Démarrage ardu pour les toilettes publiques

De nombreuses villes dans le monde se sont dotées de toilettes automatisées sur le domaine public. Au Canada, Toronto (notre photo), Vancouver, Edmonton, Victoria et Trois-Rivières en ont installé.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne De nombreuses villes dans le monde se sont dotées de toilettes automatisées sur le domaine public. Au Canada, Toronto (notre photo), Vancouver, Edmonton, Victoria et Trois-Rivières en ont installé.

Les entreprises ne se bousculent pas pour participer au projet de la Ville de Montréal de doter son centre-ville de toilettes publiques. Au printemps dernier, la Ville a dû annuler un appel d’offres faute de soumissionnaires, mais l’arrondissement de Ville-Marie croit que les premières toilettes autonettoyantes pourront être installées à compter de l’automne prochain.

Le 11 mars dernier, l’arrondissement de Ville-Marie a lancé un appel d’offres pour des services professionnels en architecture et ingénierie dans le cadre du projet d’implantation de toilettes publiques autonettoyantes. Lorsque celui-ci a pris fin le 29 mars, aucune soumission n’avait été reçue.

Le projet faisait suite à l’adoption l’an dernier d’un budget de 3,6 millions de dollars sur trois ans pour l’installation de 12 toilettes autonettoyantes au centre-ville de Montréal, au coût d’environ 300 000 $ l’unité.

Manque d’intérêt

L’arrondissement de Ville-Marie explique ainsi le manque d’intérêt des soumissionnaires potentiels : « Le mandat, qui consistait à concevoir les sites afin d’accueillir les unités préfabriquées, ceci sur une période de trois ans, représentait un mandat répétitif et sans grand défi », a indiqué Anik de Repentigny, chargée de communication à l’arrondissement, par courriel. « Afin que ce mandat, dont les honoraires étaient calculés en pourcentage, devienne intéressant pour les soumissionnaires potentiels, les pourcentages à facturer auraient été, selon eux, démesurés. »

Après cet échec, l’arrondissement a changé de stratégie. Il a lancé deux appels d’offres distincts et sur invitation, l’un pour les services professionnels en architecture et l’autre pour les services professionnels en ingénierie. Ces contrats visent la préparation des sites qui accueilleront les toilettes. « Nous avons cette fois reçu des soumissions pour les deux appels d’offres et les deux contrats seront accordés sous peu », a précisé Mme de Repentigny.

Au cours des prochains mois, un autre appel d’offres sera lancé pour la fourniture des unités de toilettes autonettoyantes, a-t-elle ajouté.

Des embûches

Ce n’est pas la première fois que la Ville rencontre des difficultés dans ce dossier. En 2014, elle avait dû annuler le projet de toilettes autonettoyantes au parc Émilie-Gamelin faute de soumissionnaires pour la fourniture de l’équipement.

Pour l’instant, l’arrondissement de Ville-Marie ne précise pas où seront installées les toilettes publiques, car il reste des enjeux techniques à régler, a-t-on indiqué. La Ville prévoit toutefois que les premières toilettes devraient apparaître dans le paysage montréalais à compter de l’automne prochain, au plus tard au printemps 2017.

Les « camiliennes »

Ce projet marquerait le retour des toilettes publiques à Montréal après des décennies d’absence.

Lors de la crise économique de 1929, l’administration du maire Camilien Houde avait fait construire des vespasiennes à la place d’Armes et au square Philips à une époque où les réseaux d’égouts et d’aqueducs étaient déficients. Surnommées les « camiliennes », ces toilettes avaient été aménagées dans le cadre des « travaux de chômage ». Mais elles ont été délaissées en raison des problèmes de malpropreté et d’enjeux de moralité.

Des groupes d’aide aux personnes itinérantes réclament depuis des années que la Ville de Montréal installe des toilettes publiques au centre-ville, pas uniquement pour les sans-abri, mais également pour le grand public et les touristes. À l’exception des toilettes chimiques installées temporairement lors de festivals et des toilettes des commerces et des établissements où la cohabitation est difficile, les équipements sanitaires publics sont inexistants au centre-ville.


Les toilettes automatisées ici et ailleurs

De nombreuses villes dans le monde se sont dotées de toilettes automatisées sur le domaine public. Au Canada, Toronto, Vancouver, Edmonton, Victoria et Trois-Rivières en ont installé.

Paris compte 400 « sanisettes » réparties sur son territoire et dont l’accès est gratuit depuis 2006. Quelque 150 d’entre elles sont ouvertes 24 heures sur 24. Les sanisettes nouvelle génération installées depuis 2009 ont été conçues à l’aide de matériaux recyclables et utilisent l’eau de pluie. Après chaque utilisation, le plancher et la cuvette sont lavés automatiquement. Elles sont chauffées l’hiver et les concepteurs ont même pensé à une musique d’ambiance.
4 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 2 juillet 2016 08 h 46

    Pour pas des coderriennes construites par la ville ?

    N'importe quel entrepreneur en construction peut raccorder une toilette privée (les nôtres) aux égouts de la ville.

    Alors au lieu de déléguer au privé tout le projet, pourquoi n'importe-t-on pas des toilettes parisiennes et ne donnons nous pas au privé que le raccordement à l'égout ?

    • Louise Collette - Abonnée 2 juillet 2016 18 h 01

      Hi hi elle est bonne, <<des coderriennes>> j'aime

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 2 juillet 2016 20 h 13

      Bonne idée...mais faudra quand même surveiller le tout:...et l'achat des "toilettes parisiennes" ou "sanisettes".... et le raccordement à l'égout.
      Sans oublier les appels d'offre.

      Déjà que ...les relents, des révélations de la Commission Charbonneau, ne sont pas encore complètement disparus à Montréal.

  • Alexandre Thibodeau - Abonné 2 juillet 2016 23 h 38

    3,6 millions pour 12 toilettes autonettoyantes? Qu'ils me donnent 1 million et je vais m'occuper de nettoyer 24 toilettes ordinaires...