Hochelaga-Maisonneuve s’embourgeoise

« Je suis prêt à reconnaître qu’il peut y avoir de la gentrification, dit le maire d’Hochelaga-Maisonneuve, Réal Ménard, mais il n’y a pas eu une éviction massive des gens sur la base de la construction de condos. »
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « Je suis prêt à reconnaître qu’il peut y avoir de la gentrification, dit le maire d’Hochelaga-Maisonneuve, Réal Ménard, mais il n’y a pas eu une éviction massive des gens sur la base de la construction de condos. »

Hochelaga-Maisonneuve s’embourgeoise et l’érosion du parc de logements locatifs contribue à ce phénomène, reconnaît le maire Réal Ménard. Selon une étude dévoilée mardi, le quartier aurait perdu 835 logements au cours de la dernière décennie.

Dans la foulée des actes de vandalisme survenus en novembre 2013 et perpétrés pour dénoncer l’embourgeoisement du quartier, le maire de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Réal Ménard, avait commandé une étude à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) sur l’état du parc immobilier.

Les chercheurs Gilles Sénécal et Nathalie Vachon ont donc épluché les rôles fonciers de 2003, de 2010 et de 2014 pour dégager des tendances.

Ils ont ainsi observé que 3247 condominiums, ou copropriétés divises, s’étaient ajoutés en dix ans et que ce type d’habitation représentait 12 % des logements du quartier. Et en recoupant certaines données, ils ont pu conclure que les copropriétés indivises, une formule privilégiée pour faciliter l’accès à la propriété, comptaient pour 3 % des logements.

Les chercheurs ont aussi constaté une perte de 835 logements locatifs entre 2003 et 2014. « Ce résultat de 835 logements peut, à bien des égards, paraître faible si on considère que le quartier compte plus de 27 000 logements. Nous croyons, au contraire, qu’il préfigure d’un phénomène qui ira en s’intensifiant », indiquent les chercheurs dans leur étude.

De nouveaux résidants

Ces changements, qui ont attiré entre 6000 et 7000 nouveaux résidants mieux nantis, ont eu un impact sur le quartier. « La particularité dans notre quartier, c’est que les premières générations de condos se sont surtout faites dans d’anciens bâtiments industriels, souligne Réal Ménard. Donc, je suis prêt à reconnaître qu’il peut y avoir de la gentrification, mais il n’y a pas eu une éviction massive des gens sur la base de la construction de condos. »

Dans Le Plateau-Mont-Royal, les autorités estiment à 500 le nombre de logements locatifs qui disparaissent chaque année en raison, notamment, de la conversion de logements en copropriétés indivises, une manoeuvre qui donne lieu à l’expulsion de locataires.

L’explosion des valeurs foncières à Montréal contribue aussi à transformer des quartiers comme celui d’Hochelaga-Maisonneuve et à faire bondir le prix des baux. L’étude de l’INRS rappelle que, dans ce quartier, la valeur moyenne d’un duplex est passée de 111 000 $ en 2003 à 368 000 $ en 2014.

Réal Ménard entend poursuivre la réflexion sur le phénomène de la gentrification en organisant, en mai 2017, des « assises » sur cet enjeu. « On va essayer d’analyser le phénomène à partir d’études scientifiquement établies », a-t-il dit. Ainsi, l’arrondissement compte trouver des solutions pour maintenir une mixité et un développement harmonieux et mieux connaître le profil des résidants qui se sont établis dans le quartier au cours de la dernière décennie.

Des contextes différents

Le conseiller Richard Ryan, dans Le Plateau-Mont-Royal, convient que le phénomène de la gentrification diffère d’un quartier montréalais à l’autre. « Dans certains cas, la gentrification est un long continuum alors qu’ailleurs, c’est assez brusque, comme dans Saint-Henri. En l’espace de quelques années, Saint-Henri a complètement changé de visage. »

Selon lui, il faut travailler sur la création de logements abordables, mais aussi sur la préservation d’espaces commerciaux à prix raisonnable et le maintien de lieux d’emplois. Il cite l’adoption d’un règlement pour maintenir les ateliers d’artistes dans le secteur Saint-Viateur Est. « Si on ne l’avait pas fait, il n’en resterait plus cinq ans plus tard, dit-il. La pression immobilière est telle qu’on peut perdre la diversité dans le type d’emploi. […] Il faut sortir du marché du pied carré. »

Rappelons qu’en février dernier, Hochelaga-Maisonneuve avait été de nouveau le théâtre d’actes de vandalisme. Puis, en mai, une trentaine de personnes masquées avaient fait irruption dans une épicerie fine du quartier Saint-Henri, dans le Sud-Ouest, pour s’emparer de produits sur les étagères et apposer des affiches dénonçant la gentrification du quartier.

À voir en vidéo