Pluie de suspensions pour les cols bleus

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

Le climat s’envenime entre l’administration Coderre et les cols bleus de Montréal, alors que quelque 2400 syndiqués se verront imposer des suspensions, tout comme la présidente Chantal Racette, qui sera privée de salaire pendant deux mois. Le maire a justifié la sévérité des sanctions en invoquant l’illégalité du débrayage de la semaine dernière.

Outre les suspensions de cinq jours imposées à environ 2400 syndiqués, la présidente du syndicat, Chantal Racette, de même que trois autres dirigeants syndicaux, Michel Martin, Jacques Rochon et Michel Jeannotte, écoperont d’une suspension de deux mois sans salaire. La Ville entend aussi décréter une suspension d’un mois pour chacun des dirigeants du syndicat « qui a incité les employés à ne pas offrir leur prestation de travail ».

En fin de journée lundi, certains cols bleus avaient reçu l’avis de l’employeur, mais pas les dirigeants syndicaux.

Rappelons que, le 8 décembre dernier, de nombreux cols bleus ont quitté leurs lieux de travail pour se rendre au Palais des congrès et participer à une assemblée générale, à l’invitation de leur syndicat. La veille, la Commission des relations du travail (CRT) avait pourtant prévenu le syndicat qu’il s’agissait d’un débrayage illégal et ordonnait aux syndiqués de fournir leur prestation de travail normale.

Les « hors-la-loi »

Lors d’entrevues radiophoniques lundi matin, Chantal Racette a laissé entendre que le syndicat contesterait les suspensions. Les cols bleus veulent dénoncer le recours à la sous-traitance par l’administration Coderre, de même que l’adoption du pacte fiscal qui permettra aux municipalités de décréter les conditions de travail de leurs employés, a-t-elle dit. « Il faut qu’on se réveille. […] Les hors-la-loi, ce n’est pas nous autres, c’est le gouvernement et les maires. »

Au sujet de l’ex-président Jean Lapierre, qu’elle décrit comme son mentor, Mme Racette a affirmé qu’il fallait cesser de le « démoniser » : « Comme n’importe quel retraité, il a le droit de parole dans nos assemblées. »

Le maire Coderre a rappelé que les cols bleus avaient défié une ordonnance de la CRT. « Une grève illégale n’est pas acceptable, a-t-il dit. Lorsque vous avez une entité syndicale qui, par l’entremise de son ancien président, Jean Lapierre, dit que, pour faire des gains, ça prend des grèves illégales, […] il faut envoyer un message très fort et très clair. Moi, c’est tolérance zéro par rapport aux grèves illégales. On a dit qu’il allait y avoir des conséquences. C’est ce qui arrive. »

Selon le maire, les sanctions ne sont pas trop sévères. Les syndiqués pourront contester les suspensions, mais une jurisprudence existe, a-t-il précisé : « Il faut qu’on se fasse respecter. Ma porte est ouverte. Je n’ai jamais eu de problème à ce qu’on discute ensemble. S’ils veulent la défoncer, il y a des conséquences qui s’y rattachent. »

De son côté, le chef de l’opposition, Luc Ferrandez, a accusé l’administration de jeter de l’huile sur le feu. Le débrayage des cols bleus n’a pas mis la sécurité du public en danger et il s’est déroulé sans débordement, a insisté M. Ferrandez.

Précisant que l’opposition ne pouvait approuver le débrayage des cols bleus, M. Ferrandez a dit craindre une radicalisation des syndiqués après ces sanctions, qu’il juge disproportionnées.

« Le maire ne pouvait pas faire autrement, compte tenu de la grève illégale », croit pour sa part Michel Grant, professeur au Département d’organisation et ressources humaines de l’UQAM. Selon lui, il est fort possible que, lorsque des griefs seront déposés, l’arbitre modifie les sanctions en fonction du degré de responsabilité et des actions de chaque employé visé.

Pour l’instant, le syndicat cherche à mobiliser ses membres, dit-il, mais la situation risque de se corser lorsque le projet de loi sur le pacte fiscal sera adopté et quand la convention collective des cols bleus viendra à échéance, en décembre 2017.

Montréal compte 4100 cols bleus, mais la Ville estime à 2400 leur nombre pour le quart de travail de jour.

Il faut qu'on se réveille. [...] Les hors-la-loi, ce n'est pas nous autres, c'est le gouvernement et les maires.

2 commentaires
  • Germain Dallaire - Abonné 15 décembre 2015 06 h 50

    La bombe atomique

    Coderre sort la bombe atomique au premier mouvement. Que lui restera-t-il lorsque les cols bleus réagiront, ce qu'ils ne manqueront pas de faire. La réaction de Coderre s'apparente à de la provocation.
    Germain Dallaire

    • Jacques Patenaude - Abonné 15 décembre 2015 10 h 14


      Bien d'accord avec vous, mais avec 2400 cols bleus suspendue, si les sanctions sont appliquées est-ce que la ville sera tenue par la Commission des relations du travail (CRT) de maintenir les services essentiels? (joke)