Montréal: plusieurs offres pour le studio Ernest-Cormier

Certains projet veulent préserver la vocation du studio Ernest-Cormier, rue Saint-urbain, à Montréal.
Photo: Société immobilière du Québec Certains projet veulent préserver la vocation du studio Ernest-Cormier, rue Saint-urbain, à Montréal.

Le studio Ernest-Cormier suscite la convoitise. Québec a reçu six propositions d’achat pour l’immeuble qu’il a mis en vente l’automne dernier, et les prix offerts varient entre un dollar et près d’un million de dollars, a appris Le Devoir.

Les acheteurs potentiels avaient jusqu’au 31 mai pour soumettre une offre d’achat pour le studio du célèbre architecte situé au 3460, rue Saint-Urbain.

La disparité des soumissions est importante. La proposition la plus élevée, qui atteint 954 000 $, est venue de Luc Lachapelle, président de l’entreprise Bauval — qui l’a toutefois présentée à titre personnel. Les prix offerts par les cinq autres acheteurs potentiels vont de 1 $, prix avancé par la Société pour la sauvegarde du studio Ernest-Cormier, à 464 000 $, le montant proposé par les architectes Pierre Beaupré et Josette Michaud.

1 $
C’est l’offre symbolique de la Société pour la sauvegarde du studio Ernest-Cormier.

Rappelons qu’au rôle foncier de la Ville de Montréal, le studio Ernest-Cormier a une valeur de 1,18 million de dollars et que peu après la mise en vente du bâtiment en octobre dernier par la Société québécoise des infrastructures (SQI), Québec a déposé un avis d’intention de classement, une intervention faisant en sorte d’encadrer sévèrement toute rénovation à l’immeuble.

Joint par Le Devoir, Luc Lachapelle a indiqué que si son offre était acceptée, il entendait conserver la vocation d’atelier et de lieu de création de l’immeuble qui comprend aussi un logement. « On ne va pas faire comme Ernest Cormier parce qu’on n’a pas cette prétention-là, mais on veut que le bâtiment ait une vocation ouverte, a-t-il dit. C’est vraiment particulier comme lieu, tant au niveau de la géométrie des pièces que du bâtiment. »

Josette Michaud connaît bien le studio Ernest-Cormier et souhaite ardemment mettre la main sur le bâtiment. « On ferait de l’architecture, on recevrait nos amis, on ferait notre pied-à-terre à Montréal », explique-t-elle.

L’architecte souligne que la SQI n’a pas posé de conditions pour la vente. « Tout ce que la SQI voulait savoir, c’est le prix dans l’enveloppe », dit-elle tout en précisant que la SQI n’a pas l’obligation d’accepter les offres qui lui sont faites.

Une offre à 1 $

Pour sa part, la Société pour la sauvegarde du studio Ernest-Cormier, une organisation sans but lucratif fondée par Mélissa Pilon, a déposé une offre symbolique d’un dollar assortie d’une proposition de bail emphytéotique. Bien que la Société ait réussi à déposer la garantie de soumission de 25 000 $ tel que le réclamait la SQI, elle n’était pas en mesure de faire une offre d’achat conventionnelle.

Vocation préservée

Mais Mélissa Pilon estime que le projet soumis pour son organisation est celui qui préserve le mieux la vocation originale de l’immeuble et l’esprit du travail d’Ernest Cormier. L’organisme souhaite notamment faire du bâtiment un lieu de création et de diffusion ouvert à des artistes visuels, architectes, designers graphiques et photographes. « Le risque, s’il est vendu au plus offrant, c’est que ce studio presque centenaire soit dénaturé ou devienne une propriété inaccessible au public. Cela représente à nos yeux un recul important pour notre culture et pour l’image de Montréal », avance l’organisme.

Le projet de la Société pour la sauvegarde du studio Ernest-Cormier a aussi de nombreux appuis, insiste Mélissa Pilon, qui cite ceux de Phyllis Lambert, fondatrice du Centre canadien d’architecture, le réalisateur François Girard, l’architecte Gilles Saucier et la directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, Nathalie Bondil.

L’homme d’affaires Sarto Blouin a pour sa part déposé une offre de 287 979 $. Associé dans plusieurs projets avec le promoteur Luc Poirier, dont Le Rubic et l’Hôpital de Montréal pour enfants, M. Blouin indique que s’il devenait propriétaire du studio Ernest-Cormier, il envisagerait d’y implanter un incubateur pour les arts liés au cinéma, la télévision et les multimédias, mais qu’il serait approprié d’agrandir l’immeuble.

Mais selon lui, le bâtiment présente plusieurs défis, dont des problèmes de contamination d’amiante et d’autres substances. De plus, son possible classement par Québec imposerait d’importantes contraintes qui s’ajouteraient au zonage. « Le bâtiment est très intéressant. Il est extraordinaire à l’extérieur et relativement bien entretenu, mais les espaces intérieurs sont problématiques et ne respectent pas le Code du bâtiment d’aujourd’hui. »

Il n’a pas été possible d’obtenir les commentaires de la SQI.


1 $
C’est l’offre symbolique de la Société pour la sauvegarde du studio Ernest-Cormier.
1 commentaire
  • Yves Desgent - Abonné 2 juin 2016 09 h 43

    Merci!

    Je vois que la photo illustrant maintenant votre article est bien celle du STUDIO Ernest-Cormier et non celle de la MAISON Ernest-Cormier comme à la première heure.
    Il fait plaisir de constater que les commentaires des lecteurs portent fruit! Merci!

    Yves Desgent
    Abonné