Le remplacement de la partie publique des conduites n’est pas suffisant, dit Projet Montréal

Montréal s’est engagé depuis 2007 à remplacer les 60 000 conduites de ce type dans son réseau d’aqueduc d’ici 2026.
Photo: iStock Montréal s’est engagé depuis 2007 à remplacer les 60 000 conduites de ce type dans son réseau d’aqueduc d’ici 2026.

La gestion du remplacement des conduites d’eau en plomb est « de l’improvisation », dénonce Projet Montréal, par la voix du conseiller Peter McQueen. Le parti souhaite que la métropole fasse pression auprès de Québec afin d’obtenir des subventions pour les propriétaires devant remplacer des tuyaux composés de ce métal lourd et toxique.

Montréal s’est engagé depuis 2007 à remplacer les 60 000 conduites de ce type dans son réseau d’aqueduc d’ici 2026, pour se conformer à une norme provinciale. À mi-chemin de cette échéance, seules 9000 d’entre elles ont été retirées. La Ville change en fait la partie de la tuyauterie qui court sous le sol depuis le milieu de la rue jusqu’aux édifices de huit logements et moins. Elle s’en remet aux propriétaires pour la portion restante.

Outre la lenteur des travaux, c’est donc l’absence de garanties pour le remplacement de la partie privée qui exaspère M. McQueen. « Pourquoi investir massivement de l’argent public si on n’a aucune assurance pour le reste ? Ça ne vaut pas la peine », affirme-t-il. Son collègue de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Sylvain Ouellet, renchérit : « C’est de l’argent jeté par les fenêtres. »

Les 360 000 brochures distribuées en juillet aux locataires et propriétaires ne suffiront pas, croient-ils. « Je crois que cette stratégie pourrait semer un peu plus la panique que l’action des résidents », avance Peter McQueen. Selon lui, comme la norme provinciale de seuil de concentration de plomb affecte de manière disproportionnée la métropole, Québec devrait participer financièrement.

Tous s’entendent cependant pour parler de mesures préventives plutôt que d’urgence de santé publique, puisque aucune intoxication au plomb n’a été rapportée sur le territoire. La recommandation de consommer de l’eau embouteillée se limite aux femmes enceintes et aux enfants de moins de six ans, les principales sources de plomb demeurant plutôt la peinture au plomb ou certains jouets importés contaminés, a indiqué au Devoir la Direction de la santé publique de Montréal (DSP).

Changement technique

Les deux conseillers de l’opposition officielle à l’Hôtel de Ville réagissaient à un article paru lundi dans The Gazette. On y indique que la Ville de Montréal dépensera près de 300 millions de dollars de plus que prévu pour remplacer la partie publique des conduites d’eau en plomb.

Le budget initialement annoncé en 2007 prévoyait que 248 millions de dollars suffiraient à cette tâche herculéenne. Une révision budgétaire de l’estimation fait maintenant état d’un montant de près de 500 millions de dollars. La Ville nie toutefois qu’il s’agisse de dépassements de coûts, invoquant plutôt un changement de technique dans le reste de sa stratégie de réfection des conduites.

En 2007, la Ville avait estimé les dépenses à encourir en se basant sur la prémisse que les entrées d’eau en plomb seraient changées lors de travaux d’excavation. Ces travaux appelés « de reconstruction » visent d’abord la modernisation des plus grands tuyaux d’aqueduc, ceux situés en plein centre des rues. On profitait alors de ces excavations d’envergure pour changer les conduites de plomb, celles-ci plus petites.

Or, c’est aujourd’hui la « réhabilitation sans tranchées » qui est privilégiée, a précisé au Devoir Philippe Sabourin, du service des communications. Cette technique de « gainage » consiste à déplier une membrane qui, une fois chauffée, épousera la forme de la conduite en se durcissant. « C’est beaucoup plus rapide puisque ce n’est plus nécessaire de creuser. Le gainage représente 50 % d’économies », vante M. Sabourin.

L’on doit donc dorénavant spécifiquement excaver pour remplacer les conduites de plomb, ce qui explique l’augmentation de cette enveloppe. Augmentation qui, selon M. Sabourin, est largement compensée par les économies d’échelle entraînées par ce changement de stratégie.