L’importance des partenariats, de Montréal à Rimouski

Martine Letarte Collaboration spéciale
Isabelle Hudon expliquera pourquoi les entreprises et les villes doivent investir en culture lors de la conférence d’ouverture du 29e Colloque de Les Arts et la Ville.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Isabelle Hudon expliquera pourquoi les entreprises et les villes doivent investir en culture lors de la conférence d’ouverture du 29e Colloque de Les Arts et la Ville.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La conférence d’ouverture du 29e Colloque de Les Arts et la Ville, mercredi à Rimouski, sera donnée par Isabelle Hudon. L’ex-présidente de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, maintenant à la tête de la Financière Sun Life au Québec, expliquera pourquoi les entreprises et les villes ont tout à gagner à investir dans la culture.

Une ville, c’est une marque aux yeux d’Isabelle Hudon, chef de direction au Québec et vice-présidente principale des solutions clients à la Financière Sun Life Canada. Pour que la ville rayonne, attire des gens, donne envie à des citoyens d’y vivre et d’y travailler, elle a besoin de se distinguer des autres. Pour y arriver, elle doit jouer sur les attributs qui lui donnent une unicité. La vitalité culturelle est bien sûr un élément important pour qu’une ville sorte du lot. D’où l’importance de soutenir les organisations culturelles, les événements et les artistes pour leur permettre de briller.

Cette équation, Isabelle Hudon l’avait faite alors qu’elle était à la tête de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain il y a près de 10 ans.

« J’y crois encore fermement, dit-elle en entrevue. Il faut investir en culture. C’est ainsi que Montréal se distingue internationalement. Je suis aussi convaincue que l’équation est valable à plus petite échelle, dans d’autres villes du Québec. »

Elle donne l’exemple classique de Baie-Saint-Paul, qui s’est fait une renommée pour ses artistes en arts visuels. Mais aussi du Festival de cinéma international en Abitibi-Témiscamingue.

« C’est un festival important qui attire dans la région bon nombre de touristes, dit-elle. Et une fois qu’ils ont fait le trajet, ils ne repartent pas le jour même ! Ils y passent quelques nuits et en profitent aussi pour découvrir la ville. »

Hydro-Québec est d’ailleurs un partenaire important de ce festival.

Pour Isabelle Hudon, il ne fait aucun doute que la vitalité culturelle est capitale pour l’attraction et la rétention des gens dans un milieu de vie.

« Que ce soit à Montréal, où c’est de plus en plus cher et compliqué de vivre, ou en région, que les jeunes quittent souvent pour avoir de meilleures perspectives d’emploi, la qualité de vie qu’on offre aux citoyens est très importante et cela passe beaucoup par la culture. »

Les réussites de Rimouski

Isabelle Hudon a beaucoup d’admiration pour le travail réalisé par Éric Forest, maire de Rimouski.

« Il ne s’en est pas tenu à dire que Rimouski n’était pas à proximité des grands centres urbains ou qu’on n’y trouve pas de grandes industries : il a travaillé avec ce qu’il avait pour arriver à des résultats intéressants. »

À Rimouski, de grandes entreprises sont partenaires de grands événements, comme Telus pour Les Grandes Fêtes et Québecor pour le Festi Jazz international de Rimouski.

De plus petites entreprises contribuent aussi, de différentes façons, au rayonnement de la culture.

« Il y a un chapelet de petits commerces, comme des restaurants et des cafés, qui jouent vraiment un rôle dans la diffusion culturelle locale en exposant des oeuvres, par exemple, ou en présentant des spectacles d’artistes émergents, constate Isabelle Hudon. C’est bon pour les commerces, puisque ces activités amènent de la vie, attirent une clientèle. C’est bon aussi pour la ville, parce que ce genre d’initiatives intéresse et retient les nouvelles générations. Les jeunes ne sont pas obligés d’aller ailleurs pour avoir une offre culturelle intéressante. »

Elle est consciente toutefois qu’il y a toujours une part de risque pour les entreprises d’investir en culture.

« Mais, c’est un beau risque calculé », affirme-t-elle.

Efforts à la Chambre de commerce

C’est aussi l’avis de la Chambre de commerce et de l’industrie de Rimouski-Neigette. Elle a décidé, en 2012, de mettre la main à la pâte pour favoriser les partenariats entre les PME et les petits organismes culturels.

« Il y a moins de subventions pour eux depuis quelques années et ils se retrouvent dans une situation économique très difficile », affirme Chantal Pilon, présidente de la Chambre de commerce et de l’industrie de Rimouski-Neigette.

« Or, ces petites initiatives culturelles et nos artistes locaux reflètent vraiment l’identité culturelle de Rimouski », ajoute-t-elle.

Pour tenter d’améliorer leur sort, la Chambre a créé la Table Affaires-Culture.

« Elle facilite le maillage entre le monde des affaires et celui de la culture, deux mondes qui se parlent encore trop peu, explique Chantal Pilon. Au départ, seulement 10 % des participants aux activités de réseautage provenaient du monde des affaires. Ils ne comprenaient pas trop ce qu’ils avaient à faire là. Or, pour nous, la vitalité culturelle fait partie du développement économique. Nous avons vraiment un travail d’éducation à faire. »

Déjà, il y a eu du progrès.

« Nous sommes maintenant à environ 35 % de gens d’affaires dans nos activités et on voit de plus en plus de partenariats se mettre en place », précise-t-elle.

La Table a aussi créé le Prix Arts-Affaires, remis à une entreprise qui soutient de façon exceptionnelle une organisation culturelle.

« Le vote est réalisé par les gens du milieu culturel, indique Mme Pilon. Ce prix est important, puisqu’il marque le pas devant tous les membres de la Chambre. On affirme haut et fort qu’une offre culturelle variée et en santé est capitale pour faire rayonner la région et qu’il est important de la soutenir. »