L’hécatombe se poursuit à Montréal

L’administration promet pour 2016 un plan stratégique de lutte contre l’agrile pour le parc du Mont-Royal et les autres forêts urbaines du territoire.
Photo: ACIA L’administration promet pour 2016 un plan stratégique de lutte contre l’agrile pour le parc du Mont-Royal et les autres forêts urbaines du territoire.

Les frênes sont abattus par milliers à Montréal, mais l’administration Coderre soutient que, malgré tout, la Ville est en train de gagner la « guerre » contre l’agrile. Depuis l’apparition de l’insecte ravageur d’origine asiatique en 2011, quelque 13 300 frênes ont été coupés sur le territoire de la ville.

L’administration a fait le bilan de sa lutte contre l’agrile du frêne mardi, et l’hécatombe se poursuit. L’an dernier, la Ville a dû procéder à l’abattage de 4349 frênes et elle s’attend à devoir en supprimer 3406 autres en 2016. Les arrondissements qui ont coupé le plus grand nombre d’arbres en 2015 sont, dans l’ordre, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (924), Ahuntsic-Cartierville (909), Rosemont–La Petite-Patrie (473) et Le Sud-Ouest (434).

On va entrer dans une période où on va abattre moins de frênes qu’on va en conserver

 

Montréal a toutefois intensifié le traitement des frênes au biopesticide TreeAzin, qui a été administré à quelque 37 000 arbres en deux ans.

Le nombre d’abattages a beau être exponentiel depuis 2011, le responsable du développement durable au comité exécutif, Réal Ménard, voit dans ces données des signes encourageants. « Il est réaliste de dire ce matin que, comme administration, nous allons gagner la guerre et qu’on va entrer dans une période où on va abattre moins de frênes qu’on va en conserver », a-t-il expliqué.

D’autant que la Ville a augmenté substantiellement ses investissements en foresterie urbaine. De 1,75 million en 2013, les sommes consenties par la Ville ont bondi à 18 millions en 2016. Ces sommes ont notamment permis de planter 11 534 arbres l’an dernier, contre 7285 en 2014, avec l’aide de la Soverdi et de l’Alliance de la forêt urbaine.

Le mont Royal

Le sort des frênes du mont Royal suscite toutefois l’inquiétude. L’an dernier, la Ville a procédé à des opérations de dépistage de l’agrile sur 151 des 30 000 frênes que compte le parc. De ce nombre, 12 étaient infectés et ont été abattus. « On n’est pas dans un scénario catastrophe », a soutenu M. Ménard en précisant que l’agrile privilégiait davantage les frênes isolés exposés au soleil, faisant en sorte que les arbres plantés en bordure de rue sont plus vulnérables que ceux des boisés.

L’administration promet d’ailleurs pour 2016 un plan stratégique de lutte contre l’agrile pour le parc du Mont-Royal et les autres forêts urbaines du territoire.

La Ville poursuivra aussi l’inventaire des arbres situés sur le domaine privé en 2016. M. Ménard a indiqué que l’an dernier, 1400 frênes privés avaient pu être traités au TreeAzin en vertu du programme d’aide financière mis en place par la Ville.

Coupes à blanc

L’opposition est loin de partager l’optimisme de Réal Ménard. « Plusieurs rues à Montréal ont eu des coupes à blanc cet hiver et le nombre d’arbres abattus est en croissance exponentielle, signale le conseiller de Projet Montréal Sylvain Ouellet. On est vraiment en situation de perte de contrôle de l’agrile du frêne à Montréal. »

M. Ouellet déplore que la Ville n’ait toujours pas de plan d’action pour la protection des arbres en milieu naturel ni de dépistage systématique sur le mont Royal malgré les foyers d’infestation actifs qui y ont été découverts.

La Ville étant incapable de compenser la perte d’arbres matures, la réduction du couvert végétal risque d’avoir des impacts sur les îlots de chaleur et la santé des Montréalais en plus de potentiellement faire baisser la valeur foncière des propriétés. « C’est extrêmement catastrophique », dit-il.


 
1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 6 avril 2016 10 h 37

    Les monocultures

    À l'époque où on a planté ces frênes, on a l'impression que le mot « biodiversité » ne voulait pas dire grand chose. A-t-on appris depuis ? Qu'on se permette d'en douter.

    Sur les terrains privés à Montréal, on voit encore des gens déraciner tout ce qui y pousse pour y semer trèfle et fétuque, c'est-à-dire de l'insipide gazon de banlieue.

    Dans les parcs, on est encore hésitant à laisser la nature s'installer – il y a même des gens qui sont horrifiés à l'idée qu'on appelle parc un espace comme celui du champs des possibles (près de la voie ferrée entre le Plateau et la Petite-Patrie. C'est sans doute pour ça qu'on n'a que peu réagi quand le CP a saccagé une partie non négligeable de ce parc.

    Il y a un autre problème, celui des plantations massives d'arbres, faites de façon irrégulière. On se retrouve quelques années plus tard avec des vieux arbres qui laisseront un vide quand on devra les abattre. Un renouvellement plus progressif de la forêt urbaine serait de loin préférable, comme dans la forêt sauvage.