Les municipalités, tributaires des infrastructures naturelles

Réginald Harvey Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD) de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) contient plusieurs mesures susceptibles de préserver et de mettre en valeur les infrastructures naturelles au profit des populations. En ces temps de changements climatiques, il est devenu impérieux de protéger et valoriser ces « richesses naturelles » souvent menacées. État de ces infrastructures dans le Grand Montréal.

Il existe trois grandes catégories d’infrastructures : il y a les grises, celles notamment des centres culturels et sportifs, des trottoirs, des routes et de la tuyauterie ; il y a les vertes, qui relèvent des bassins de rétention aménagés, comme, par exemple, les toits verts ou bleus ; et il y a les naturelles, qui sont celles des tourbières, des milieux humides, de la canopée urbaine et des boisées en zone urbaine, périurbaine ou agricole.

Une fois livrées ces informations, Aurélie Genries, docteure en écologie et chargée de projets en gestion des milieux naturels et en développement durable chez Nature-Action Québec, décrit ces infrastructures naturelles sur le territoire de la Communauté urbaine : « On a environ 19,2 % de celui-ci qui est occupé par le couvert forestier, et la CMM voudrait qu’il soit porté à 30 % d’ici à 2030. On a aussi à peu près 12 % de la superficie qui se présente sous la forme de plans d’eau. » Parmi tout ce qui appartient au domaine aquatique, il y a de plus aux alentours de 22 000 hectares de milieux humides ; 80 % de ceux-ci font l’objet d’une pression anthropique.

Impacts sur la vie urbaine

Ces milieux naturels là génèrent des effets bénéfiques sur la qualité de vie : « On peut en tirer des conséquences positives sur tous les plans pour la santé. On en parle beaucoup dans le cadre des changements climatiques en ce moment : la lutte contre les îlots de chaleur en zone urbaine doit passer de plus en plus par le maintien de ceux-ci et par des parcs connectés par une trame verte en ville. »

Malgré les avantages qu’il est possible d’en tirer, les regroupements urbains de différentes tailles arrivent difficilement à traiter la problématique de ces trésors naturels de façon homogène : « Effectivement, la situation actuelle montre que c’est très fragmenté », constate Mme Genries. Elle voit bien « qu’il existe des disparités d’une municipalité à l’autre. On a beaucoup de fragmentation sur le territoire. Quant à eux, les milieux humides subissent beaucoup de pressions causées par l’urbanisation et par les activités agricoles ».

Nature-Action Québec a poussé plus loin ses recherches sur la protection de ces lieux auprès des municipalités, en 2015 : « On a consigné des données auprès d’une centaine d’entre elles sur un territoire plus grand que celui de la CMM ; on parle de la Ceinture et Trame verte et bleue [CTVB] du Grand Montréal, qui est quatre fois plus importante ; elle s’étend sur 1,7 million d’hectares. »

Il est ressorti de cette étude « qu’on remarquait vraiment un désir marqué et des actions concrètes de la part des élus municipaux afin de protéger, conserver, restaurer, mettre en valeur et rendre accessibles ces milieux naturels ; il en va d’une meilleure qualité de vie et de la bonne santé de la population ».

Regards sur la ville

La municipalité de Châteauguay s’est distinguée à deux reprises à titre de ville à la rescousse des milieux naturels. Sa mairesse depuis 2009, Nathalie Simon, aborde la question de l’aménagement du territoire en fonction des infrastructures naturelles sous cet angle : « Déjà, au départ, je me suis impliquée politiquement parce que, chez nous, on voulait préserver certains de ces milieux. Il faut comprendre ce qu’ils apportent à la qualité de vie. »

Elle indique que ceux-ci jouent également un rôle dans la captation des eaux : « On se rend compte avec les changements climatiques que les infrastructures d’aqueduc et le drainage ne suffisent souvent pas à la tâche. » Sur le plan économique, « ils nous servent à éviter de faire des investissements dans des travaux de grande envergure, parce qu’ils rendent notre réseau plus performant qu’il ne l’est en réalité ».

Elle fait ressortir une des caractéristiques naturelles de sa ville : « C’est une zone très marécageuse qui, au fil des siècles, a été remblayée pour la construction du résidentiel. On est situés à la pointe de l’endroit où la rivière Châteauguay rencontre le lac Saint-Louis. » Il s’agit là d’une réalité dont les élus municipaux doivent tenir compte dans un aménagement rationnel du territoire dans des secteurs plus vulnérables aux précipitations et aux inondations : « Il est possible, en préservant les milieux naturels, d’éviter de payer collectivement des coûts élevés pour construire des bassins de rétention. »

Faire face à la réalité

Nathalie Simon en est persuadée : les municipalités doivent de nos jours tenir compte des changements climatiques et s’y adapter « parce qu’ils ont des impacts directs sur notre population. Quand on regarde les statistiques d’Environnement Canada sur les quantités de pluie qui tombent, on s’aperçoit que le volume d’eau est le même, mais que ces pluies ne tombent pas de la même façon ; les accumulations d’eau se font de manière courte et violente ».

Il en résulte que « les systèmes seraient capables d’absorber et de réguler la même quantité d’eau à plus long terme, mais maintenant, ils n’y arrivent pas à cause de toute cette eau-là qui s’est abattue très rapidement ; du même coup, on a moins de terrains pour qu’elle puisse percoler dans le sol à travers les nappes phréatiques ».

Différentes mesures sont envisagées pour résoudre ce problème, parmi lesquelles elle relève celle-ci : « On commence à regarder beaucoup, beaucoup du côté des “eaux végétalisées”, donc de l’utilisation de moyens naturels de capter l’eau et de l’amener dans la nappe phréatique, plutôt que de la diriger vers la rivière, où elle gonflerait davantage les crues, ou encore de la traiter. »