La sécurisation des ruelles dans la mire des arrondissements

Sur l'ensemble du territoire montréalais, on retrouve environ 450 km de ruelles.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Sur l'ensemble du territoire montréalais, on retrouve environ 450 km de ruelles.

L’accident récent au cours duquel un enfant a été happé par une camionnette a incité certains arrondissements montréalais à accélérer l’implantation de mesures pour sécuriser leurs ruelles. Le Plateau-Mont-Royal a fait savoir mardi que des dos-d’âne seront aménagés à proximité de toutes les sorties de ruelles du territoire.

Le 1er mai dernier, dans l’arrondissement du Sud-Ouest, un garçon de six ans roulait à vélo sur le trottoir lorsqu’une camionnette sortant de la ruelle l’a percuté. L’enfant se trouve toujours dans un état critique.

Les sorties de ruelles sont source d’angoisse pour tous les parents de jeunes enfants, souligne la conseillère de Projet Montréal Marianne Giguère. C’est pourquoi l’arrondissement du Plateau a l’intention de doter, dès ce printemps, les 750 sorties de ruelles de son territoire de dos-d’âne qui, a précisé le maire Luc Ferrandez, seront de calibre « himalayen ».

De plus, 20 bacs à fleurs seront installés à des sorties de ruelles dans les prochaines semaines afin de forcer les automobilistes à ralentir. Et 14 accès aux ruelles seront fermés à la circulation automobile pour faire place à des aménagements verdis, s’ajoutant ainsi aux 15 ruelles champêtres existantes.

Le maire Ferrandez n’écarte pas l’idée d’installer des miroirs aux sorties de certaines ruelles problématiques, mais il n’est pas convaincu de leur efficacité. « Un miroir, pour un livreur pressé, ça peut aussi être un élément pour accélérer. Ce n’est pas exclu comme élément complémentaire, mais le miroir ne peut pas faire le travail qu’on veut », a-t-il dit.

Bien que toutes les ruelles demeurent ouvertes à la circulation, Luc Ferrandez ne s’attend pas à ce que les mesures de sécurisation fassent l’unanimité : « On n’a jamais fermé [l’accès à] une ruelle sans avoir des protestations. »

Remise en question

Dans l’arrondissement du Sud-Ouest, où l’accident est survenu, toutes les ruelles sont déjà dotées de dos-d’âne, a souligné le maire Benoit Dorais. Certaines sorties de ruelles ont été fermées et d’autres ont été munies des bacs verdis au cours des dernières années.

M. Dorais a toutefois demandé un inventaire de l’ensemble des ruelles auprès des services de l’arrondissement. Le maire souhaite notamment que des comptages soient effectués pour vérifier l’efficacité des mesures déjà mises en place.

Il veut aussi s’enquérir des meilleures pratiques dans les autres arrondissements afin de voir si d’autres mesures peuvent être implantées sur son territoire. « Chaque année, on fait des actions sur les ruelles. Mais le triste accident d’il y a neuf jours a été l’occasion de se questionner à nouveau sur la façon d’agir dans nos ruelles, outre ce qu’on fait chaque année », a-t-il expliqué en évoquant la possibilité d’élaborer un plan plus global de sécurisation dans les semaines à venir.

Ruelles vertes

De son côté, Rosemont–La Petite-Patrie a déjà 99 ruelles vertes et compte maintenir le cap. « On était déjà très conscients du problème que nous vivions. L’accident qui s’est malheureusement produit est venu confirmer la valeur de ce qu’on faisait déjà en matière d’apaisement et de sécurisation », a commenté le maire François Croteau.

Cette année, l’arrondissement entend notamment sécuriser les sorties de ruelles donnant sur des pistes cyclables — comme sur les rues de Bellechasse et Saint-Zotique — en augmentant le dégagement à cinq mètres des voitures stationnées, a indiqué le maire Croteau.

Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension a aussi aménagé plusieurs ruelles vertes au cours des dernières années, mais l’opposition à l’Hôtel de Ville estime que les mesures implantées sont insuffisantes.

Tout en saluant les initiatives visant l’apaisement de la circulation dans les ruelles, le Conseil régional de l’environnement (CRE) de Montréal s’inquiète de la popularité grandissante des véhicules de type VUS et pick-up, dont le nombre a augmenté de 18,9 % entre 2010 et 2015 à Montréal. « Ce n’est pas anodin parce que ça limite la visibilité et ça fait en sorte que les impacts pour les victimes sont beaucoup plus importants », a indiqué Félix Gravel, responsable des campagnes transport au CRE de Montréal.

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