C’est «non», scandent les maires de la CMM

Denis Coderre
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Denis Coderre

Les 82 villes de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) opposent un non catégorique au projet de pipeline Énergie Est. Le projet présente des risques qui dépassent largement ses retombées économiques, ont fait valoir les maires pour justifier leur position.

En conférence de presse, les maires Denis Coderre, de Montréal, Marc Demers, de Laval, Caroline St-Hilaire, de Longueuil, ainsi que plusieurs élus de la région de Montréal, ont dit avoir adopté cette position à la lumière des commentaires entendus lors d’une consultation menée à l’automne dernier.

« Le projet entraînerait la création d’une trentaine d’emplois directs pour l’ensemble du Québec pour son exploitation et des retombées fiscales d’au plus deux millions de dollars par année, a expliqué le maire Coderre. Par comparaison, le coût d’un déversement majeur dans la région métropolitaine de Montréal pourrait se situer entre un et dix milliards de dollars. »

Il a aussi souligné que le pipeline, qui traversera des boisés métropolitains, des milieux humides et la zone agricole, ferait disparaître 130 hectares de couverts forestiers, soit l’équivalent de 260 terrains de football.

Évaluation environnementale

La CMM entend aussi demander au gouvernement fédéral de changer la loi afin d’inclure dans l’évaluation du projet une étude d’impact environnemental concernant la production des gaz à effets de serre.

Tout en reconnaissant que le dernier mot ne reviendra pas aux élus municipaux, Denis Coderre croit que le message des maires sera entendu à Ottawa : « On est devenus incontournables. »

La CMM défendra sa position devant le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) et devant l’Office national de l’énergie (ONE), qui devra faire ses recommandations au gouvernement fédéral.

Décision saluée

Les groupes environnementaux ont salué la position adoptée par les maires. Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre, croit que l’opinion des maires et la mobilisation citoyenne auront du poids. Il rejette la théorie selon laquelle l’abandon du pipeline fera augmenter substantiellement le transport par train tout comme celle voulant que le transport par pipeline soit plus sécuritaire que le transport par train.

La position ferme des maires devrait signer l’arrêt de mort du projet puisque le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a déjà dit que pour aller de l’avant, les projets de pipelines devaient obtenir l’accord des communautés, a rappelé Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace.

Critiques dans l’Ouest

Dans l’ouest du pays, l’accueil a été glacial. Le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, s’est fait cinglant sur Twitter : « Je suis convaincu que les maires de la région de Montréal vont poliment rembourser leur part des 10 milliards de paiements de péréquation auxquels l’ouest du pays a contribué. »

Le chef de l’opposition en Alberta, Brian Jean, avait aussi des reproches à faire : « Vous ne pouvez rejeter des eaux usées dans le fleuve, accepter les pétroliers étrangers et bénéficier de la péréquation, pour ensuite dire non à nos pipelines. »

Des associations de gens d’affaires ont déploré la position des maires. « Le Québec ne doit pas tourner le dos à de nouveaux investissements, particulièrement au chapitre de l’énergie », avance Françoise Bertrand, la p.-d.g. de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ).

TransCanada garde le cap

TransCanada ne renoncera pas à son projet, a indiqué son porte-parole, Tim Duboyce. « On va prendre acte des préoccupations principales qui sont citées dans le rapport, a-t-il dit. On fera des modifications au projet s’il le faut pour faire d’Énergie Est un meilleur projet. »

TransCanada a prévenu que si le projet de pipeline n’allait pas de l’avant, davantage de trains transportant du pétrole traverseraient les municipalités.

Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Jim Carr, s’est dit ouvert aux demandes des maires. « Le gouvernement entend rétablir la crédibilité des évaluations environnementales et de l’Office, en veillant à ce que les décisions soient fondées sur la science, les faits et les données probantes », a indiqué son bureau dans un courriel.

