Montréal s’approprie le site des hospitalières

« Si on est ici aujourd’hui, c’est beaucoup grâce à vous, à ce que vous avez apporté à Montréal », a lancé le maire Denis Coderre aux sœurs de la congrégation des religieuses hospitalières de Saint-Joseph rassemblées pour assister à l’annonce dans les bâtiments mêmes du lieu historique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir « Si on est ici aujourd’hui, c’est beaucoup grâce à vous, à ce que vous avez apporté à Montréal », a lancé le maire Denis Coderre aux sœurs de la congrégation des religieuses hospitalières de Saint-Joseph rassemblées pour assister à l’annonce dans les bâtiments mêmes du lieu historique.

Grosse transaction lundi dans le processus de transmission du patrimoine religieux bâti du Québec, des congrégations vers le secteur public : la Ville de Montréal a annoncé son intention d’acquérir plusieurs propriétés des religieuses hospitalières de Saint-Joseph situées à la lisière du centre-ville et du quartier Plateau-Mont-Royal.

Ce transfert immobilier va faire tomber dans le bien commun plus de 36 000 m2 d’un espace urbain jusque-là à l’usage exclusif des soeurs. Il comprend un vaste parc et plusieurs bâtiments à forte valeur patrimoniale. Il marque également la fin d’un cycle dans la réappropriation par les laïcs du patrimoine accumulé durant plus de trois siècles par les communautés religieuses au temps où le Québec était un peu moins séculier.

« Nous sommes en présence ici d’une des dernières composantes de ce patrimoine religieux qu’il restait encore à transmettre, a commenté au Devoir lundi l’historien Yves Beauregard, directeur de la revue d’histoire Cap-aux-Diamants. C’est un geste tout à fait admirable qui marque sans doute aussi la fin d’une transmission nécessaire en raison du vieillissement et de l’absence de relève dans ces communautés religieuses qui les possèdent. »

Lundi matin, le maire Denis Coderre, accompagné de la supérieure de la congrégation, Marie-Thérèse Laliberté, a dévoilé les grandes lignes d’une entente conclue en mars dernier et qui pose le premier jalon de l’acquisition des terrains et de plusieurs bâtiments des soeurs dites hospitalières à l’est de l’avenue du Parc, entre l’avenue des Pins et l’avenue Duluth à Montréal. La transaction comprend le vaste jardin fruitier, le couvent, le musée, trois chapelles et plusieurs bâtiments de service, actuellement occupés par les membres d’une communauté sur le déclin dont l’âge varie de 65 à 101 ans.

Nouvelle vocation

Le montant de cette acquisition n’a pas été dévoilé. « Il fait encore partie d’un processus de négociation », a précisé Russell Copeman, membre du comité exécutif, responsable de l’urbanisme.

« Si on est ici aujourd’hui, c’est beaucoup grâce à vous, à ce que vous avez apporté à Montréal », a lancé Denis Coderre aux soeurs de la congrégation rassemblées pour assister à cette annonce dans les bâtiments mêmes de ce lieu historique qu’elles occupent depuis 1861, et ce, après avoir quitté le Vieux-Montréal où elles avaient rejoint Jeanne Mance en 1659, soit 17 ans après l’ouverture du premier hôpital de la ville par la cofondatrice de Montréal. « On parle beaucoup d’avenir, mais c’est important de se souvenir d’où l’on vient », a-t-il ajouté.

La nouvelle vocation des terrains et bâtiments acquis par la Ville va faire l’objet d’une consultation publique ce printemps et cet automne. La Ville s’engage toutefois à respecter l’esprit des lieux et à les ouvrir au public dans le respect des valeurs de la congrégation religieuse. Elle évoque au passage la création possible d’un centre d’archives des communautés religieuses, l’agrandissement du musée ou encore l’installation d’une école de métier.

« Il ne va pas y avoir des condos, pas de ventes de ce patrimoine immobilier au privé, a assuré M. Copeman. Ça va devenir un endroit public », à l’exception de la crypte qui abrite à cet endroit les restes de Jeanne Mance et qui devrait rester la propriété des soeurs de l’Hôtel-Dieu, comme on les appelait à l’époque où elles assuraient le service public dans le domaine de la santé. Actuellement, le jardin des hospitalières n’est ouvert au public qu’un jour par année, à l’occasion de la Journée des musées montréalais.

La supérieure de la communauté s’est dite très émue par ce changement de cap pour sa communauté qui diminue en nombre, mais augmente en âge, a-t-elle précisé. Il reste 60 hospitalières qui, selon l’entente, vont être réinstallées dans le pavillon Masson de l’Hôtel-Dieu, rénové et agrandi pour l’occasion. La Ville cherche aussi à mettre la main sur le stationnement adjacent à l’hôpital, dans la rue Saint-Urbain, propriété du gouvernement du Québec, pour y construire des logements sociaux, a indiqué M. Copeman.

Le passage de ce patrimoine naturel, historique et architectural dans le giron de la municipalité a été qualifié de « fantastique décision » par le chef de l’opposition officielle, Luc Ferrandez. « Ça prend toute une ville pour préserver un site aussi important », a-t-il dit.

Denis Coderre a qualifié cette acquisition en cours de « legs majeur » des hospitalières à Montréal dans le cadre des commémorations du 375e anniversaire de naissance de la ville. La transaction doit toutefois recevoir l’imprimatur du Vatican et du pape François.

1 commentaire
  • Gilles Delisle - Inscrit 17 mai 2016 07 h 03

    Décision noble de la Ville de Montréal

    Dans le respect de ce cette Communauté, la Ville protégera ce lieu extraordianire qui appartenait aux religieuses, qui ont tant donné aux citoyens de Montréal au fil des ans. C'est une très bonne chose de ne pas avoir légué cette institution à des universités qui ont par le passé, acquis des institutions religieuses en les revendant quelques années plus tard, pour en profiter et détourner ainsi le but des religieuses, comme ce fut le cas avec la Maison-Mère des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie à Outremont. Cette vénérable institution de l'Avenue des Pins devra restera aux mains de la population de Montréal, sans que jamais, une administration municipale la cède à des quelquonques promoteurs.