La Ville tarde à appliquer les recommandations, dit le v.g.

Le vérificateur général, Jacques Bergeron, juge que la Ville n’a pas fait toutes les réformes nécessaires.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le vérificateur général, Jacques Bergeron, juge que la Ville n’a pas fait toutes les réformes nécessaires.

À quelques jours de la fin de son mandat, le vérificateur général, Jacques Bergeron, estime que la Ville de Montréal montre bien peu d’empressement à mettre en application les recommandations de ses rapports annuels.

En 2013, la Ville avait fixé à 70 % le taux souhaité pour la mise en oeuvre des recommandations dans la première année du dépôt du rapport du vérificateur. Les résultats sont non seulement bien en deçà des objectifs, mais le taux de réalisation a régressé au cours des dernières années, a constaté Jacques Bergeron mardi, alors qu’il présentait son rapport annuel.

Ainsi, en 2012, seulement 43 % de ses recommandations ont été appliquées, contre seulement 35 % en 2014. « Il n’y a pas de respect des échéanciers. On constate un certain relâchement dans le suivi des recommandations », a souligné M. Bergeron.

La Ville préfère dire que 85 % des recommandations de 2014 « sont réglées ou en cours de réalisation », une vision que rejette le vérificateur. « Le statut “ en cours ”, pour nous, ne signifie rien », dit M. Bergeron.

Dans son rapport annuel, Jacques Bergeron s’est penché sur plusieurs dossiers. Il a notamment détecté des lacunes dans la gestion des chantiers immobiliers et un manque de surveillance dans l’utilisation des cartes de crédit par les employés. Il a également remis en question les ententes-cadres dans les technologies de l’information et signalé le risque auquel s’expose la Ville dans ses communications en cas de sinistre.

Le président du comité exécutif, Pierre Desrochers, dit avoir bien pris note des recommandations du v.g., soulignant que l’administration Coderre avait resserré les contrôles et adopté un plan de performance organisationnelle. Il a assuré que les recommandations prioritaires seraient traitées avec promptitude.

Lourdeur administrative

Dans son rapport, Jacques Bergeron souligne aussi la lourdeur administrative de la Ville et la complexité de sa structure. « Je quitte mes fonctions avec des préoccupations d’importance concernant la gouvernance de la Ville, écrit-il. Le cadre législatif auquel est assujettie la Ville induit une complexité et une lourdeur dans la gestion de l’appareil municipal et constitue un obstacle de taille à l’amélioration de sa performance. »

M. Bergeron a cependant reconnu que l’administration Coderre avait instauré plusieurs changements bénéfiques, dont l’adoption d’une politique centralisée pour le déneigement.

Entré en poste en 2009, Jacques Bergeron tirera sa révérence le 2 juin prochain, au terme d’un mandat de sept ans parfois tumultueux. « En sept ans, j’ai eu des hauts et des bas », a-t-il reconnu.

Le v.g. a eu des relations tendues avec l’administration de l’ex-maire Gérald Tremblay. Après avoir rédigé un rapport accablant sur la gestion du contrat des compteurs d’eau, il avait fait l’objet d’une enquête et ses courriels avaient été épiés. Il avait aussi eu des démêlés avec l’ex-directeur général Louis Roquet, qui avait transmis une partie de son rapport annuel à Telus.

Les relations avec l’administration Coderre sont plus sereines. Mais Jacques Bergeron avait quelques conseils à donner à son successeur, dont l’identité devrait être connue le 20 juin : « Bien du courage. Se tenir debout et avoir deux bons adjoints », a-t-il dit en insistant sur la nécessaire indépendance du vérificateur général.


Recrutement difficile

Le bureau du vérificateur de la Ville de Montréal a des problèmes de recrutement. Six des trente employés prendront leur retraite ou termineront leur mandat sous peu, a souligné Jacques Bergeron mardi. Et la relève est difficile à attirer. Une étude ayant démontré que les salaires étaient compétitifs, M. Bergeron croit que le fait que les employés soient syndiqués rebute les comptables qui pourraient se joindre à l’équipe. « Être syndiqué, pour un comptable agréé, ce n’est pas nécessairement une condition gagnante, a-t-il dit. C’est une question de culture. » Il avance aussi que la complexité des mandats à réaliser pourrait décourager les candidats potentiels.