Les MR-63, des voitures bonnes pour la casse

Quelque 336 vieilles voitures mises en service il y a plus de 50 ans prendront leur retraite graduellement d’ici le printemps 2018.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Quelque 336 vieilles voitures mises en service il y a plus de 50 ans prendront leur retraite graduellement d’ici le printemps 2018.

La Société de transport de Montréal (STM) est en quête d’idées créatives pour donner une seconde vie aux voitures de métro MR-63 qui seront retirées de la circulation avec l’arrivée graduelle des voitures Azur. Mais celui qui a imaginé le design des voitures il y a plus de 50 ans, Jacques Guillon, trouve inconcevable que la STM veuille donner une autre vocation aux vieilles voitures.

Comme elle l’avait annoncé en octobre dernier, la STM a lancé mardi un appel de projets afin d’inciter les entreprises, organismes sans but lucratif ou organisations publiques à soumettre des propositions dans le but de préserver une partie de l’héritage que constituent ces voitures.

Quelque 336 vieilles voitures prendront leur retraite graduellement d’ici le printemps 2018. Une grande partie d’entre elles seront démantelées et leurs pièces recyclées par une entreprise de recyclage à qui la STM a récemment accordé un contrat, mais certaines pourraient prendre le chemin d’un musée ou faire l’objet de transformations si des projets réalistes et innovateurs sont retenus.

Pour l’occasion, la STM a dressé une série de critères à respecter et recevra les projets jusqu’au 1er juin 17 h. Mais les soumissionnaires devront démontrer leur capacité de réaliser leur projet et seront entièrement responsables d’assumer tous les frais liés au transport des voitures et à leur transformation.

« On demande aux gens de rêver, mais de rêver éveillés avec leur calculatrice », prévient Philippe Schnobb, président du conseil d’administration de la STM, qui, l’automne dernier, avait précisé qu’il ne souhaitait pas que les vieilles voitures soient transformées en « cabanes de chasse ou en stands de patates frites ».

Des projets réalisables

Les voitures seront offertes au coût de 750 $ ou 1000 $ (sans les bogies), selon qu’il s’agit de voitures motrices ou de voitures remorques, précisent les documents rendus publics par la STM.

Mais la Société de transport prend soin de détailler les autres frais que devront assumer les soumissionnaires, dont les coûts de transport estimés à 4000 $ pour un déplacement sur l’île de Montréal, et la location de grues (185 $ de l’heure), en plus des dépenses importantes qui seront nécessaires à la transformation des voitures, constituées d’acier noir oxydable. La STM évoque notamment leur imperméabilisation, leur isolation et l’installation de systèmes de ventilation, d’électricité ou de plomberie.


« On veut avoir le plus de propositions possible, mais on veut aussi que les gens qui nous soumettent des projets soient conscients des coûts, indique M. Schnobb. Tout cela sera pris en considération dans l’examen des projets. On ne veut pas avoir des voitures qui vont rouiller partout. »

Un comité de sélection constitué de représentants de la STM et de membres de l’externe aura pour tâche d’évaluer les projets en fonction de cinq critères, dont le respect de l’image de la STM, le patrimoine, les qualités environnementales et la faisabilité. Les propositions retenues seront connues en octobre prochain, dans le cadre des célébrations du 50e anniversaire du métro.

Toutes à la casse ?

Jacques Guillon, 94 ans, est catégorique : les voitures MR-63 ne sont bonnes que pour la casse, a-t-il indiqué au Devoir lors d’un entretien téléphonique mardi. Conçues pour circuler dans des tunnels, elles ne sont pas isolées et risquent de se détériorer rapidement lorsqu’elles seront exposées aux intempéries, dit-il. « Je ne vois pas du tout l’utilisation qu’ils peuvent en faire, en dehors du transport. Le wagon, à la rigueur, peut aller à la casse. Au moins, ils vont récupérer le métal », a commenté M. Guillon.

Considéré comme un pionnier du design québécois et cofondateur de l’Association des designers industriels du Québec, Jacques Guillon avait fondé la firme qui avait reçu le mandat de l’administration de Jean Drapeau de concevoir les voitures du métro montréalais inspirées du modèle parisien. C’est aussi son bureau qui a réalisé la signalétique du réseau souterrain.

« En les recyclant pour faire de l’habitation ou n’importe quoi d’autre, ils vont dépenser plus d’argent que ce que ça vaut », croit M. Guillon.

