Coderre ne regretterait pas le départ d’Uber

Alors que plusieurs villes canadiennes ont légalisé Uber, Denis Coderre dit qu’il ne versera pas une larme si l’entreprise quitte Montréal. « Bye bye ! Moi, ça ne me fait pas de peine pantoute », a déclaré le maire après qu’Uber eut menacé de cesser ses activités au Québec advenant l’adoption par l’Assemblée nationale d’une loi trop contraignante.

« J’aime autant avoir des gens qui vont être responsables et qui vont travailler de façon inclusive, a déclaré M. Coderre mercredi midi. La réalité, c’est qu’Uber, ce n’est pas de l’économie de partage. Ce sont des gens qui arrivent Gros-Jean comme devant et disent : “ C’est de même que ça marche et si ça ne fait pas, on s’en va. ” Ben, allez-vous-en ! » a lancé le maire.


La Presse rapportait mercredi que le ministre québécois des Transports, Jacques Daoust, comptait présenter à ses collègues du Conseil des ministres un projet de loi imposant aux chauffeurs d’Uber des frais importants pour transporter des passagers. Les nouvelles règles limiteraient le nombre de véhicules et obligeraient les chauffeurs à payer la TPS et la TVQ sur leurs courses. Tous les chauffeurs d’Uber devraient aussi obtenir un permis de classe 4C.

Le ministre Daoust a confirmé en point de presse mercredi midi que le gouvernement écartait la possibilité de racheter les permis de taxis, une solution évoquée le mois dernier, mais qui coûterait trop cher au Trésor, soit 1 milliard de dollars. Il a précisé que le texte de loi était rédigé et que le Conseil des ministres l’endossait pleinement. Le projet de loi sera déposé la semaine prochaine en vue d’une adoption avant l’été, a-t-il précisé.

Il n'y a aucun objectif dans la réglementation de Jacques Daoust autre que celui de nous fermer

 

Uber menace de partir

Si le gouvernement va de l’avant avec un tel projet de loi, Uber devra cesser ses activités au Québec, a indiqué le directeur général de l’entreprise au Québec, Jean-Nicolas Guillemette.

Lors d’un entretien téléphonique, M. Guillemette a souligné que mardi soir, le conseil municipal de Toronto avait justement entériné une réglementation légalisant les activités d’Uber. Toronto créera une nouvelle catégorie de services pour UberX et soumettra l’entreprise à des mesures de sécurité plus sévères. Les nouvelles règles permettront aussi aux chauffeurs de taxi de réduire ou d’augmenter leurs tarifs lorsque les demandes de transport sont faites par l’entremise d’une application mobile.

« John Tory, un grand ami du maire Coderre, a eu, lui, la vision que ça prenait pour proposer des règles qui vont satisfaire tout le monde et qui sont équitables, a fait valoir M. Guillemette. Ça démontre l’ouverture de Toronto et de l’Ontario à l’égard de l’innovation, des nouvelles technologies et d’une ville intelligente. Mais ici, il y a Jacques Daoust qui vit dans le passé, qui protège le statu quo et le monopole de l’industrie du taxi et qui veut fermer Uber. Il n’y a aucun objectif dans la réglementation de Jacques Daoust autre que celui de nous fermer. Ça n’améliore pas la qualité du service ou les options de transport pour le citoyen et ça ne diminue pas les coûts que les taxis facturent aux citoyens. »

M. Guillemette soutient que l’entreprise est disposée à se plier à des exigences plus strictes en matière de sécurité et à percevoir des taxes sur les courses, mais il affirme que le ministre Daoust n’a jamais démontré d’ouverture à l’égard d’Uber. Il a rappelé que les villes d’Ottawa et d’Edmonton, tout comme quelque 80 juridictions dans le monde, avaient légalisé les activités d’Uber.

Le conseiller de Projet Montréal Guillaume Lavoie a qualifié d’« adolescente » la déclaration du maire Coderre. « C’est vraiment la démonstration ultime que Denis Coderre ne comprend absolument rien à la mobilité, a-t-il commenté. Toronto, la plus grande ville au Canada, a été capable de trouver une réglementation intelligente qui comprend qu’il y a deux modèles d’affaires différents. D’autres villes aussi ont été capables de reconnaître qu’il doit y avoir une réglementation équitable, mais pas identique. Vouloir faire entrer le nouveau modèle dans les fondamentaux de l’ancien modèle, c’est stupide. »

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