L’ancienne usine Montreal Works sera démolie, confirme l’arrondissement

L’ancienne usine de munitions datant de la Seconde Guerre mondiale fera place à un stationnement pour les camions de la Ville.
Photo: Keven Lavoie (K Produxion)/Société d’histoire d’Ahuntsic-Cartierville L’ancienne usine de munitions datant de la Seconde Guerre mondiale fera place à un stationnement pour les camions de la Ville.

Le Conseil d’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville a maintenu à l’unanimité sa décision de démolir une ancienne usine de munitions datant de la Seconde Guerre mondiale, la Montreal Works. Entre 1943 et 1945, quelque 9000 femmes ont travaillé dans cette industrie de guerre, avant que la fabrique soit reconvertie pour divers usages.

La démolition de ces vastes salles de bois, entérinée par une assemblée le 11 avril, doit permettre d’établir un stationnement pour les camions de la Ville. « Ça peut paraître pas intéressant, des camions. C’est probablement le cas », a dit la conseillère Émilie Thuillier, tout en appuyant rapidement comme ses collègues la démolition du lieu. Émilie Thuillier explique que l’arrondissement cherchait depuis longtemps un terrain pour établir une cour de voirie. Personne selon elle « n’avait dit que c’était intéressant ». Mais elle reconnaît désormais l’intérêt du lieu, tout en justifiant la démolition.

La conseillère de Projet Montréal a tenu à prendre la parole lorsque le conseil d’arrondissement a tout d’abord voulu expédier la décision parmi d’autres affaires courantes. Le permis de démolir l’ancienne usine de munitions était contesté par la Société historique d’Ahuntsic-Cartierville (SHAC), tout en soulevant l’intérêt de divers groupes, dont Action patrimoine.

« Malgré les appuis et la solidité de nos arguments, les élus de l’arrondissement ont voté à l’unanimité pour la démolition », a commenté mardi avec regret la Société historique d’Ahuntsic-Cartierville (SHAC). Tout comme Héritage Montréal, elle s’opposait vivement à cette démolition, entamée avant même que le permis à cet effet ait été délivré.

La SHAC accepte à contrecoeur de collaborer à un éventuel projet de commémoration du lieu qui doit comprendre une oeuvre d’art publique conçue à partir d’éléments récupérés de la démolition. « Moi, c’est ça qui me rassure, entre guillemets », a dit la conseillère Émilie Thuillier.

De nouveaux projets

Quelque 9000 ouvrières ont travaillé à l’effort de guerre en cet endroit. « Moi, je trouve ça formidable que ça se soit passé là mais qu’on puisse le souligner. » On s’entend, affirme la conseillère de projet Montréal, qu’il ne faut pas que ce soit une simple plaque commémorative placée entre deux tas de gravier de ce futur espace voué à la voirie municipale. « Mais le fait que les femmes aient travaillé dans les usines pendant que les hommes étaient partis au front, au combat, c’est un fait majeur, incroyable, dans l’histoire des femmes occidentales. N’eût été cela, on serait peut-être encore peut-être toutes dans nos foyers. […] Je pense que c’est un fait majeur. » Elle soutient qu’une commémoration plutôt qu’une conservation des lieux suffit.

Pour historien Paul-André Linteau, professeur à l’UQAM, le patrimoine montréalais « n’est mis en valeur nulle part, sauf quelques exceptions, à l’initiative de groupes. La Ville ne s’investit pas beaucoup pour dégager la valeur historique des lieux. » À son avis, démolir cette usine « n’est peut-être pas une bonne idée », bien qu’on puisse trouver ailleurs d’autres bâtiments plus importants. À son sens, en matière de patrimoine bâti, Montréal devrait plutôt s’inspirer de ce qui se fait en Italie. « Il y a des milliers de bâtiments anciens qui sont réutilisés en Italie. Il faut proposer des d’autres projets. C’est clair qu’à Montréal il n’y a pas de volonté politique en ce sens. Et il est clair surtout que le personnel politique n’est pas sensibilisé. »

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