selon lui, cette pratique, susceptible de briser les liens de confiance qu’il devait créer, allait à l’encontre de son code de déontologie. Il a finalement été mis à pied dans le cadre d’une réorganisation.

Un autre ex-employé a aussi affirmé que la direction du centre exigeait un partage des informations. Il a même soutenu qu’un logiciel avait été mis en place pour permettre au directeur du Centre, Herman Okomba-Deparice, d’accéder directement aux dossiers.

Le ministre Martin Coiteux s’est porté à la défense de l’organisme vendredi. « Ce n’est pas un centre de délation, a-t-il dit. C’est un centre qui permet de soulever un certain nombre de problématiques et recevoir de l’assistance. » Québec entend donc maintenir le financement de l’organisme.

Le maire Coderre croit aussi que l’organisme est digne de confiance : « J’ai trouvé que c’était un peu excessif. Moi, j’ai confiance au centre. Il y a un travail de titan qui a été fait. Ce n’est pas une institution policière. C’est une institution académique qui se doit de respecter les codes déontologiques et respecter la confidentialité. D’autres pays dans le monde viennent s’en inspirer. »

Par voie de communiqué, le CPRMV a soutenu qu’il effectue un travail d’intervention auprès des personnes en situation de radicalisation ou de leurs proches de façon indépendante, sans faire appel à la collaboration des forces policières. L’organisme a insisté pour dire qu’il respectait les codes de déontologie de plusieurs ordres professionnels.

Le secret professionnel

« C’est quand même troublant pour nous d’entendre que des gens sont contraints de faire un bris de confidentialité », a souligné la présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, la Dre Christine Grou, sans vouloir se prononcer sur la situation prévalant au CPRMV.

Elle rappelle toutefois que le secret professionnel est « sacré » et que seulement deux situations peuvent permettre de briser ce secret, soit lorsque le patient y consent ou s’il y a « un danger qui est imminent et un danger qui est grave ».

Pédopsychiatre et directrice de l’Équipe de recherche et d’intervention transculturelles (ERIT) de l’Université McGill, Cécile Rousseau s’est dite préoccupée par les témoignages qu’elle a entendus, tout en demeurant prudente sur les faits relatés. « Les risques et les dommages de perdre la confiance des jeunes en servant de corridor vers les forces policières sont immensément plus grands que les bénéfices que nous pourrions tirer de la détection de quelques cas réels [de radicalisation], a-t-elle expliqué. Si nos pratiques contreviennent à nos discours, nous allons tous perdre toute crédibilité comme espace d’aide et de médiation et de libre parole pour les élèves, et ça, ça me paraît très dangereux. »

Créé en juin 2015, le CPRMV a bénéficié d’un financement de 2,5 millions de dollars du gouvernement du Québec et de la Ville de Montréal. Au cours de ses 19 premiers mois d’activité, l’organisme a répondu à 352 demandes d’assistance, dont 52 ont nécessité un « accompagnement soutenu ».

5 commentaires
  • Francois Cossette - Inscrit 29 octobre 2016 01 h 18

    Un autre flop de relations publiques

    Ce gouvernement a l'image de son chef, est devenu maitre dans l'art de faire des flop. Encore un devra -t-on dire. Il tire tellement de tous les cotes a la fois qu'il tire dans son but plus souvent qu'autrement. C'est ce qui arrive quand tout se resume en 2 mots : improvisation et opportunisme.

    Jamais n'aura-t-on vu un gouvernement parle des 2 cotes de la bouche en meme temps et meme s'en venter. Petrole,sante, subvention federale, viole. Ce gouvernement sans direction est a la derive d'idee,de convictions et d'ethique.

  • Marc Therrien - Abonné 29 octobre 2016 12 h 48

    Relation d'aide et contrôle social

    Un bel exemple de contexte d'intervention difficile pour tout aidant ou psychothérapeute parce qu'il y a confusion entre deux mandats qui peuvent parfois être contradictoires: offrir de l'aide psychologique au bénéficiaire, client premier et direct visé par le programme tout en ayant en arriêre-fond un souci de contrôle social afin d'assurer un filet de protection pour la "bénéficience" de la communauté, cliente secondaire et indirecte qui paie pour le programme via les impôts et taxes. Il est bien sûr souhaitable que ce genre d'intervention psychosociale se fasse dans les règles de l'art de l'éthique de la confidence.

    Marc Therrien

  • Maryse Veilleux - Abonnée 29 octobre 2016 15 h 27

    Questionnement

    Je trouve un peu étrange ce que rapport monsieur Caron et aussi la réaction de l'Ordre des psycholgues du Québec. Pour avoir côtoyé des psychologues dans des milieux similaires, dès que quelque chose contrevenait au secret professionnel ils avertissaient immédiatement leur ordre professionnel qui intervenait dans le milieu de travail et faisait en sorte que le bris de confidentialité ne soit pas enfreint. Pourquoi rien n'a-t-il été d'abord déposé à l'ordre des psychologues dès le constat de cette situation? Le secret professionnel n'aurait pas été enfreint... une zone grise persiste de mon point de vue.

  • Gilles Gadoua - Abonné 29 octobre 2016 15 h 37

    Seul le client peut autoriser la divulgation

    Seul le client d'un psychologue peut autoriser la divulgation de ses confidences. Il faut une autorisation signée comme il se fait dans ce genre de situation pour divulguer verbalement et uniquement ce qui est pertinent aux objectifs de l'organisme. À mon avis toute autre personne n'a pas le droit de prendre connaissance d'un dossier professionnel à moins de cette attestion écrite. Le client a aussi le devoir d'offrir une sa collaboration à moins qu'il ne soit en danger imminent plus ou moins grave.

    Gilles Gadoua, Ph.D psychologue clinicien

  • Gilles Provost - Abonné 30 octobre 2016 10 h 50

    dangereuse éthique

    Il est dramatique qu'encore une fois, cce sont les lanceurs d'alerte et ceux qui soulèvent des questions éthiques qui soient les premiers à subir les foudres des autorités et à se retrouver au chômage. De toute évidence, l'institution se protège à tout prix en punissant d'abord ceux qui révèlent ses fautes.