Ottawa n’entend pas imposer les jupes aux camions

Un vélo blanc a été installé à l’endroit où est décédé le cycliste Salim Aoudia en novembre 2014. Le coroner chargé de cette enquête a dévoilé son rapport mercredi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un vélo blanc a été installé à l’endroit où est décédé le cycliste Salim Aoudia en novembre 2014. Le coroner chargé de cette enquête a dévoilé son rapport mercredi.

Même si un coroner recommande une nouvelle fois au gouvernement fédéral de rendre obligatoires les jupes latérales sur les camions lourds, Ottawa rejette cette option, jugeant que ce dispositif n’a pas fait ses preuves.

Le 27 novembre 2014, peu après 9 h, Salim Aoudia, 43 ans, roule à vélo sur la rue Wellington vers l’est, côte à côte avec un camion circulant dans la même direction. À l’intersection de la rue Nazareth, le camion tourne à droite et son chauffeur actionne le clignotant. Le cycliste réalise trop tard que le camion s’est engagé dans le virage. Projeté au sol, il se retrouve coincé entre les roues du véhicule lourd. M. Aoudia sera traîné sur 156 mètres avant que le camion s’immobilise. Son décès est constaté sur place.

Ni l’état de la chaussée ni les conditions climatiques ou toute anomalie du camion ne sont en cause dans cet accident, conclut le coroner Jean Brochu dans son rapport rendu public mercredi. Il s’agit d’un décès accidentel, mais le coroner propose une série de mesures pour rendre la circulation à vélo plus sécuritaire.

Selon lui, l’installation de jupes latérales sur la remorque aurait peut-être pu empêcher le cycliste de glisser sous les roues du véhicule lourd. « Ces jupes sont obligatoires en Europe depuis de nombreuses années », signale-t-il dans son rapport. Il recommande donc à Transports Canada d’envisager de les rendre obligatoires pour tous les camions lourds et les remorques.

Les angles morts

Le coroner presse aussi Vélo Québec et la Société de l’assurance automobile de poursuivre leurs opérations de sensibilisation auprès des cyclistes afin de les prévenir des dangers de se placer dans l’angle mort des véhicules lourds. Finalement, Jean Brochu recommande à la Ville de Montréal d’installer des SAS vélo aux intersections les plus fréquentées par les vélos et les camions.

Ce n’est pas la première fois qu’un coroner prêche en faveur des jupes latérales pour les camions. Le coroner Paul G. Dionne avait fait la même recommandation dans son rapport sur la mort de la cycliste Mathilde Blais, happée par un camion-remorque en avril 2014 alors qu’elle circulait à vélo dans le tunnel de la rue Saint-Denis.

Manque de preuves

Transports Canada ne s’est jamais montré pressé de légiférer en cette matière. Mercredi, le ministère a indiqué avoir commencé à évaluer ces protections latérales au début des années 2000. Une analyse documentaire « approfondie » de tous les rapports et études connus sur le sujet a été réalisée, a précisé sa porte-parole Natasha Gauthier. De plus, le ministère dit avoir étudié les statistiques concernant les usagers de la route partout au pays et mené des enquêtes sur plus de 80 cas de collisions impliquant des véhicules lourds et des usagers de la route dits vulnérables.

« À la lumière des recherches, Transports Canada n’a pas trouvé suffisamment de preuves pour adopter des règles mettant en place des exigences d’installation de protections latérales, a indiqué par courriel Mme Gauthier. Le ministère étudie d’autres solutions possibles, dont les technologies de prévention des collisions, qui pourraient avoir des répercussions plus importantes sur un plus large éventail de scénarios de collision. »

Transports Canada prend soin de souligner que les provinces et territoires sont libres d’imposer les protections latérales aux camions sur leur territoire.

Opération jupettes

À la suite du décès des Mathilde Blais, la Ville de Montréal avait entrepris de doter tous ses véhicules lourds de dispositifs de protection latérale. La flotte de la Ville comptant 978 véhicules, l’opération lancée en 2014 avait été étalée sur quatre ans. Le maire Denis Coderre avait aussi demandé au gouvernement fédéral de légiférer en cette matière, mais en vain.

31,4%
des accidents mortels de cyclistes entre 2008 et 2013 impliquaient un véhicule lourd, selon les données de la Société de l’assurance-automobile du Québec.
1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 21 janvier 2016 11 h 14

    Et le Québec?

    Pourquoi le Québec n'a-t-il pas le compétence pour instaurer cette mesure?