Déneigement: encore de la collusion à Montréal

Malgré les mesures mises en place par l’administration Coderre pour enrayer la collusion dans l’octroi de contrats de déneigement, celle-ci perdure. Dans un rapport déposé lundi, le Bureau de l’Inspecteur général de Montréal (BIG) recommande ainsi à la Ville de Montréal de renoncer à accorder deux contrats totalisant plus de 12 millions de dollars dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.

Le rapport de l’inspecteur général Denis Gallant révèle qu’après le lancement d’un appel d’offres, en avril dernier, un entrepreneur aurait communiqué avec un concurrent pour tenter de le convaincre de ne pas déposer de soumission pour un contrat qu’il convoitait.

Selon l’enquête du BIG, Louis-Victor Michon, directeur des opérations de J. L. Michon Transports Inc., aurait aussi demandé à son concurrent de persuader d’autres entrepreneurs de ne pas soumissionner pour un autre contrat.

Louis-Victor Michon aurait même offert à son concurrent de lui rembourser le montant de 100 000 $ qu’il avait exigé de lui cinq ans auparavant en échange d’un contrat.

Pour appuyer son enquête, le BIG a obtenu de solides preuves puisque Louis-Victor Michon a fait des admissions « claires et sans équivoques ». De plus, deux enregistrements audio de conversations survenues entre M. Michon et un représentant du concurrent lui ont été fournis.

Pour le BIG, il ne fait donc pas de doute que M. Michon a tenté de conclure des ententes de nature collusionnaires. Selon lui, la Ville ne devrait pas octroyer les deux contrats à l’entreprise.

Rappelons qu’en novembre dernier, le BIG avait rendu public un rapport révélant l’existence d’activités de collusion dans le domaine du déneigement à Montréal et qu’il avait promis de garder l’oeil sur cette industrie.

Pour sa part, à la recommandation du BIG, l’administration avait regroupé l’octroi des contrats de manière à lancer un seul appel d’offres pour plusieurs territoires.

Le maire Denis Coderre a salué le travail du BIG. « Le processus fonctionne. On a quelqu’un qui lève le drapeau et vient nous le dire s’il voit des choses. Je pense que c’est rassurant pour les payeurs de taxes de voir qu’on protège les intérêts des Montréalais », a-t-il dit.

Contrat résilié

Dans un autre dossier, le BIG a résilié un contrat de 24,7 millions octroyé à l’entreprise Solutions d’eau Xylem pour la fourniture de pompes destinées à l’usine d’eau potable Atwater, compte tenu des « manquements graves » qui auraient entaché le processus d’appel d’offres.

Cinq entreprises avaient répondu à l’appel d’offres lancé par la Ville en décembre 2014, mais le contrat a été accordé à la firme Xylem, malgré le fait que celle-ci n’était pas le plus bas soumissionnaire. En fait, au départ, aucune des soumissions n’avait été jugée conforme et il a fallu qu’un comité spécial soit créé et qu’une deuxième analyse soit effectuée avant qu’on détermine que seule Xylem était conforme. Le processus était piloté par SNC-Lavalin, à qui la Ville avait confié la conception du devis et la surveillance des travaux conjointement avec la Division de l’eau potable.

Or, selon le BIG, la soumission de Xylem aurait dû être rejetée, car elle ne respectait pas une des exigences, qui consistait à fournir une lettre attestant de la fiabilité des pompes. De plus, en cours de route, la Direction de l’eau potable et SNC-Lavalin ont renoncé à une exigence initiale sur le type de pompes requises.

Craignant de devoir annuler l’appel d’offres, la Ville et SNC-Lavalin auraient donc modifié certaines exigences des devis techniquesaprès l’ouverture des soumissions. Le BIG estime ainsi que ces décisions ont restreint le marché de la concurrence et avantagé le soumissionnaire.

Denis Coderre s’est dit préoccupé par ce rapport. « Je n’aime pas ce que je vois. Je suis très préoccupé. En plus, on aurait changé des dates. On va faire une enquête. S’il faut poser des gestes et changer le tout, on va le faire », a expliqué le maire en précisant qu’à ce jour, un montant de 1,4 million de dollars avait déjà été dépensé pour ce contrat.

