De l’enveloppe brune aux boîtiers de DVD

L’ex-maire Michael Applebaum fait face à 14 chefs d’accusation, dont complot, fraude, corruption et abus de confiance.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’ex-maire Michael Applebaum fait face à 14 chefs d’accusation, dont complot, fraude, corruption et abus de confiance.

Le voile a été levé, mardi, sur des méthodes ayant présumément permis à l’ancien maire de Montréal, Michael Applebaum, de toucher des pots-de-vin liés à des projets immobiliers dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce (CDN-NDG). Certains paiements auraient été effectués en versements placés dans des enveloppes, mais dans d’autres cas, l’argent aurait été glissé dans des boîtes de jeux vidéo ou de DVD.

Le quotidien The Gazette a obtenu du Tribunal, vendredi dernier, la levée d’une ordonnance de non-publication qui avait été maintenue pour certaines parties de la déclaration faite par la sergente-détective Caroline Parent. Cet affidavit avait permis à l’Unité permanente anticorruption (UPAC) de procéder à des perquisitions aux bureaux de l’arrondissement, et Michael Applebaum a été arrêté en juin 2013. L’ancien maire fait face à 14chefs d’accusation, dont complot, fraude, corruption et abus de confiance.

Un effort politique

Les accusations portées contre l’ancien maire visaient deux projets de développement, mais les éléments de preuve recherchés par les policiers touchaient huit projets ainsi qu’un contrat d’ingénierie se rapportant à une étude de circulation, révèle le document judiciaire.

Dans sa déclaration faite aux policiers, Hugo Tremblay, ancien attaché politique deMichael Applebaum alors que celui-ci était maire de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce (CDN-NDG), a soutenu que son patron l’envoyait rencontrer des promoteurs immobiliers et qu’il partageait l’argent collecté auprès d’eux avec lui. Ces manoeuvres visaient à faire avancer les projets. Hugo Tremblay a même admis avoir agi de sa propre initiative à certaines occasions.

M. Tremblay a relaté qu’à la demande de Michael Applebaum, il avait rencontré le promoteur d’un projet de l’avenue Troie et qu’il avait demandé à celui-ci de faire un « effort politique », indique le document. Le promoteur Anthony Keeler lui aurait par la suite remis 20 000 $, répartis en billets de 100 $, 50 $ et 20 $, dans une boîte de jeu vidéo.

L’ancien attaché politique a également indiqué aux policiers avoir reçu de l’ex-maire un montant entre 5000 et 10 000 $ concernant le projet de Centre universitaire de santé McGill (CUSM). « Il a reçu cet argent sans avoir eu de commandes particulières, mais plutôt pour son travail de tous les jours, pour régler des problèmes », précise le document judiciaire.

Boîte de DVD

Anthony Keeler a aussi rencontré les policiers et il a relaté que lors de sa première rencontre avec Michael Applebaum et Hugo Tremblay en 2006, l’ancien maire lui aurait dit : « Quand tu parles à Hugo, tu parles à moi. » M. Keeler a notamment expliqué qu’à l’occasion du versement d’un pot-de-vin, il aurait passé le sac d’argent à Hugo Tremblay sous la table alors qu’ils étaient dans un restaurant.

L’associé d’Anthony Keeler, Robert Stein, a pour sa part indiqué aux policiers que lors d’une rencontre, Michael Applebaum lui aurait mentionné que les élections, ça coûtait cher. M. Keeler a soutenu que pour le projet Troie, un montant de 35 000 $ aurait été convenu avec Hugo Tremblay. « Pour le premier paiement, il a empaqueté 10 000 ou 15 000 $ dans une boîte de DVD de la série 24, puis dans un sac de plastique qu’il a donné à Keeler. […] Les autres paiements se seraient faits de la même manière », peut-on lire dans l’affidavit de la policière. L’argent aurait par la suite été remis à Hugo Tremblay.

Procès en 2017

Michael Applebaum a subi son enquête préliminaire en juin 2015 et son procès devrait avoir lieu en septembre 2017. Les deux coaccusés de l’ancien maire ont déjà reconnu leur culpabilité. L’ex-conseiller Saulie Zajdel, arrêté en même temps que M. Applebaum, a plaidé coupable à des accusations de corruption et d’abus de confiance et il a notamment reconnu avoir empoché un pot-de-vin de 10 000 $. Vétéran de la politique municipale, M. Zajdel avait siégé comme conseiller de 1986 à 2006 sous diverses bannières politiques.

Quant à l’ex-chef de la Division des permis et inspections de l’arrondissement de CDN-NDG, Jean-Yves Bisson, qui faisait face à quatre chefs d’accusation relativement à de présumés pots-de-vin concernant ce dossier, il a lui aussi reconnu sa culpabilité.

3 commentaires
  • - Inscrit 2 mars 2016 09 h 41

    Une certaine dose d'inconscience !

    Il fallait une dose certaine de naïveté et d'inconscience à M. Applebaum pour accepter à cette époque des enveloppes ou même des DVD. En effet, au moment où il a été maire, les Québécois étaient au pic de leur indignation contre la corruption.

    Mais avec de bons avocats, M. Applebaum saura sans doute s'en sortir !

    Car depuis, les Québécois ont élu le gouvernement Couillard, le commissaire Renaud Lapointe a ainsi pu sabotter son propre rapport, et plus personne ne parle de corruption ! La belle affaire, les choses peuvent aller comme avant !

    Comme ils ont faits tout au long de leur histoire, les Québécois sont "passés à autre chose". C'est à désespérer !

  • Maryse Veilleux - Abonnée 2 mars 2016 22 h 28

    L'avenue Troie...

    ... analogie qui me fait penser au Cheval de Troie... qui s'est inflitré dans l'environnement de M. Applebaum... pour démontrer la corruption. Phénomène malheureusement très généralisé dans la classe politique québécoise, sauf pour le parti Projet Montréal qui a encore toute sa crédibilité.

  • Donald Bordeleau - Abonné 3 mars 2016 16 h 38

    Pas de l'argent pour une loge.

    La commission Charbonneau a fait rage, l’UPAC liquide les mafieux un par un et les yachts des parrains montréalais (ou leurs restaurants) deviennent les plaques tournantes de la corruption québécoise. Beaucoup de dossiers restent sous la pile au DCPQ de la Justice. Du moins, celles qui paraissent aux yeux du public. Mais il y plus comme des réunions ou l’on retrouve notre PM pour des éloges à deux hommes corrompus

    Avec les arrestations et les démissions de personnalités politiques au Québec des dernières années, le jeu du crime et de la collusion organisée commence à s’éclaircir. Beaucoup de questions restent et resteront probablement sans réponse. Toutefois, en entrouvrant les portes du Harmony Hall, lieu de réunion de la Loge Dorchester, organe de la Grande Loge du Québec dans le district Saint-Laurent, on entrevoit quelques-unes des vedettes de l’heure de la collusion, vêtues de capes et décorées de bijoux maçonniques.


    http://villemariefqs.blogspot.ca/2014/02/franc-mac