« On sait que ces voitures ne sont pas faites pour aller à l’extérieur, rétorque Philippe Schnobb. Alors, les gens devront prendre en considération qu’il y a des investissements importants à faire pour les rendre étanches. Il va falloir qu’on nous explique comment on va les rendre étanches et imperméables pour leur permettre de passer l’hiver. À cet égard-là, je suis d’accord avec lui. Ce n’est pas fait pour ça. On veut maintenir l’image positive de ces voitures. »

Design intemporel

Le designer industriel Michel Dallaire, qui a notamment conçu les Bixi, n’est guère plus enthousiaste que Jacques Guillon quant au projet de la STM d’utiliser les voitures de métro à d’autres fins. Il n’est pas convaincu de la pertinence du projet. « Je suis très préoccupé par l’environnement visuel et je suis déjà très dérangé par le traitement graphique de la STM, avec toutes ces couleurs qui nous agressent depuis des années et ces 1500 autobus placardés de publicités qui nous polluent visuellement. »

Mais il vante le design des voitures de métro MR-63 conçues par l’équipe de Jacques Guillon : « C’est un design très intemporel et on le réalise après 50 ans. Regardez le décalage entre les automobiles d’il y a 50 ans et aujourd’hui. C’était une belle sobriété. À mon sens, c’était un très beau travail de design. »


Pourquoi un métro bleu ?

L’ex-maire de Montréal, Jean Drapeau, voulait que les voitures du métro soient rouges, la couleur de Montréal, révèlent les documents fournis par la STM. Mais le designer et architecte Jacques Guillon, dont le bureau a dessiné les voitures, privilégiait le bleu, la couleur du drapeau du Québec. C’est finalement le bleu qui a gagné. La légende veut que la teinte de bleu choisie ait été inspirée par le bleu d’une robe de l’épouse du maire Drapeau, alors que d’autres affirment qu’il s’agirait plutôt du bleu d’une cravate de Lucien Saulnier, ex-président du comité exécutif de la Ville.
2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 16 mars 2016 08 h 56

    Bixi en couleur

    Puisqu'il est question de couleur et de Bixi, posons-nous la question suivante : pourquoi avoir retenu ce gris, peut-être indémodable, mais qui ne répond pas à l'envie des gens de voir un peu de couleur ?

    Et si la réponse à cette question était la suivante : pour laisser toute la place à la publicité. Quand on s'approche d'une station Bixi, qu'est-ce qui attire le regard en premier ? Les panneaux de couleur qui portent la pub. Et quand il y a à cette station un vélo Bixi d'une autre ville qui a choisi la couleur au lieu du gris, quel vélo voit-on en premier ? Celui en couleur.

    Et les autobus ? Les dessins en bleu et jaune des autobus de la STM n'ont rien d'une œuvre d'art, mais ils nous reposent du traditionnel et fade bleu et blanc sans imagination auquel on s'était mal habitué. À Québec, le RTC a choisi de donner aux autobus des lignes Métrobus une couleur différente, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, et personne ne va s'en plaindre.

    La sobriété, d'accord ! Mais cette sobriété ne doit pas cacher l'indifférence. Le drab finit toujours par évoquer l'ennui et la monotonie. Nos transports en commun doivent séduire, au moins un peu, et ce n'est pas dans le drab qu'ils vont le faire.

  • P. Raymond - Inscrit 16 mars 2016 17 h 29

    Dans le bon vieux temps

    On pouvait fourguer notre vieille camelote au tiers-monde. C’était le bon temps.
    Le tiers-monde c’était ailleurs, loin, loin, loin. Là où la démocratie n’existait pas. Là où personne n’allait voter parce que d’élections il n’y avait pas.
    C’était là où le pouvoir appartenait au chef du parti pour le parti du chef et pour l’enrichissement du chef et sa garde rapprochée.
    Nous ici avec nos surplus on aidait le tiers-monde, suffisants et satisfaits.

    Ici on était riches. La classe moyenne prospérait, votait pour assurer sa prospérité, pour ses intérêts à elle. C’était tellement banal que l’abstentionnisme s’est installé. Pourquoi perdre son temps à aller voter quand la démocratie instaurée par les autres nous sert si bien ?

    Ensuite, le nouveau confort, la morne indifférence, la vile propagande par des partis de plus en plus intéressés par le pouvoir pour le pouvoir de s’enrichir et une médiatisation de l’insignifiance pour glorifier l’insignifiance ont amené l’impensable jusqu’ici, le tiers-monde ici.

    C’était le bon vieux temps. Les gens, tous les gens, sachant bien d’où ils venaient votaient dans leur intérêt pour leurs intérêts, dans l’intérêt des leurs et de leur futur. Un réveil bientôt ?