Pour en finir avec le rejet de contaminants dans le fleuve

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, présente trois types d'eau.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, présente trois types d'eau.

Dans l’espoir de mettre un terme au rejet de produits toxiques dans le fleuve Saint-Laurent dans le secteur de l’autoroute Bonaventure, Ottawa, Québec et la Ville de Montréal investiront plus de 100 millions de dollars dans un plan de mitigation.

Pendant 100 ans, de 1866 à 1966, des tonnes de déchets domestiques et industriels ont été déposées directement sur le lit du fleuve, entre les ponts Champlain et Victoria. De cette accumulation de déchets et de remblayages successifs, qui ont fait avancer la berge de quelque 500 mètres, émane une soupe toxique qui, depuis 20 ans, s’écoule dans le fleuve.

Au cours des dernières années, la Ville a tenté diverses méthodes pour contenir les produits toxiques provenant du terrain lui appartenant, l’ancien Technoparc, mais sans grand succès. Estacades flottantes, mur d’interception et décontamination par les plantes n’ont pas suffi. Les polluants sont si toxiques et le volume contaminé est si important que la solution visant le remplacement des sols a été écartée parce que trop coûteuse.

Les grands moyens

Les trois ordres de gouvernement ont donc convenu d’un plan baptisé « Solution Bonaventure », dévoilé vendredi afin de contenir les contaminants dans les deux secteurs touchés.
 


Le projet « Solution Bonaventure » comporte deux zones. Le secteur est est contaminé par des hydrocarbures pétroliers contenant des biphényles polychlorés (BPC) alors que celui de l’Ouest contient de l‘azote ammoniacal, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et des métaux.
 

Ainsi, les eaux souterraines du secteur ouest, situé à l’approche du pont Champlain — de propriété fédérale —, sont contaminées par de l’azote ammoniacal, des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et des métaux. La société fédérale Ponts Jacques-Cartier et Champlain (PJCCI) a donc opté pour la construction d’une barrière hydraulique d’une profondeur de 15 mètres le long de la berge et de 33 puits de pompage qui permettront d’intercepter les eaux contaminées et de les traiter sur le site.

Le projet sera mené en partenariat public-privé avec la firme Sanexen Services environnementaux et s’échelonnera sur au moins 15 ans.


Le système entrera en fonction au printemps 2017, mais il demeure difficile de prévoir pendant combien de temps les équipements seront requis, a indiqué le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau. « On va poursuivre les analyses de l’eau au cours des 15 prochaines années. Nous verrons si les sols sont plus propres à mesure que les contaminants sont retirés. Si, dans 15 ans, ce n’est pas jugé acceptable, nous continuerons le projet », a expliqué le ministre.
 


L’accumulation de déchets et les remblayages successifs ont repoussé les berges de plus de 500 mètres. La photo montre l’avancement des berges entre 1801 et aujourd’hui. La facture de 13 millions sera partagée à parts égales entre Ottawa et Québec.
 

Hydrocarbures

Le secteur est, qui longe l’autoroute Bonaventure entre les ponts Clément et Victoria, est pour sa part contaminé par des hydrocarbures pétroliers contenant des biphényles polychlorés (BPC) qui flottent au-dessus des eaux souterraines. En berge, la PJCCI construira un mur de confinement de 920 mètres de long ainsi qu’une station de récupération au coût de 18 millions afin de recueillir les contaminants qui seront traités et revalorisés.

Sur le site de l’ancien Technoparc, maintenant connu sous le nom de Parc d’entreprises de la Pointe-Saint-Charles, la Ville de Montréal installera son propre mur, de même que 30 stations de pompage et une usine de traitement. Le projet sera réalisé en collaboration avec SNC-Lavalin au coût estimé de 76 millions sur 25 ans. « Nous avons acquis ce site en 1989 et nous avons la responsabilité de mettre fin à la contamination ultérieure dans le fleuve », a expliqué le responsable du développement durable à la Ville, Réal Ménard, tout en disant avoir bon espoir de voir ce projet se qualifier pour une subvention de Québec dans le cadre du programmeRevi-Sols.

Scepticisme

Coprésident de la Société pour vaincre la pollution (SVP), Daniel Green connaît bien le site de l’ancien dépotoir pour y avoir effectué des échantillonnages d’huiles toxiques s’écoulant de l’ancien Technoparc entre 2008 et 2014. Il demeure sceptique quant au plan présenté par les autorités. « Les administrations Bourque et Tremblay ont fait perdre beaucoup de temps, on aurait pu intervenir avant », dit-il.

L’estacade et les boudins flottants mis en place dans les années 2000 par la Ville pour recueillir les hydrocarbures étaient inutiles, dit-il. « Avec les courants, les huiles contournaient les estacades », explique-t-il.

Par la suite, les murets installés par la Ville se sont avérés aussi inefficaces, affirme-t-il : « C’était un muret pour la galerie. Les contaminants passaient en dessous. C’est pourquoi il est bien important que tout nouveau muret soit construit jusqu’au roc. »

M. Green estime que les solutions présentées par les autorités rejoignent la proposition qu’il avait lui-même faite il y a un an. Mais, prévient-il, il importe qu’en pompant les eaux souterraines, on s’assure aussi de recueillir et traiter les gaz, car les substances toxiques présentes sont très volatiles, avance-t-il. « On risque de troquer une pollution des eaux souterraines avec une pollution de l’air », dit-il en évoquant les lacunes détectées à la station de pompage des lagunes de Mercier.

Daniel Green estime qu’il faudrait aussi mettre en place un système de surveillance indépendant. « Vu que les pollueurs sont les gouvernements et la Ville de Montréal, qui va les surveiller et s’assurer que les efforts de décontamination sont bien faits ? Ce n’est pas la firme Sanexen qui va le faire », souligne-t-il.

M. Green compte donc s’adresser au gouvernement fédéral et à la Ville de Montréal pour demander qu’un comité formé de groupes environnementaux et d’universitaires soit créé afin de surveiller les résultats des efforts de décontamination.

Un achat très coûteux

Montréal a payé la modique somme de 1 $ en 1989 au gouvernement fédéral pour faire l’acquisition d’un terrain autrefois connu sous le nom de Technoparc. Ce site ayant servi de dépotoir jusqu’en 1966, la Ville s’est rendu compte en 1991 que d’importantes quantités d’hydrocarbures provenant du sol étaient rejetées dans le fleuve. D’ici 25 ans, la Ville prévoit qu’elle aura dépensé quelque 84,3 millions pour limiter les rejets toxiques dans le fleuve.