Le ministère de la Culture a ignoré l’avis de ses experts

Le parc Rutherford, sis sur le réservoir d’eau McTavish, est situé en contrebas du parc du mont Royal.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le parc Rutherford, sis sur le réservoir d’eau McTavish, est situé en contrebas du parc du mont Royal.

Pour autoriser la Ville de Montréal à aménager de vastes terrains synthétiques sur le flanc sud du mont Royal, le ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCCQ) a passé outre un avis défavorable du Conseil du patrimoine culturel du Québec, qui stipule en toutes lettres que le projet du parc Rutherford est de nature à compromettre « la qualité » et « le panorama » de ce site patrimonial protégé.

Des documents obtenus grâce à la Loi d’accès à l’information par Le Devoir démontrent que le ministère de la Culture, en dépit des arguments très clairs exprimés par ses propres experts, a malgré tout donné sa bénédiction au projet envisagé par la Ville dans l’aire protégée du mont Royal. Grâce à ce feu vert, l’administration Coderre a octroyé le 7 juillet dernier un contrat de 4,3 millions de dollars pour amorcer l’installation de terrains synthétiques sur le réservoir McTavish à des fins sportives. Et cela, malgré l’opposition soutenue de citoyens et de plusieurs organismes à ce projet depuis 2013.

Un avis limpide

« Ce réservoir fait partie d’une coulée verte qui s’inscrit en continuité avec le parc du Mont-Royal. Son espace ouvert, ses parois rocheuses […] contribuent à faire de cet endroit un des ensembles qui participent de façon éloquente à la définition du paysage du mont Royal », note le Conseil, dans un avis remis au ministère de la Culture dès décembre 2013.

L’installation de terrains synthétiques et de quatre imposants puits d’éclairage d’une hauteur de 30 mètres « aux portes du mont Royal » fait dire au Conseil que « les travaux proposés compromettent les qualités du secteur dont l’importance est reconnue au sein du site patrimonial ».

Vaste espace gazonné, le parc Rutherford, sis sur le réservoir d’eau McTavish, est situé en contrebas du parc du mont Royal, entre les rues McTavish au sud et l’avenue Docteur-Penfield au nord.

Selon le Conseil, l’imposant dispositif d’éclairage encombrera le paysage et « compromettra le panorama nocturne », lit-on dans cet avis qui n’a jamais été rendu public par le MCCQ. Ces grands espaces verts, visibles depuis le belvédère de l’escarpement depuis 1869, contribuent « de façon éloquente à la définition du paysage du mont Royal » et à la « mise en scène prestigieuse » créée par la succession d’autres espaces d’intérêt sur le flanc sud, depuis l’esplanade de l’Université McGill, en passant par la station de pompage jusqu’au sommet du mont Royal.

Pour l’organisme Les Amis de la montagne, ces informations sont troublantes. Le dossier analysé par le ministère de la Culture pour rendre sa décision démontre que toutes les expertises réalisées militaient en faveur du rejet du projet, dit-elle. « Est-ce que nos élus peuvent balayer du revers de la main toutes les politiques et orientations qui protègent un site patrimonial ? » s’inquiète Hélène Panaïoti, directrice de l’organisme. Même si le mont Royal a été décrété « site naturel et historique » par Québec en 2005, cette situation démontre qu’il n’est pas assez protégé par le cadre réglementaire actuel, s’inquiète Mme Panaïoti. « De mauvaises décisions continuent de se prendre à la pièce et la somme de ces décisions fait que le mont Royal se dégrade. »

Les documents obtenus révèlent aussi que, même après une demande de modification faite à la Ville par le MCCQ, le projet définitif déposé prévoit toujours la présence des dizaines de luminaires éclairés sur le flanc sud du mont Royal tous les soirs jusqu’à 22 h 30, de la mi-avril à la mi-mai.

Malgré ces informations, le MCCQ a informé en mai dernier l’administration Coderre qu’« il n’avait pas d’objection » au projet proposé au parc Rutherford, invitant tout de même la Ville à tout faire pour atténuer la pollution lumineuse. Jeudi, une porte-parole du ministère de la Culture a indiqué au Devoir que le MCCQ n’était aucunement lié par les avis du Conseil du patrimoine, qui est un organisme purement consultatif.