De son côté, Projet Montréal, qui avait voté contre l’octroi du contrat à l’époque, a demandé que le dossier soit transmis à l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 21 juin 2016 03 h 58

    Dans la vie il faut avoir les moyens de son éthique

    les contracteurs savent bien que les municipalités ne sont pas équipé pour les grosses tempêtes d'hiver qu'ils n'ont pas l'outillages, la main d'oeuvre et l'expertise qui le moment venu doivent être a pied d'oeuvre,que tous les gens, l'outillage, les camions et les lieux de déversement doivent etre reservés au moin un an en avance et ce sans parler des investissements, ils ont du mal a entretenir les routes en été, imaginer en hiver, comme me disait un jour un ami , dans la vie il faut avoir les moyens, de son éthique, les collusions et les magouilles sont toujours une affaire d'argent

  • Jacques Morissette - Inscrit 21 juin 2016 05 h 28

    Le loup de la fable, une fois en ville, n'est toujours pas domestiqué: "Collusion dans le déneigement à Montréal."

    Je n'en suis pas du tout surpris. Les humains, beaucoup plus qu'une base théorique, est la base du système. C'est, si l'on veut, un système qui repose surtout sur un front de donnant-donnant, gagnant-gagnant, dans le genre. C'est donc plutôt normal que les choses évoluent un peu de cette manière, malgré toutes les directives pour l'en empêcher. Si vous pensez le contraire, je regrette, ça ressemble à de l'hypocrisie.

    Nous avons affaire à des entreprises qui veulent des contrats. Elles ne s'attendent pas à ce qu'un arbitre fasse que tout le monde soit considéré sur le même pied, équitablement. Il y a une proie, les prédateurs l'ont tous vues. C'est le plus fort qui va la manger, sûrement pas le plus gentil ou le plus honnête. Ce sont des humains, ce n'est pas un défaut, simple question d'intelligence, pour s'accaparer de la proie.

    Observez les comportements des animaux, vous verrez, l'humain en est un parmi d'autres. Le fond de la question, ce n'est pas le simple fait que ce sont des humains. Le vrai problème est que ces humains ont des valeurs, la viande autour de la proie, c'est ça la vraie question: L'argent.

    Lafontaine dit, dans Le loup et le chien:
    «Quittez les bois, vous ferez bien :
    Vos pareils y sont misérables,
    Cancres, hères, et pauvres diables,
    Dont la condition est de mourir de faim.»

    Il ne faudrait surtout pas croire que le loup dans la civilisation va attendre passivement que quelqu'un lui apporte sa nourriture, s'il veut rester vivant. Il faudrait se demander s'il n'y a pas trop d'entreprises, quant aux contrats disponibles? Les entreprises qui sont vivantes, à divers degrés, démontrent qu'elles jouent bien le jeu du loup qu'on voudrait bien essayer de domestiquer, comme le loup dans la fable. Pour le loup, les lois ne sont qu'une barrière.

  • François Dugal - Inscrit 21 juin 2016 07 h 52

    Enrichissons notre vocabulaire

    Habitude :
    Disposition acquise par l'usage qui devient une seconde nature.

    • Jacques Morissette - Inscrit 21 juin 2016 09 h 15

      Je l'ai trouvé bien drôle!

      Une habitude, ça ne regarde souvent qu'une personne. Elle peut, soit en prendre conscience, et décidée ensuite de s'en corriger, si ça la dérange. Ça regarde aussi son entourage immédiat, si ça les dérange.

      Dans le cas de la collusion, c'est plutôt une culture établie, dans un milieu donné. Ce sont des entreprises, gérées par des humains, qu'on pourrait dire pris dans un filet. Très difficile alors, sinon impossible de s'en défaire. Cela, d'autant plus que les entreprises sont méfiantes les unes des autres. Si j' le fais, en tout honneur, est-ce que les autres vont suivre mon exemple ou me laisser seule sur le pavé? Le risque est bien plus grand de s'empêtrer dans le filet que de s'en défaire.