Les policiers dénoncent la stratégie du Service de police de Montréal

Yves Francoeur dénonce la décision souvent appliquée du SPVM de ne pas intervenir par crainte d’attiser les tensions.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir Yves Francoeur dénonce la décision souvent appliquée du SPVM de ne pas intervenir par crainte d’attiser les tensions.

Les policiers en devoir le soir du saccage dans Montréal-Nord le 6 avril dernier n’ont pas aimé recevoir l’ordre de ne pas intervenir alors que le poste de police et des commerces étaient laissés à la merci des casseurs.

Dans une lettre qu’il a fait parvenir au maire Denis Coderre, le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, indique que les policiers sont « perplexes » quant aux stratégies de la Ville en matière de sécurité publique.

« Le PDQ [poste de quartier] 39 a été saccagé, de même que de nombreux commerces des environs. Or, l’état-major a ordonné à nos membres de ne pas intervenir. De plus, une quarantaine d’appels logés au 911 concernant le saccage sont demeurés sans réponse, souligne M. Francoeur. Sachez que les policiers et policières n’ont pas du tout apprécié recevoir l’ordre de rester les bras croisés ni devoir répondre aux commerçants et aux citoyens qui leur demandaient de faire cesser le saccage qu’ils avaient mandat de ne rien faire. »

Rappelons que des marches à la mémoire de Fredy Villanueva et de Jean-Pierre Bony, abattus par des policiers, avaient été suivies d’une émeute et que les policiers étaient restés discrets pendant une quinzaine de minutes alors que le poste de police et des commerces étaient saccagés. Le lendemain, la responsable de la sécurité publique au sein de l’administration Coderre, Anie Samson, avait expliqué que le SPVM ne voulait pas provoquer les casseurs.

À son retour de vacances lundi, le maire Coderre avait salué la stratégie du SPVM. « On a travaillé pour sauver les citoyens avant tout », avait-il déclaré.

Mauvais message

Yves Francoeur dénonce la décision souvent appliquée du SPVM de ne pas intervenir par crainte d’attiser les tensions. « La sous-intervention répétée mine le sentiment de sécurité de la population tout en lançant le mauvais message aux criminels, qui se sentent couverts d’impunité », estime-t-il.

En soirée, le directeur du SPVM, Philippe Pichet, a qualifié d’« irresponsables » les déclarations de la Fraternité des policiers. La sécurité des citoyens de Montréal-Nord n’a pas été compromise, a-t-il fait valoir.

Le soir du 6 avril, en plus du poste de police saccagé, six commerces ont été vandalisés, six voitures ont été incendiées et cinq autres endommagées. Comme le SPVM possède plusieurs vidéos, Anie Samson a assuré que les émeutiers ne resteraient pas impunis.

4 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 12 avril 2016 20 h 09

    Un erreur de taille

    La stratégie de non-intervention est bien rarement la bonne. Je ne crois pas que c'était la bonne ici. Laissez les vandales faire, quel étrange message que cela envoie. La police n'a-t-elle pas comme mission de faire respecter l'ordre public et de notamment protéger les biens des personnes? Une police qui semble avoir peur: pas fort comme stratégie!

    M.L.

  • Vincent Beaucher - Abonné 12 avril 2016 20 h 19

    Bonjour les poursuites...

    Pensez-vous que les commerçants ou les assureurs vont laisser passer ça?? Et qui va payer en bout de ligne?

    On dirait que le slogan du SPVM, c'est "Tout ou rien!".

  • Richard Lupien - Abonné 12 avril 2016 22 h 10

    Les responsables sont en haut!

    Ainsi, quand des citoyens descendaient dans la rue il y a quelques mois ((( et en masse lors du Printemps Érable ))) pour défendre la démocratie et leur droits, ils ont été matraqués, bousculés, injuriés, poivrés, arrêtés. Emprisonnés dans des conditions non respectueuses. La police leur a imposé des amandes salées.
    Puis le cour par la suite, a dénoncé la façon de faire des corps policiers. Les accusations sont tombées.

    Mais les citoyens en ont gardé des séquelles. Peur, angoisse et crainte de retourner dans la rue pour défendre leur droits.

    Par contre ce qui vient de se produire à Montréal-Nord, le comportement de la police est tout autant inacceptable. La fourberie est complète. Quand des voyous sèment la pagaille et l'effroi, les policiers les laissent faire.

    Dans les deux situations, marche pour la démocratie et émeute gratuite pour simplement dévaliser, ce sont et la direction du corps de police et le gouvernement de la ville de Montréal qui ont réagit avec un but précis, tout comme le gouvernement Charest (( de triste mémoire)) l,avait fait lors du Printemps Érable: " il n'y aura plus de sécurité chez-nous bon peuple. Craignez! Terrez-vous! Votre avenir, nous le contrôlons "

    Et, sans gêne le populiste de maire qui comprend ce qu'il comprend, « à son retour de vacances lundi, le maire Coderre avait salué la stratégie du SPVM. « On a travaillé pour sauver les citoyens avant tout », avait-il déclaré. »
     
    Mais qui donc s'est attaqué aux citoyens Monsieur le maire?

    La direction de la police de Montréal est incompétente et travaille contre la population dans tous les cas. Et qu'aura à dire le porte-parole monsieur Lafrenière? Encore une pas verte et demi-réponse. On le connaît trop bien.

    Si après cela la police ose encore frapper ceux qui manifestent pour leurs droits, la coupe sera pleine.

  • Pierre Deschênes - Abonné 13 avril 2016 06 h 18

    Deux discrétions deux mesures

    On apprécierait de même que le SPVM demeure aussi discret lors de manifestations publiques pour "ne pas provoquer les manifestants".