Montréal recense 94 anciens dépotoirs

Le parc Laurier est de ceux qui ont été aménagés au-dessus d’anciens dépotoirs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le parc Laurier est de ceux qui ont été aménagés au-dessus d’anciens dépotoirs.

La Ville de Montréal a publié, mardi, la carte des anciens dépotoirs de son territoire. Elle a ainsi dénombré 94 carrières et 12 dépôts de surface sur lesquels des résidences ont été construites et des parcs ont été aménagés. Mais dans bien des cas, leur localisation demeure approximative.

Le maire Denis Coderre avait promis de rendre publiques ces informations, et mardi, en fin d’après-midi, elle s’est exécutée. Les citoyens peuvent désormais consulter par Internet les cartes par arrondissement afin de vérifier si leur demeure est située sur le site d’une ancienne carrière qui aurait été remblayée par des déchets et dont les sols seraient potentiellement contaminés. Plusieurs parcs, comme le parc Baldwin et le parc Laurier, ont ainsi été aménagés au-dessus d’anciens dépotoirs.

350
C’est le nombre de sites résidentiels qui ont fait l’objet de tests au cours des derniers mois. Aucun de ceux-ci n’a révélé de biogaz actifs.

Dans certains cas, les zones sont délimitées, mais dans bien d’autres, la Ville a marqué la localisation des anciens dépotoirs à l’aide d’une simple étoile. Et les informations demeurent incomplètes, puisque les arrondissements de LaSalle, de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, de Montréal-Nord et de Saint-Léonard n’y sont pas répertoriés.

La Ville de Montréal s’empresse de préciser que, selon la Direction régionale de la santé publique, les risques pour la santé des citoyens sont « très faibles ». Quant aux risques reliés aux biogaz, ils sont « faibles » également. À ce sujet, le responsable du développement durable au comité exécutif, Réal Ménard, indique que 350 sites résidentiels ont fait l’objet de tests au cours des derniers mois et que ceux-ci n’ont révélé aucuns biogaz actifs. « Ces dépotoirs remontent à entre 60 et 90 ans. Aucun problème à ce sujet n’a été porté à notre connaissance », dit-il.

Selon la Ville, « les débits de production de biogaz sont tellement faibles que le risque d’accumulation de méthane en concentrations élevées dans les résidences est à peu près inexistant ».

Depuis l’automne dernier, l’existence d’anciens dépotoirs à Montréal a fait l’objet de plusieurs reportages à Radio-Canada, ainsi que dans les pages du journal Métro.

Valeur des propriétés

Le conseiller de Projet Montréal, Sylvain Ouellet, souligne que l’existence de ces anciens dépotoirs est potentiellement problématique pour les citoyens. Outre les émanations de biogaz — qui seraient réduites, aux dires de la Ville —, des problèmes de portance des sols pourraient être observés, signale-t-il : « Peut-être que ça s’est stabilisé, mais peut-être qu’avec des précipitations, il pourrait y avoir un mouvement de sols. Ça pourrait causer un problème pour les assurances et être potentiellement dangereux ».

Sans représenter un danger immédiat, la présence de sols contaminés dépassant les normes pourrait aussi entraîner une baisse de valeur des maisons et forcer les propriétaires à baisser leur prix en cas de vente. « C’est un peu ridicule que la Ville de Montréal s’en lave les mains, parce que c’est quand même elle qui a délivré les permis, souligne le conseiller de l’opposition. Il y a des informations qui n’avaient jamais été rendues publiques. De plus, les lois sont devenues plus exigeantes qu’à l’époque. »

Spécialiste en droit environnemental, Me Odette Nadon, de la firme BCF, estime que la Ville de Montréal a une responsabilité à l’égard des citoyens dans ce dossier. Elle rappelle qu’un rapport du Service des travaux publics de la Ville effectué en 1994 soulignait que des investigations supplémentaires devraient être réalisées dans les zones résidentielles près du parc Baldwin et qu’une telle étude comportait des éléments délicats, comme une possible baisse de valeur des immeubles et « la responsabilité de la Ville quant à cette situation ».

Pas un bar ouvert

Réal Ménard écarte la possibilité que la Ville indemnise l’ensemble des propriétaires dont les maisons auraient été construites sur d’anciens dépotoirs. « Ça ne peut pas être un bar ouvert », dit-il. La Ville mettra toutefois à la disposition des citoyens une équipe volante qui pourra effectuer des tests de mesure des biogaz.

Les propriétaires qui détectent des problèmes de structure attribuables à la présence d’un ancien dépotoir pourraient aussi se prévaloir d’un programme de subvention de la Ville. Mais pour le reste, la responsabilité appartient aussi au secteur privé, avance-t-il.