Démystifier les noms des stations de métro de Montréal

L’abbé Lionel Groulx, historien et professeur (ici en 1922), aura sa plaque à la station qui porte son nom.
Photo: Wikimedia L’abbé Lionel Groulx, historien et professeur (ici en 1922), aura sa plaque à la station qui porte son nom.

Le comité organisateur des fêtes du 375e anniversaire de Montréal avait dit non au projet soumis par la Fondation Lionel-Groulx. Qu’importe, l’organisme voué à promotion de l’histoire ira tout de même de l’avant et apposera, à compter de 2017, des plaques commémoratives dans 28 stations du métro de Montréal afin d’expliquer aux voyageurs l’origine des noms donnés aux lieux.

On connaît les stations de métro Atwater, Crémazie, Fabre, Honoré-Beaugrand, D’Iberville et Lucien-L’Allier. Mais rares sont les usagers du transport en commun à pouvoir décrire les figures historiques derrière ces noms. Comme le métro de Montréal fête ses 50 ans cette année, la Fondation Lionel-Groulx a jugé bon de remédier à la situation et a sélectionné 28 personnages ayant donné leur nom à l’une des 68 stations du réseau. Des plaques décrivant leur contribution à l’histoire du Québec seront installées à proximité des guichets des stations concernées. Le projet sera réalisé avec l’appui de la Société de transport de Montréal et celui d’un commanditaire.

Projet refusé

Une exposition mettant en vedette les 28 personnalités historiques sera aussi présentée sur la passerelle de la station Place-des-Arts tout au long de l’année 2017. « C’est un peu un prétexte pour faire connaître des figures marquantes de notre histoire », explique le directeur général de la Fondation, Pierre Graveline, qui déplore que les organisateurs des fêtes du 375e aient refusé le projet sans fournir d’explications.

Compte tenu de ce refus, la Fondation a dû renoncer au volet d’animation du projet qui prévoyait l’embauche de comédiens pour incarner, de façon ponctuelle, des personnalités historiques dans les stations.

Où sont les femmes ?

Difficile de ne pas remarquer que la liste de 28 personnalités historiques dressée par la Fondation ne comporte aucune femme. Mais, explique Pierre Graveline, les femmes sont quasi absentes de la toponymie du métro, si ce n’est pour les stations Côte-Sainte-Catherine, Villa-Maria ou Square-Victoria.

À l’époque de l’inauguration du métro, en 1966, la présence des femmes dans la toponymie ne constituait pas une préoccupation majeure, rappelle M. Graveline. « On aurait tout de même pu profiter des nouvelles stations pour leur donner des noms de femmes », souligne-t-il en évoquant les prolongements successifs réalisés dans les années 1980 et 2000.


« Dieu sait qu’il n’en manque pas, de femmes importantes dans l’histoire de Montréal comme Émilie-Gamelin, Marie Gérin-Lajoie et Éva Circé-Côté, qui a été une grande journaliste et qui a cofondé la première bibliothèque publique de Montréal. »

S’il fallait nommer une station de métro, Pierre Graveline suggérerait de la baptiser « station Les Filles du roy ». « Il doit y avoir au moins la moitié des Québécois qui descendent des Filles du roy », dit-il.

Le train de la Caisse

Les femmes sont aussi peu visibles dans la toponymie montréalaise, et seulement 6 % des rues portent un nom féminin. En mars dernier, la Ville de Montréal a d’ailleurs créé une banque de noms baptisée « Toponym’Elles ».

Quand est venu le temps de remplacer le nom du cinéaste Claude Jutra, rayé de la toponymie montréalaise, la Ville a opté pour deux femmes, Ethel Stark et Alice Guy, afin de désigner un parc et une rue.

En attendant le prolongement — encore incertain — de la ligne bleue du métro, le train de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), qui comportera 24 stations, pourrait être l’occasion d’accorder plus de place aux femmes.

La CDPQ confirme que les noms donnés aux stations sur les plans du projet et qui font référence à leur localisation — comme Pointe-Claire, Mont-Royal, Kirkland ou même A-40 — pourraient changer, bien qu’il soit encore trop tôt pour trancher. « Nous pourrions préconiser certains noms géographiques comme c’est le cas actuellement sur les cartes, mais nous sommes ouverts à changer les noms », a indiqué au Devoir Jean-Vincent Lacroix, directeur des relations médias chez CDPQ Infra. « Nous sommes très ouverts à prioriser des noms de personnalités/personnages historiques féminins et de préconiser cette avenue pour les noms des stations. »

Pierre Graveline croit que les Québécois sont friands d’histoire. Outre son projet dans le métro, la Fondation Lionel-Groulx présentera à compter de cet automne une série de conférences sur des personnages historiques de Montréal à la Grande Bibliothèque.

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