Le mont Royal victime de sa popularité

En juin 2015, Les Amis de la montagne avaient sonné l’alarme au sujet des incivilités observées sur le mont Royal : accumulation de déchets, musique forte, occupation du domaine public sans permis, feux illicites, consommation de drogue et prostitution.
Photo: Rhiannon Lewis / CC En juin 2015, Les Amis de la montagne avaient sonné l’alarme au sujet des incivilités observées sur le mont Royal : accumulation de déchets, musique forte, occupation du domaine public sans permis, feux illicites, consommation de drogue et prostitution.

Icône de Montréal, le mont Royal est un site prisé pour l’organisation d’événements d’envergure. Trop peut-être. L’hiver dernier, les meilleurs fondeurs du monde s’y sont donné rendez-vous pour la Coupe du monde de ski de fond. La compétition a toutefois laissé des traces sur la montagne : arbres et arbustes coupés et sentiers endommagés, signale un rapport remis au Bureau du Mont-Royal au printemps dernier. De quoi alimenter la réflexion sur l’avenir de la montagne.

Le Conseil du patrimoine culturel du Québec amorce justement mercredi une consultation sur le plan de conservation du site patrimonial du Mont-Royal. Ce document détaille les orientations pour la protection et la mise en valeur de la montagne afin de guider le ministre de la Culture dans ses décisions concernant les interventions sur le mont Royal.

Mais en parallèle, la Ville de Montréal se penche sur un plan pour mieux encadrer la tenue d’événements, petits et grands, sur la montagne.

Déjà, le mont Royal est victime de sa popularité. En juin 2015, Les Amis de la montagne avaient sonné l’alarme au sujet des incivilités observées sur le mont Royal : accumulation de déchets, musique forte, occupation du domaine public sans permis, feux illicites, consommation de drogue et prostitution. Ce constat avait forcé la Ville à mettre en place des mesures pour réduire les comportements délinquants dans le milieu fragile qu’est le mont Royal.

L’organisation d’événements sur ce site continue de soulever des préoccupations. En mars dernier, le Ski Tour a réuni des athlètes de 25 pays. Le mont Royal représentait un cadre enchanteur pour une telle compétition internationale. À l’origine, la course devait se tenir au sommet de la montagne, mais des problèmes d’approvisionnement en eau ont obligé les organisateurs à déménager la compétition au pied de la montagne, près de la statue de Georges-Étienne Cartier.

Le nouveau parcours était peut-être moins problématique, mais reste que des dommages ont été constatés par Les Amis de la montagne qui en ont fait rapport au Bureau du Mont-Royal en mai dernier. Ces dommages, comme l’abattage d’arbres de petit gabarit, la coupe d’arbustes ou l’élargissement d’un sentier pour accueillir la machinerie, peuvent paraître mineurs, mais ils ont alimenté des discussions sur la tenue d’événements sur la montagne, comme en témoigne le compte-rendu d’une rencontre tenue en juin dernier par la Table de concertation du Mont-Royal et que Le Devoir a consulté.

Membre de cette table de concertation, Coralie Deny, directrice générale du Conseil régional de l’environnement (CRE) de Montréal, souligne que la Ville, via le Bureau du Mont-Royal, a entrepris de clarifier les règles encadrant la tenue d’événements sur le site patrimonial du Mont-Royal.

« Il faut des balises très claires. On ne s’oppose pas au ski de fond sur la montagne, mais il faut se demander si, pour une course qui dure quelques jours, on peut aménager un parcours qui a une incidence pour le milieu naturel, dit-elle. On pense qu’on ne doit pas mettre en danger l’intégrité du parc du Mont-Royal. Ce sont est espaces fragiles. »

Gestev, qui avait organisé la compétition pour la Coupe du monde, a confirmé au Devoir mardi que l’événement ne serait pas de retour l’hiver prochain. « Il s’agissait d’un événement unique et non récurrent », a indiqué Marie-Michelle Gagné, chef des relations médias chez Gestev. Au sujet des dommages allégués, Gestev nous a dirigés vers la Ville de Montréal, qui n’a pas rappelé Le Devoir. Et le Bureau du Mont-Royal n’a pas donné suite, mardi, à notre demande d’entrevue.


Fêter le 375e de Montréal

La Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal souhaitait aussi que la montagne serve de décor à certains de ses événements. Quand le commissaire Gilbert Rozon a présenté son projet de concerts classiques en bordure du lac des Castors en juin 2015 devant les membres de la Table de concertation du Mont-Royal, sa proposition a été accueillie avec inquiétude. Outre les trois concerts, M. Rozon a également proposé que le chemin Olmsted soit éclairé et qu’une oeuvre visuelle soit projetée sur les arbres du flanc sud de la montagne.

Depuis, les plans ont été revus et un seul concert sera présenté au pied du Mont-Royal réunissant les trois orchestres symphoniques de Montréal le 19 août 2017, en plus de la projection d’une oeuvre de Marc Séguin sur la montagne.

Le mont Royal bénéficie d’une protection nationale depuis qu’en 2005, le gouvernement du Québec a créé l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal, devenu le site patrimonial du Mont-Royal.

Consultation

La consultation qui s’amorce mercredi soir sous l’égide du Conseil du patrimoine culturel du Québec fait suite à l’entrée en vigueur en 2012 de la Loi sur le patrimoine culturel, qui oblige le ministre de la Culture à doter tous ses sites patrimoniaux de plans de conservation. Après Sillery et Trois-Rivières, c’est maintenant au tour du mont Royal d’être soumis au processus.

Ce plan comporte 200 orientations visant à guider le ministre dans l’analyse des demandes d’interventions qui lui sont soumises. « L’objectif du ministère, ce n’est surtout pas de mettre une cloche de verre sur le site du mont Royal, mais c’est de le voir évoluer selon les valeurs qui lui ont été attribuées lorsqu’il a eu son statut en 2005 », explique le directeur général du patrimoine du ministère, Martin Pineault.

La séance de consultation de mercredi, qui se tiendra à l’École de musique Vincent-d’Indy, permettra au ministère de la Culture de présenter le projet. Une autre audience est prévue 22 novembre pour entendre l’opinion des groupes et citoyens.