Le parc Rutherford peut passer au synthétique

Le parc Rutherford est situé sur un flanc du mont Royal, près de l’Université McGill. Une entente avec l’établissement lui promet jusqu’à 47 % des plages horaires.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le parc Rutherford est situé sur un flanc du mont Royal, près de l’Université McGill. Une entente avec l’établissement lui promet jusqu’à 47 % des plages horaires.

L’administration Coderre a décidé d’aller de l’avant avec l’aménagement d’un terrain synthétique multisport sur le flanc du mont Royal malgré les nombreuses critiques de citoyens. Le projet du parc Rutherford coûtera 4,3 millions de dollars, dont près de 1 million sera assumé par l’Université McGill.

Les élus de Ville-Marie ont autorisé mercredi soir l’octroi d’un contrat de 4,3 millions à Construction Vert Dure pour l’aménagement du terrain sportif à surface synthétique, un montant supérieur de 13 % à l’estimation de la Ville. Cet écart serait attribuable à la difficulté d’installer des fûts d’éclairage sur le site en raison de la présence, sous le terrain, du réservoir d’eau McTavish, selon la Ville.

En vertu d’une entente avec la Ville, l’Université McGill contribuera au financement du projet à la hauteur de 997 554 $, ce qui lui permettra d’utiliser le terrain un maximum de 47 % du temps.

La privatisation d’un parc public crée un précédent inquiétant et dangereux

 

Plusieurs citoyens ont dénoncé la décision de l’administration, certains soulignant que la surface synthétique créera un îlot de chaleur et pourrait causer des problèmes de santé. « Vous faites une très grave erreur. Vous risquez de passer dans la postérité pour celui qui a bradé l’espace public, celui qui risque de contaminer l’eau de 500 000 Montréalais et celui qui va dégrader le site patrimonial montréalais », a indiqué Aziz Fall.

Solution équilibrée

Le maire Denis Coderre a rejeté les critiques, niant au passage que l’eau puisse être contaminée. « On protège et on investit massivement dans le parc du Mont-Royal. On a même augmenté le budget des Amis de la montagne. Mais on pense qu’on a aussi des besoins pour notre jeunesse, notamment dans Peter-McGill, a-t-il dit. On a trouvé une solution en équilibre entre les deux. »

À une citoyenne qui a remis en question le temps d’utilisation accordé à l’Université McGill, Denis Coderre a rétorqué que « le maire de Montréal et de Ville-Marie […] vous dit que ça va être 65 % pour le peuple et 35 % pour l’université. »

Un précédent dangereux

Les Amis de la montagne, qui avaient déploré l’autorisation accordée au projet par le ministère de la Culture en mai dernier, ont exprimé leur vie déception quant à ce dénouement. « La privatisation d’un parc public crée un précédent inquiétant et dangereux », a indiqué au Devoir Hélène Panaïoti, directrice des communications de l’organisme. Elle a déploré que la Ville ait ignoré les règles encadrant la protection du mont Royal : « Ça augure mal pour les autres sites qui changeront de vocation comme l’Hôtel-Dieu, le site des Hospitalières et l’hôpital Royal Victoria. » Selon elle, ce terrain synthétique, qui comportera quatre fûts d’éclairage de 30 mètres, sera beaucoup plus dommageable pour la montagne que les bancs de granit controversés qui seront installés sur la montagne.

De son côté, l’opposition a fustigé l’administration Coderre. « Alors que le mont Royal aurait besoin d’être protégé et renaturalisé, Denis Coderre transformera, comme il le souhaitait, 4000 mètres carrés d’espaces verts en revêtement de plastique. C’est choquant », a commenté le conseiller de Projet Montréal Alex Norris.

3 commentaires
  • Anne-Marie Allaire - Abonnée 7 juillet 2016 08 h 22

    révoltant

    Ce bon maire peut bien se promener dans les égouts ou se pavaner sur les ruines d'un autoroute, il vient de créer un continent de plastique sur le joyau de Montréal. Révoltant.

  • Brigitte Garneau - Abonnée 7 juillet 2016 16 h 46

    Vive la nature!

    Incroyable! Alors que nous devrions, de plus en plus, nous préoccuper de l'environnement, l'administration Coderre penche plutôt pour le synthétique...Misère! C'est à croire qu'ils ont fait un pacte avec notre merveilleux "sinistre" de l'environnement! Tant qu'à y être, pourquoi ne pas clôturer le parc d'une jolie haie de buissons de plastique...ce serait de toute beauté! De plus, pas d'entretien (tailler et arroser) et ça ferait de l'ombre! Fallait y penser...

  • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 7 juillet 2016 18 h 00

    Un bon libéral qui prend soin de ses amis de McGill. On n'y peut rien, c'est dans leurs gènes.