Vous ne pouvez rejeter des eaux usées dans le fleuve, accepter les pétroliers étrangers et bénéficier de la péréquation, pour ensuite dire non à nos pipelines

22 commentaires
  • Michel Pelletier - Abonné 21 janvier 2016 14 h 18

    pipeline énergie est

    Bravo voilà une prise de position lucide et conséquente .

  • Pierre Fortin - Abonné 21 janvier 2016 18 h 18

    Point d'ordre!


    Cette position est un fondement politique à l'encontre d'Énergie Est. Ce n'est qu'un début.

    La Communauté métropolitaine de Montréal doit prioritairement faire valoir que la volonté populaire est souveraine et qu'elle doit le demeurer.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 21 janvier 2016 22 h 35

    Enfin une bonne nouvelle.Felicitations a tous les maires.

    les lobbyistes devront retourner en Colombie-Britanique ou a la Baie d Hudson.Il est tellement bon et beau de voir des Quebecois se tenir debout devant ces gens-la payes pour nous salir et empoisonner.Incroyable.Bravo et merci aux maires. J-P.Grise

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 22 janvier 2016 07 h 21

    Un peu de vision et de respect s.v.p...

    L'argument de la péréquation (on vous a aidé et maintenant vous nous crachez dessus) ne saurait justifier un mauvais projet parce que fondamentalement non sécuritaire et dangereux pour la planète et pour les personnes et les endroits qu'il traversera. D'ailleurs, la population de l'ouest canadien n'accepterait pas que celle de l'est lui serve cet argument pour justifier un projet aussi mauvais. La frustration et la colère sont mauvaises conseillères. Le respect d'autrui doit prévaloir dans l'espace public. Tantôt, il faudra beaucoup d'argent pour dépolluer les immenses espaces contaminés-orphelins laissés par des compagnies pétrolières dont plusieurs seront devenues insolvables. Tantôt, la population de certaines villes de l'ouest canadien manquera peut-être d'eau potable? Qui paiera? Les financiers? Non, la population du Canada tout entier via ses impôts et taxes, et elle le fera volontiers.

    • Mathieu Bouchard - Abonné 22 janvier 2016 10 h 55

      Cet argument de la péréquation est non-recevable peu importe en échange de quoi on dit qu'on reçoit la péréquation (sauf si on dit "en échange de faire partie du Canada"). Par définition (depuis sa création en 1957), la péréquation est donnée, et ce, sans aucune condition. Donc on n'a même pas besoin de parler d'environnement et de sécurité pour rejeter cet argument.

      Un autre argument de péréquation serait recevable, c-à-d celui comme quoi en enrichissant d'autres parties du Canada, nous pourrions augmenter (ou empêcher de descendre) notre péréquation actuelle. Mais c'est pas un argument très convaincant, puisqu'alors le pipeline ne rapporte qu'un petit % de la richesse créée ailleurs, moins la valeur de ses inconvénients pour nous ici. De plus, la richesse créée ailleurs, elle peut être assez souvent hypothétique ou chancelante, comme le montre le marché du pétrole.

  • Claude Bélanger - Abonné 22 janvier 2016 07 h 24

    L'état du Maine

    Sur le plan géographique, le lien le plus direct entre l'Ontario et Saint-Jean NB c'est l'état du Maine. Théoriquement, on n'aurait même pas à passer par le Québec. Pourquoi ne pas l'envisager? Probablement parce qu'en passant par le Québec et la vallée du Saint-Laurent on se garde des opportunités pour l'avenir... comme, un jour, se servir tout de même du port de Gros-Cacouna qui sera toujours là.

    • Armand Roy - Abonné 22 janvier 2016 11 h 49

      Les gens du Maine seraient fous de joie...

    • Danielle Rochette - Abonnée 24 janvier 2016 21 h 03

      Ce qu'on considère comme une menace grave pour notre sol et notre eau ne devient pas inoffensif chez le voisin.