Les écologistes posent leurs conditions

La mise en service du REM est prévue pour 2020.
Photo: Caisse de dépôt et placement du Québec La mise en service du REM est prévue pour 2020.

Le train électrique de la Caisse de dépôt et placement du Québec pourrait devenir une « locomotive » pour le transport collectif à Montréal, mais pour y parvenir, certaines conditions devront être respectées. C’est ce que vont plaider jeudi trois groupes écologistes devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) qui examine le projet du Réseau électrique métropolitain (REM).

Vivre en Ville, Équiterre et le Regroupement national des conseils régionaux de l’environnement du Québec (RNCREQ) voient d’un bon oeil le projet du REM, mais ils souhaitent obtenir l’assurance que quatre éléments seront pris en compte.

Dans un mémoire qu’ils présenteront conjointement, les trois groupes soulignent qu’une meilleure connexion du REM au réseau du métro est indispensable. Ainsi, des liens avec les stations McGill et Édouard-Montpetit, ainsi que le prolongement de la ligne orange vers Bois-Franc seront requis pour augmenter l’achalandage du train électrique et justifier les investissements requis.

La Caisse de dépôt devra aussi adopter des mesures pour limiter l’étalement urbain et protéger les terres agricoles.

Christian Savard, directeur général de Vivre en Ville, Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre et Philippe Bourke, directeur général du RNCREQ, craignent aussi que le réseau de transport actuel soit laissé en plan. Ils réclament donc l’adoption d’une politique de mobilité durable dotée d’un cadre financier bonifié alimenté par le Fonds vert.

Finalement, les trois organisations demandent que les grands projets de transport collectif tels que le prolongement de la ligne bleue vers l’Est ainsi que le tramway au centre-ville, soient réactivés.

Les ambitions de Mirabel

Plusieurs élus municipaux, groupes et citoyens ont défilé devant le BAPE mercredi. Le maire de Mirabel, Jean Bouchard, a exprimé le souhait que le REM desserve sa municipalité, mais il est allé plus loin en suggérant que si le budget du projet ne permet pas une extension jusqu’à sa municipalité, la Caisse pourrait reporter de quelques années la construction du segment reliant Pointe-Claire à Sainte-Anne-de-Bellevue « pour donner priorité à Mirabel ». « Les coûts de construction du tronçon de 15 kilomètres jusqu’à Mirabel seraient inférieurs à ceux du tronçon de 11 kilomètres longeant l’autoroute 40 », a-t-il fait valoir aux commissaires du BAPE.

« La principale raison pour laquelle cette extension serait relativement peu coûteuse est qu’elle ne requiert aucune expropriation, a-t-il poursuivi. La voie ferrée pourrait être construite dans une emprise qui bénéficie déjà de droits pour recevoir des infrastructures publiques de transport. »

Cette emprise est celle du CN que le ministère des Transports du Québec (MTQ) a acheté en 2000, a-t-il précisé.

De son côté, le maire de Pointe-Claire, Morris Trudeau, a proposé des modifications au tracé du REM de manière à ce que la station Pointe-Claire soit déplacée de 50 mètres vers l’Est pour la rattacher au centre commercial Fairview Pointe-Claire.

Pour sa part, le directeur général de la Ville, Robert Weemaes, a dit craindre les impacts négatifs que pourrait avoir le REM sur le train de banlieue de la ligne Vaudreuil-Hudson. Les autorités de transport pourraient être tentées de réduire ses services pour des raisons financières, a-t-il souligné. La municipalité s’interroge aussi sur les modalités entourant le partage des revenus de la plus-value foncière qui, a dit M. Weemaes, pourrait se faire au détriment des villes.

Le soin du design

En soirée, Dinu Bumbaru, directeur des politiques d’Héritage Montréal, a notamment suggéré que la Caisse de dépôt s’inspire de la démarche menée par le gouvernement fédéral pour le nouveau pont Champlain et soigne la qualité architecturale des futures infrastructures. CDPQInfra, qui pilote le projet du REM, pourrait ainsi organiser un concours de design pour certains éléments susceptibles d’avoir un impact important sur le paysage urbain. « Cinquante ans après l’inauguration du métro, le projet de REM doit se donner l’objectif de dépasser la marque du métro de Montréal », écrit Héritage Montréal dans son mémoire.

Rappelons que le REM reliera la Rive-Sud et Sainte-Anne-de-Bellevue, avec des liens vers l’aéroport Montréal-Trudeau et Deux-Montagnes, sur un tracé de 67 kilomètres. Sa mise en service est prévue pour 2020.