L’inspecteur général aura à l’oeil les chantiers et les gros contrats

Denis Gallant
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Denis Gallant

Denis Gallant ne s’attend pas à manquer de travail d’ici la fin de son mandat. Avec la hausse des investissements en infrastructures à la Ville de Montréal, l’inspecteur général promet d’avoir à l’oeil l’octroi de contrats, notamment en matière de technologies de l’information, afin de débusquer les stratagèmes frauduleux.

Au lendemain du dépôt de son rapport annuel, Me Gallant admet que les malversations à la Ville de Montréal ne s’arrêteront pas du jour au lendemain. « Où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie, dit-il en entrevue. Il y a des bureaux d’inspecteurs généraux aux États-Unis qui ont 40 ou 50 ans d’existence. Ils sont comme moi, ils ne manquent pas d’ouvrage. »

Avec une ville comptant 28 000 employés, ou quelque 40 000 si l’on tient comte des sociétés paramunicipales et de la Société de transport de Montréal (STM), les risques de manoeuvres frauduleuses demeurent présents, mais Me Gallant dit pouvoir compter sur de précieux lanceurs d’alerte qu’il faut protéger.

Me Gallant explique qu’à l’époque où il avait été procureur à la commission Charbonneau, il avait reproché à des employés de la Ville de n’avoir rien dit et rien fait lorsqu’ils étaient témoins de manoeuvres frauduleuses. « Ils nous disaient : “À qui vouliez-vous qu’on se confie ? On avait l’ordre d’un supérieur. On a beau avoir la sécurité d’emploi à vie, on allait être tablettés” », relate-t-il.

Congédiement

Selon lui, les employés sont mieux protégés et désormais en meilleure position pour dénoncer les malversations à la Ville de Montréal. Mais l’inspecteur général insiste sur l’importance de l’imputabilité des gestionnaires qui doivent mettre en place des mesures de contrôle et de surveillance dans l’octroi des contrats.

Denis Gallant a aussi clarifié le sort du chef de division qui avait tenté de favoriser la firme d’un ami personnel pour l’obtention d’un contrat et dont le cas a été relaté dans son rapport. Non seulement le contrat a-t-il été annulé, mais le gestionnaire en question a été congédié peu après, a-t-il dit : « Je fais un mea culpa. On aurait dû l’indiquer dans le rapport. » S’il ne divulgue pas l’identité du gestionnaire, c’est pour protéger les employés qui l’ont dénoncé, a-t-il précisé.

Visites de chantiers

Mais au-delà des signalements, le Bureau de l’inspecteur général (BIG) entend mener une surveillance dans plusieurs secteurs dans lesquels la Ville investit des sommes importantes, soit l’informatique, le programme de resurfaçage des chaussées, de même que le déneigement, qui avait fait l’objet d’un rapport l’automne dernier compte tenu de l’emprise de la collusion dans ce domaine. « J’ai des pouvoirs d’inspection. Ma juridiction, ce n’est pas uniquement la Ville, mais des contractants et des sous-traitants. »

En 2015, il a ainsi dépêché sur des chantiers des employés dûment formés afin de vérifier, de façon impromptue, si le volume de livraison des enrobés bitumineux correspondait aux informations du devis afin de détecter toute irrégularité. Les résultats de cette enquête devraient être connus plus tard cette année.

Le BIG enquêtera-t-il sur les contrats accordés par l’administration à des proches du maire ? « Je regarde la légalité et le respect des règles contractuelles. Si ce sont des contrats de 25 000 $ et moins, on peut les donner à qui on veut. Si on s’aperçoit que c’est toujours pareil — et c’est très hypothétique —, on peut dire de faire très attention aux apparences [de conflits d’intérêts], explique-t-il. Je pourrais donner un avis, mais je ne pourrais pas annuler un contrat. »

Embauché en 2014, Denis Gallant entame sa troisième année d’un mandat de cinq ans non renouvelable.

Le maire Coderre s’est dit satisfait de son rapport. « Est-ce qu’il y a des choses à améliorer ? Oui. Montréal, c’est une grosse boîte, a-t-il dit. Il y a des mesures d’imputabilité encore plus spécifiques à mettre en avant. L’administration doit être imputable. »

Il y a des bureaux d’inspecteurs généraux aux États-Unis qui ont 40 ou 50 ans d’existence. Ils sont comme moi, ils ne manquent pas d’ouvrage.