Coderre optimiste quant à l’avenir des «rois»

Le maire de Montréal, Denis Corderre, a rencontré Rénald dans le cadre du traditionnel « Dîner des rois », qui s’est déroulé dimanche à l’Accueil Bonneau.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le maire de Montréal, Denis Corderre, a rencontré Rénald dans le cadre du traditionnel « Dîner des rois », qui s’est déroulé dimanche à l’Accueil Bonneau.

Un plus grand engagement des pouvoirs publics et une meilleure interaction avec les intervenants sur le terrain sont de bons présages dans la lutte contre l’itinérance, estime le maire de Montréal, Denis Coderre.

L’Accueil Bonneau a tenu dimanche son traditionnel Dîner des rois dans ses locaux du Vieux-Montréal. Comme chaque année, environ 500 itinérants se sont vu servir un repas chaud et gratuit par des dizaines de bénévoles, parmi lesquels se trouvaient le maire Coderre et l’archevêque de Montréal, Christian Lépine, entourés de journalistes. Toutes les places pour l’un des nombreux services se sont rapidement envolées et il y avait aussi beaucoup de monde dans les autres salles communes en cette pluvieuse journée de janvier.

En marge de l’événement, Denis Coderre a déclaré que « beaucoup » de progrès avait été réalisé ces derniers mois sur le chemin d’une réduction du problème de l’itinérance. « Tant du côté du gouvernement du Québec que du gouvernement du Canada et puis de la Ville de Montréal et de l’ensemble des organismes, je pense qu’on envoie un message qu’on va voir la lumière au bout du tunnel », a-t-il affirmé aux journalistes. Tous ces intervenants ne sont pas toujours d’accord, a-t-il admis, « mais tout le monde se parle et tout le monde est en mode solution. Et ça, c’est un changement ».

« Parce qu’il fallait bien commencer par le commencement », il en veut entre autres pour preuve le décompte des itinérants réalisé en mars par Montréal et qui est arrivé à un total de 3016 personnes, dont un peu moins de 2000 vivant en itinérance chronique ou cyclique. Le nouveau gouvernement libéral à Ottawa a exprimé le désir de procéder lui aussi à un décompte, mais pour tout le pays.

Il cite également les politiques sur l’itinérance que se sont données le gouvernement du Québec ainsi que sa ville. Le mois dernier, Montréal s’est fixé comme objectif de sortir 2000 itinérants de la rue en cinq ans.

Un protecteur des itinérants

La Ville est aussi à la recherche d’un Protecteur des personnes itinérantes. La personne qui occupera cette nouvelle fonction doit servir à la fois de conseiller auprès du maire, « trait d’union » entre les pouvoirs publics et les organismes sur les terrains, et parfois même de personne ressource auprès des itinérants eux-mêmes qui n’auraient pas trouvé ailleurs un petit coup de pouce nécessaire, a expliqué Denis Coderre. Attaché au bureau du maire, le nouveau protecteur aura aussi pour mission d’y rappeler sans cesse l’importance de sa cause.

Le maire de Montréal se réjouit également de la volonté d’Ottawa de construire de nouveaux logements sociaux et de permettre enfin les sites d’injection de drogues supervisés.

« Tout cela démontre qu’on a couvert tous les angles qui touchent la question des sans-abri et qu’on va tous mettre l’épaule à la roue », a-t-il conclu.

Tout n’est pas encore parfait, a-t-il concédé volontiers. Les portes de certaines haltes chauffantes, créées il y a un an pour abriter les itinérants les jours de grand froid, sont restées closes en début de semaine dernière, à Montréal, en dépit d’un thermomètre à –15°C et d’une température ressentie de –28°C. Cette mésaventure était le fruit d’un « malentendu », a expliqué le maire Coderre qui s’est dit ouvert à ce qu’on revoie à la hausse la température minimale (- 27°C) à partir de laquelle cette aide est offerte. « Mais personne n’a été laissé pour compte », a-t-il assuré.

Pas trop d’illusion à l’Accueil Bonneau

L’Accueil Bonneau a profité de l’événement de dimanche pour remercier ses généreux donateurs, mais a rappelé aussi qu’il aimerait que le gouvernement du Québec apporte une contribution plus généreuse. Actuellement, elle s’élève à 15 % (369 000 $) d’un budget de fonctionnement d’environ 3 millions. On voudrait que cette proportion s’élève à 35 % (1 million), soit l’équivalent de la masse salariale des employés faisant du travail d’intervention psychosociale relevant normalement de la responsabilité de Québec. « Cela fait des années qu’on fait cette requête », a expliqué le directeur général de l’organisme, Aubin Boudreau, qui avoue toutefois ne pas trop se faire d’illusion à court terme en cette période de restrictions budgétaires.

