Un plan pour sortir 2000 itinérants de la rue

Le maire Denis Coderre a profité du lancement du plan pour annoncer que la Ville verserait une contribution annuelle de 140 000 $ au Mouvement pour mettre fin à l’itinérance à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le maire Denis Coderre a profité du lancement du plan pour annoncer que la Ville verserait une contribution annuelle de 140 000 $ au Mouvement pour mettre fin à l’itinérance à Montréal.

Sortir 2000 itinérants de la rue en cinq ans. Voilà l’objectif que s’est fixé un groupe d’organismes communautaires, d’institutions et de gens d’affaires avec un plan qui nécessitera des investissements de près de 37 millions de dollars. Aussitôt lancé, le plan a essuyé plusieurs critiques d’intervenants oeuvrant auprès des sans-abri.

Le maire Denis Coderre a profité du lancement du plan pour annoncer que la Ville de Montréal verserait une contribution annuelle de 140 000 $ au Mouvement pour mettre fin à l’itinérance à Montréal (MMFIM) afin de l’aider dans sa tâche. Il a aussi confirmé que Montréal embauchera sous peu un Protecteur des itinérants tel qu’il l’avait fait savoir il y a plus d’un an.

Le 24 mars dernier, Montréal avait procédé au décomptedes itinérants et cette journée-là, on en avait dénombré 3016. Parmi eux, 1989 vivaient une itinérance chronique ou cyclique. C’est cette clientèle que cible le Mouvement dans son plan, qui vise à les retirer de la rue et à leur trouver un logis et, pour certains, un emploi.

18,8 millions recherchés

Le plan nécessitera des investissements de 36,9 millions sur cinq ans, dont 22,1 millions pour les organismes communautaires et le réseau de la santé pour les services d’accueil, de référence et d’intégration des itinérants. Un montant de 14,1 millions sera requis pour le soutien aux loyers des 2000 personnes ciblées, et 700 000 $ pour le suivi des actions entreprises.

Les programmes gouvernementaux SPLI (Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance) et SRA (Stabilité résidentielle avec accompagnement) financent déjà une partie du plan, mais le Mouvement devra trouver 18,8 millions supplémentaires. « On n’a pas toutes les ressources nécessaires. C’est pour ça que nous sommes en demande auprès du gouvernement. Notre pari, c’est de présenter un plan qui est faisable et chiffré avec une démarche structurée et éprouvée pour le faire », a expliqué James McGregor, directeur du MMFIM.

Précisons que le Mouvement regroupe une trentaine d’organismes et institutions issus d’horizons divers, comme la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, BOMA Québec, la Ville de Montréal de même que le CHUM et le Centre de recherche de l’hôpital Douglas.

Des critiques

Le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) estime que le plan du MMFIM néglige un volet important, celui de la prévention de l’itinérance. Un plan d’action régional en itinérance existe déjà, a rappelé l’organisme tout en soulignant que ce qui fait défaut, ce sont les moyens financiers pour le mettre en oeuvre compte tenu des compressions imposées aux domaines de l’aide sociale, de la santé, de l’éducation et du logement social.

Le RAPSIM juge aussi que l’approche privilégiée par le MMFIM pose problème, notamment parce qu’elle se concentre sur l’itinérance chronique en se basant sur un seul dénombrement.

Pour sa part, l’organisme L’Itinéraire est d’avis que le plan fait concurrence aux organismes déjà reconnus par le gouvernement pour leur travail de terrain et qu’il risque de priver ceux-ci de sources de financement indispensables pour la pérennité de leurs services.

Le Protecteur

Le maire Coderre a fait savoir que la Ville créera sous peu un Protecteur des personnes itinérantes. Une offre d’emploi a d’ailleurs été publiée pour ce poste sur le site Internet de la Ville vendredi. Le salaire proposé variera entre 54 771 $ et 92 125 $.

« Cette personne va être mes yeux et mes oreilles sur ce qui se passe sur le terrain, a expliqué le maire Coderre. Ça ne sera pas un bureaucrate. Il va être sur le terrain. Dans certains dossiers, il pourrait faire oeuvre de défenseur. Ça va aussi être pour moi un bras droit. Ça va me permettre, en matière d’établissement de politiques, de couvrir tous les angles. »

M. Coderre s’attend à ce que le Protecteur puisse entrer en fonction d’ici deux à trois mois. La personne choisie bénéficiera d’un budget — dont il n’a pu préciser l’ampleur — pour mener à bien son travail.

1 commentaire
  • Yves Corbeil - Inscrit 19 décembre 2015 14 h 28

    Pauvre M.Coderre

    L'itinérance n'a pas besoin d'une autoroute de plus dans son paysage, elle a seulement besoin d'argents pour maintenir le service de ses routes présentes.

    Occupez-vous de logements sociaux dans votre ville et les spécialistes sur le terrain présentement vont se charger de leurs occupations futures.

    Ces gens n'ont surtout pas besoin d'un ''flushgate'' rurale de votre part.