Hockey, manèges et cravates en cadeau pour des élus

Propriétaire de La Ronde, Six Flags remet aux élus des billets pour le parc d’attractions depuis des années en vertu d’une entente conclue avec la Ville.
Photo: Hussein Abdallah CC Propriétaire de La Ronde, Six Flags remet aux élus des billets pour le parc d’attractions depuis des années en vertu d’une entente conclue avec la Ville.

Des billets pour des matchs de hockey ou pour des spectacles, des laissez-passer pour La Ronde, une bouteille de vin et deux cravates. Voilà le type de cadeaux qu’ont reçus les élus montréalais au cours de la dernière année. Bien que légale, cette pratique soulève toujours des questions, d’autant que dans son rapport, la commission Charbonneau recommandait que les cadeaux aux élus soient désormais interdits.

Depuis 2011, les élus montréalais sont tenus de déclarer les cadeaux et avantages qu’ils reçoivent et, en fin d’année, le greffier dépose un rapport au conseil municipal. Le code d’éthique autorise ces cadeaux pourvu qu’ils ne les placent pas en situation de conflit d’intérêts ou d’apparence de conflit d’intérêts.

Ainsi, le maire Denis Coderre a déclaré avoir reçu deux billets d’Evenko pour le spectacle de Corey Hart ainsi que deux billets gracieuseté du Canadien de Montréal pour un match contre Boston.

Le maire de Rosemont–La Petite-Patrie, François Croteau, a obtenu six billets pour la coupe Rogers et deux laissez-passer pour le festival de musique Osheaga.

Le président du comité exécutif, Pierre Desrochers, a notamment accepté deux billets pour la Formule 1 dans le cadre d’une entente avec la Société du parc Jean-Drapeau. La mairesse de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau, a pour sa part reçu, outre deux billets pour la Formule 1, une paire de billets pour des matchs de la FIFA.

Comme bien d’autres, le conseiller Lionel Perez a eu droit à des billets pour le Championnat mondial de hockey junior de Hockey Canada, ainsi qu’à une bouteille de vin blanc du Jeune Conseil de Montréal. Et de nombreux élus se sont fait remettre des laissez-passer pour La Ronde.

Le maire du Sud-Ouest, Benoit Dorais, a déclaré avoir reçu des billets pour des spectacles — Les trois mousquetaires et Hommage à Johnny Cash — en précisant qu’il est un « client fidèle de Juste pour rire ». Au téléphone, il explique qu’il n’avait pas besoin de les déclarer puisqu’il s’agit de promotions accessibles à tous les citoyens. « J’achète beaucoup de billets de Juste pour rire et je suis inscrit à une lettre de diffusion qui fait des tirages, a-t-il dit. Mais parce que je suis élu, j’ai décidé de le déclarer. »

La jugeote

Dans son rapport, la commission Charbonneau avait recommandé qu’à la lumière des abus mis au jour au cours des dernières années tant à la Ville de Montréal qu’aux ministères des Transports et des Affaires municipales, les lois, règlements et codes soient modifiés pour interdire « tout cadeau, quelle qu’en soit la nature ou la valeur, de tout fournisseur de biens ou de services que ce soit ».

Le président du conseil municipal, Frantz Benjamin, ne croit pas qu’une telle mesure soit nécessaire. Selon lui, le code d’éthique actuel encadre suffisamment les élus. « Je crois que depuis plusieurs années, il y a beaucoup plus de jugeote, de bon sens et de vigilance de la part des élus municipaux, dit-il. Avant d’être une loi ou un code, l’éthique, c’est une question de valeur. Moi, pour une invitation que j’accepte, il y en a trois auxquelles je dis non. »

Selon lui, les billets remis au maire Coderre ne devraient pas non plus susciter de controverse. « M. Coderre, sur toutes les tribunes, fait la promotion de la Ville. Comme premier magistrat de la Ville, il lui revient le privilège de parler de Montréal partout où il est, ne serait-ce aussi dans un spectacle de Corey Hart », avance-t-il.

Le conseiller de Projet Montréal Alex Norris souligne que de nombreux élus remettent les billets qu’ils reçoivent pour des événements sportifs ou pour La Ronde à des organismes communautaires ou à des bénévoles. C’est d’ailleurs ce qu’indiquent les conseillers Éric Alan Caldwell et Jeremy Searle dans leur déclaration.

« Si l’administration décide de suivre la recommandation de la commission Charbonneau et d’interdire désormais tout cadeau, on va accueillir une telle décision favorablement », a toutefois indiqué M. Norris.

Propriétaire de La Ronde, Six Flags remet aux élus des billets pour le parc d’attractions depuis des années en vertu d’une entente conclue avec la Ville. Or, l’entreprise s’est inscrite au Registre des lobbyistes en juillet dernier afin de renégocier le bail qui la lie à la Ville de Montréal jusqu’en 2065.

Alex Norris admet que cette situation peut soulever des interrogations : « La question se pose. Dans le contexte actuel, je pense qu’il est important de laver plus blanc que blanc et d’être au-dessus de tout soupçon. Mais au moins il y a cette transparence. »

À l’instar de M. Norris, Frantz Benjamin soutient que la plupart des élus n’utilisent pas les billets de La Ronde qu’ils reçoivent, mais qu’ils les remettent à des organismes communautaires. « Je ne connais pas d’élus qui les utilisent personnellement », dit-il.

Depuis plusieurs années, il y a beaucoup plus de jugeote, de bon sens et de vigilance de la part des élus municipaux

2 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 12 décembre 2015 18 h 06

    Pratique pour les fonctionnaires fédéraux

    Au gouvernement fédéral, quelque cadeau, quelqu'il soit, est strictement interdit. Ne serait-ce que de payer un repas le midi à un fonctionnaire (gestionnaire ou employé) qui doit rencontrer des clients dans le cadre de ses fonctions.

  • Gilles Gagné - Abonné 13 décembre 2015 10 h 13

    "Frantz Benjamin soutient que la plupart des élus n’utilisent pas les billets de La Ronde" et les autres gratifications? L'idée d'interdire ce genre de cadeaux est définitivement à mettre de l'avant partout où il y a des élus.