Longtemps à la tête de l’organisme, la soeur Nicole Fournier se réjouit de la nouvelle résolution des politiciens de s’attaquer au problème de l’itinérance, mais reste elle aussi prudente. « C’est bien de vouloir sortir les gens de la rue. C’est une chose à laquelle nous contribuons, à l’Accueil Bonneau, chaque année, dit la relieuse à la tête blanche qui reste tout aussi engagée qu’auparavant. Mais l’important est qu’il n’en arrive pas aussi continuellement de nouveaux. Or, la demande est croissante. »

Tout le monde se parle et tout le monde est en mode solution. Et ça, c'est un changement.

6 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 11 janvier 2016 02 h 26

    et le ciel a la fin de vos jours, comme on disait dans le temps

    Il faut bien que quelqu'un s'occupe du bon peuple pendant que d'autres s'occupent des finances, l'acceuil Charbonneau vous dites non, l'acceuil Bonneau, Charbonneau c'est l'enquête qui nous a couté plusieurs millions mais dont on en entend plus parler, l'acceuil Bonneau c'est l'organisme qui empêche les étinérants en hiver de mourir de froid et de faim, vous savez ces gens que le systeme échappe, parce qu'occupé ailleurs, il faut bien ramasser l'argent avant de pouvoir la dépenser, enfin une fois par année a Noel ou au Jour de l'an c'est sympathique, et ca permet aux bonnes gens de penser qu'ils habitent le meilleure des mondes

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 11 janvier 2016 07 h 25

    « Montréal s’est fixé comme objectif de sortir 2000 itinérants de la rue en cinq ans. » (Éric Desrosiers, Le Devoir)

    De cet honorable objectif, et compte tenu de l’austérité susceptible d’affecter moyens et ressources pour y parvenir, une question :

    Comment va-t-on l’atteindre sans chatouiller ni faire sourciller le monde économique, entourant ou alimentant, volontairement ou pas, ce phénomène de …

    … l’itinérance ? - 11 jan 2016 -

  • Gaston Bourdages - Abonné 11 janvier 2016 08 h 59

    44.7 millions de nos $$$$(La Commission Charbonneau)

    ....pour en arriver à...quoi au juste ? À des voeux pieux ? À des redressements de consciences altérées, embrumées, assoiffées, défigurées, gangrenées ?
    À comparer 44.7M$ avec une subvention de 369,000.00$ ?
    BRAVOS ET MERCIS À TOUTES CES GENS responsables de la création et du matien en vie de l'Accueil Bonneau.
    Chapeaux!
    Gaston Bourdages,
    Auteur,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Robert Beauchamp - Abonné 11 janvier 2016 09 h 40

    Un autre poste

    Encore un autre poste pour meubler une nouvelle structure face à la galerie. Prenez donc cet argent monsieur le maire, distribuez-le aux organismes sur le terrain, il y en a de très compétents qui ne demandent pas mieux que de créer le lien avec la mairie. Un représenant de ces organismes élu par les pairs pourrait très bien faire le pont sans qu'il en coûte un sou de plus.

  • Johanne Fontaine - Inscrite 11 janvier 2016 09 h 50

    L'art de voir Montréal par le mauvais bout de la lorgnette

    Protecteur des Itinérants,
    dîner des Rois en présence de dignitaires,
    remises sous l'oeil de caméra de vêtements chauds à des gens de couleurs, applaudissements,
    auto-congratulation,
    la litanie des voeux pieux de l'administration Coderre
    est interminable.

    Mais le bon maire fait fausse route
    et esquive purement et simplement
    la dure réalité de cette ville,
    sa crise paroxystique du logement
    son embourgeoisement, sa gentrification
    galopantes, soutenue et accélérée
    par des politiques municipales
    mine de rien, plus que favorables
    à tout développement immobilier spéculatif.

    Sincère,
    le maire Coderre s'adjoindrait
    un François Saillant (FRAPRU),
    qui crie dans le désert
    depuis des décennies.
    On peut toujours rêver...

    • Johanne Fontaine - Inscrite 11 janvier 2016 22 h 32

      A qui la ville?

      Voilà la question d'intérêt public
      devant présider aux décisions
      du maire de Montréal
      et même de celles de son éminence,
      gardant bien en tête
      la difficulté du vivre et du survivre
      en se logeant à Montréal
      pour la grande majorité de ses citoyens.