Pour le conseiller de Projet Montréal Alexander Norris, « il est clair que la ministre Hélène David [qui remplaçait à l’époque le ministre Luc Fortin en congé de maladie] a fait fi de l’avis de ces propres experts ». Malgré les modifications minimes apportées au plan initial, les documents démontrent que l’essence même du projet « fait défaut ». « En définitive, une des plus belles vues de Montréal va être gâchée par la création de ces terrains synthétiques. La Ville et le ministère font le contraire de ce qu’ils prônent dans leurs propres plans de mise en valeur du mont Royal. Je crois que le maire Coderre et la ministre David nous doivent des explications. »

 

Consultez le plan d'aménagement du parc Rutherford
7 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 23 juillet 2016 04 h 36

    Des petits bourgeois pourris

    Ca commencer par un réservoir a eau, des hopitaux et maintenant un terrains de jeux avec un éclairage sur dimmensionné l'étape suivante ca va etre quoi l'appropriation tout entière du Mont-Royale par McGuill, quel a plat ventrisme de la part de nos dirigeants malgré le refus de la population, quelles dirigeants irresponsables et petits bourgeois pourris vendus a toutes les veuleries

  • Nicole Delisle - Abonné 23 juillet 2016 07 h 35

    Décision très mal avisée par encore des libéraux!

    Une ministre et un maire qui n'en font qu'à leur tête, qui se croient plus importants
    que ceux qui font une expertise sérieuse du projet. Pourquoi faire faire des études si c'est pour les rejeter par la suite? Le maire Coderre joue au petit dictateur et démontre clairement qu'il n'a aucune notion de patrimoine historique. Il faut être
    nul au niveau de la culture pour poser un tel geste. On ne détruit pas un site si beau
    de cette façon. Que veut-on montrer aux gens et aux touristes du haut du Mont-Royal? Un terrain synthétique éclairé à grande échelle? Et la beauté de Montréal et
    ses lumières étoilées n'en valent-ils pas plus la peine? Se moquer des Montréalais de cette façon, n'est pas digne d'un maire! C'est une gifle monumentale et j'espère que
    les Montréalais vont réagir comme il se doit à ce fracasseur de beauté. Entre libéraux,
    ils se complètent bien. Le gouvernement Couillard est en train d'arrimer le Québec
    au rang de simple petite province comme les autres et le maire Coderre de son côté,
    détruit ce qui fait de Montréal sa richesse et lui enlève son plus bel atout! Vraiment,
    nous sommes gouvernés par des "cancres" qui ne comprennent rien de leur rôle de
    protecteurs de leur environnement. C'est d'une tristesse inouïe!

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 23 juillet 2016 08 h 06

    Un porte-parole du MCCQ..arrogant....

    comme son ou ses maîtres..." ...le MCCQ n'est aucunement lié par les avis du Conseil du patrimoine, qui est un organisme purement (lire: simplement, sans importance...)
    consultatif (lire:qu'on écoute... au bon vouloir)." ...Bon chien-chien !
    Et dire que ce fonctionnaire est aussi un ...concitoyen.?! Hem...peut-être pas!


    Rubrique : Nommer les choses!

  • Bernard Terreault - Abonné 23 juillet 2016 09 h 35

    Dommage

    On gruge ce parc "de nature" peu à peu. D'abord on coupe la végétation naturelle pour y aménager un terrain de sport, puis on installe un éclairage de nuit qui chasse certains animaux, puis on remplace le gazon par du plastique.

  • Gilles Théberge - Abonné 23 juillet 2016 10 h 08

    Et comment!

    Ils doivent non seulement des explicactions mais rendre des comptes...

    On dirait que tant Hélène David que Denis Coderre ne savent pas qu'ils ne sont pas propriétaires, mais fiduciaires de ces espaces publics...

    Et ne savent pas faire la différence!

    • Pierre Robineault - Abonné 23 juillet 2016 11 h 53

      Disons-le franchement, nous sommes en face de deux personnes volontairement ignorantes ... pour dire le moins!

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 23 juillet 2016 13 h 30

      Je suggere

      qu'une collecte de fonds s'organise pour installer des lampadaires dans
      les esprits obscures des libéraux et du bon maire de Montreal.