La communauté hassidique met en demeure Outremont

«Nous nous sentons ciblés», a dit Mayer Feig (debout), un membre actif de la communauté hassidique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Nous nous sentons ciblés», a dit Mayer Feig (debout), un membre actif de la communauté hassidique.

Inquiets de l’application éventuelle d’un nouveau règlement de zonage qui interdirait les lieux de culte sur les artères commerciales d’Outremont, les membres de la communauté hassidique ont mis en demeure, mardi, les élues de l’arrondissement.

Si l’arrondissement va de l’avant avec son règlement, qui viendrait proscrire les lieux de culte sur les avenues Bernard et Laurier, « il va y avoir contestation devant les tribunaux », a résumé l’avocat Julius Grey, à qui la communauté hassidique a confié le dossier.

« Nous nous sentons ciblés », a commenté le militant hassidique Mayor Feig. Malgré la tenue d’une consultation publique à propos du nouveau règlement, il a l’impression que sa communauté n’a pas été entendue. « La mairesse n’a pas répondu à nos questions. Il n’y a pas de vraies demandes de la part des commerçants, a-t-il plaidé. Ce sont toujours les mêmes personnes qui s’expriment : une petite minorité de résidants d’Outremont qui n’aiment pas les Juifs. »

La modification au règlement de zonage a été proposée par Outremont après que des membres de la communauté hassidique eurent demandé de mettre en place un centre communautaire pourvu d’un bain juif sur l’avenue Bernard. Convaincues que de tels lieux de culte nuiraient à la vitalité économique des grandes artères, toutes les élues, à l’exception de la conseillère hassidique Mindy Pollak, ont appuyé le changement.

Un registre prévu

Outremont a prévu l’ouverture d’un registre permettant aux citoyens de signifier leur opposition à la nouvelle réglementation. Si un nombre suffisant de personnes y apposent leur signature, un référendum sera organisé. « Nous avons demandé à la ville qu’elle nous fournisse des précisions sur les règles du référendum. Personne ne nous est revenu », a affirmé Mayor Feig, ajoutant qu’aucun registre n’avait été mis sur pied, à sa connaissance.

Comme Julius Grey, le militant aimerait que la communauté hassidique puisse s’entendre sur l’épineuse question par la voie du dialogue. « On espère éviter les procédures [judiciaires] », a reconnu l’avocat. « Il y aura peut-être une opposition suffisante pour convaincre la mairesse de ne pas aller aussi loin [que l’imposition du règlement]. »

Autrement, un nouveau front dans la bataille de la liberté de religion évoquée par la communauté hassidique risque de s’ouvrir. « C’est presque prohibitif, et particulièrement inapproprié dans le cas d’une communauté qui est en pleine croissance », a dit Me Grey du règlement proposé par Outremont.

La phrase n’était pas sans rappeler l’argumentaire du célèbre avocat, qui a voulu traîner la ville de Val-Morin jusqu’en Cour suprême, en 2008, pour une question de zonage. La plus haute instance judiciaire du pays a finalement décidé de ne pas entendre le dossier, donnant raison à la municipalité des Laurentides, qui avait sommé des résidants hassidiques de cesser d’utiliser deux de ses chalets à titre de synagogue et d’école.

18 commentaires
  • Sylvain Rivest - Inscrit 5 janvier 2016 19 h 19

    ...les hassidiques maintenant

    C'est la ville qui doit décider non les citoyens.

    Les communautés ne devraient pas exister. C'est ce qu'on appelle s'intégrer.
    Pourquoi s'identier toujours comme une religion au lieu de s'idenfier comme un être et prendre part à la société. Pourquoi les juifs, affichés, tiennent-ils à se marginaliser comme les musulmans, affichés? Y aussi les sikhs, une autre souche de l'islam et d'hindouisme. Le commautés finissent par entrer en conflit et exigent des comptes.

    Sommes nous trop permissif avec les communautés religieuses?

    • Gilles Théberge - Abonné 6 janvier 2016 07 h 07

      Il y avait une réponse à ça, la charte de la laïcité. Mais les bien pensant en ont eu raison.

      Et rebelotte.... Nous sommes pris avec ce problème récurrent.

      Bonne chance aux gens d'Outremont!

  • Colette Pagé - Abonnée 5 janvier 2016 19 h 45

    Contribution des juifs hassidiques au Vivre ensemble !

    Décider de l'utilisation du territoire à des fins industrielles ou commerciales est une compétence qui relève du conseil municipal.

    Partant delà, interdire les lieux de culte sur les artères commerciales afin notamment d'assurer la fluidité de la circulation et la quiétude de ces lieux de prière, n'a rien à voir avec la liberté de religion.

    Échaudé par la circulation excessive et le stationnement d'autobus de juifs hassidiques visiteurs sur la rue Hutchinson il est raisonnable de penser que le conseil municipal préfère prévenir que guérir.

    Au lieu d'entreprendre une saga judiciaire et de contribuer à la détérioration du Vivre ensemble, les juifs hassidiques ne seraient-ils pas bien avisés de choisir un lieu hors des artères commerciales. Parfois, souvent faire un pas en arrière n'est-il pas considéré comme une marque de sagesse ! Que dit le Talmud ?

  • Johanne - Abonnée 5 janvier 2016 20 h 48

    Décidément, décidément, au coeur même de la cité

    Les fondamentalistes mènent le bal...

  • Hubert Larocque - Abonné 5 janvier 2016 21 h 43

    Un train peut en cacher un autre

    Le problème, c'est que le Fédéral et ses cours de justice, sous couvert de "droits et liberté", travaille sciemment à détruire la spécifité du Québec. Quel sera l'avis de la Cour dite suprême quand les Hassidiques la chargeront de détruire nos lois et règlements?

  • Daniel Vézina - Abonné 5 janvier 2016 22 h 38

    Un seul petit mot de trop...

    ...dans la charte de P. E. Trudeau : Religion.

    La religion n'est pas, comme le sexe ou la race/ethnie, un caractère intrinsèque pour lequel aucune discrimination ne devrait avoir lieu.

    La religion est un choix et donc, aucun droit ne devrait lui être accordé dans un document avec une portée aussi forte qu'une charte des droits et libertés.

    • François Dugal - Inscrit 6 janvier 2016 09 h 22

      "Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit,"
      -Préambule de la Charte Canadienne des droits et libertés.