Polémique autour d'un trottoir dans le Plateau

Les riverains de la rue de Brébeuf, à la hauteur du parc Laurier à Montréal, ont hérité d’une lanière de béton d’à peine 70 cm de large en guise de trottoir, ce qui a soulevé l’ire de l’opposition.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les riverains de la rue de Brébeuf, à la hauteur du parc Laurier à Montréal, ont hérité d’une lanière de béton d’à peine 70 cm de large en guise de trottoir, ce qui a soulevé l’ire de l’opposition.

Même si l’aménagement d’un micro-trottoir sur la rue de Brébeuf continue d’alimenter la polémique dans le Plateau-Mont-Royal, le maire Denis Coderre juge qu’il s’agit de la meilleure solution pour conserver les places de stationnement. Excédé par les critiques, le maire a rabroué ses opposants en les associant à une « milice radicale ».

Le trottoir longeant le parc Laurier a été détruit pour être remplacé par une bande bétonnée de 70 centimètres de large. Le nouveau trottoir est si étroit que les poussettes et les fauteuils roulants ne peuvent y circuler. Mais c’est le compromis auquel est arrivée l’administration après que des citoyens eurent protesté contre la disparition d’une trentaine de places de stationnement dans le cadre de travaux visant à sécuriser la piste cyclable.

« Gouverner, c’est choisir. Ce trottoir-là n’était presque pas utilisé. Il était tellement important qu’il n’était pas déglacé l’hiver », a expliqué le maire vendredi lorsqu’interrogé sur le dossier.

Cette bande de béton n’est pas un véritable trottoir, a tout de même admis le maire Coderre : « Ce n’est pas fait pour être un trottoir », a-t-il dit en précisant que les fauteuils motorisés pourraient rouler sur la piste cyclable.

Cela fait des mois que la controverse perdure sur les réseaux sociaux. « Chaque fois qu’on faisait quelque chose, il y avait autre chose, et la milice radicale se faisait aller sur les tweets, a lancé le maire. Dans l’ensemble du dossier, je pense que c’était la chose à faire. J’ai pris une décision. On vit avec, on est contents. Mais on va en revenir. C’est réglé », a-t-il ajouté, exaspéré, en refusant de répondre à d’autres questions sur le sujet.

Un trottoir pour unijambistes

Le maire du Plateau-Mont-Royal et chef de l’opposition, Luc Ferrandez, a tourné en dérision l’aménagement du trottoir par l’administration Coderre : « Bienvenue aux unijambistes sur le Plateau-Mont-Royal ! »

M. Ferrandez a soutenu que contrairement à ce qu’a affirmé le maire Coderre, l’ancien trottoir était utilisé par des milliers de piétons. S’il était difficile à déneiger, c’est que l’eau du parc Laurier s’y accumulait et gelait. « Mais celui-là va être encore plus difficile à déneiger avec une brosse à dents et du fil dentaire parce qu’il n’y a pas une chenillette qui va pouvoir passer là », a soutenu M. Ferrandez.


« Hier, on faisait partie des dogmatiques. Aujourd’hui, on fait partie de la milice radicale. Chaque jour, Coderre invente un nouveau qualificatif pour essayer de politiser ces enjeux-là. Mais ce n’est pas politique. Ce sont des milliers de piétons qui passent là », a-t-il ajouté.

La conseillère de Projet Montréal, Marianne Giguère, a déploré l’intervention de l’administration dans ce dossier : « En 2015, c’est un scandale de détruire un trottoir alors qu’il y a tellement de groupes et des gens à mobilité réduite qui se sont mobilisés et qui ont dénoncé cette situation. »

L’association Piétons Québec, qui dénonce le nouvel aménagement, a tenu à répondre au maire Coderre sur son compte Twitter. « Le radicalisme n’est pas dans notre camp dans ce dossier. »

11 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 28 novembre 2015 06 h 46

    Merci!

    Enfin un peu de rigolade de trottoir en ces temps gris; merci, messieurs les élus!

    M.L.

  • Jean-Pierre Brouillette - Inscrit 28 novembre 2015 07 h 08

    Trottoir rétréci comme l’opposition Fernandez

    Un simple trottoir minuscule qui est compensé par un des sentiers parallèles déjà existant du parc Laurier où il est plus intéressant d’y marcher puisque les vélos emprunteront dorénavant la nouvelle piste cyclable le long du parc protégeant simultanément les piétons et cyclistes d’accrochages. Vous le trouvez trop étroit ce nouveau mini trottoir? Deux solutions s’imposent ; marcher dans le parc ou traverser sur l’autre trottoir de la rue. Pas très compliqué pour les piétons et même pour l’opposition étroite de Fernandez. Drame où il n’y en a pas; un beau parc sans vélo pour les piétons, un tronçon cyclable. Tout ça pour la rue Brébeuf qui n’est pas un boulevard, une autoroute. Les habitants du secteur y gagnent plus que perdre quelques centimètres d’un trottoir qui était largement supplanté par les sentiers du Parc. Finalement, il y a quand même le trottoir est de la rue Brébeuf. On n’en parle pas puis que c’est un trottoir. S’opposer pour s’opposer, le rôle d’une opposition idiote.

    • Jean Richard - Abonné 28 novembre 2015 10 h 59

      Oui, il est vrai qu'il est plus agréable de marcher dans le parc que dans la rue. Oui, il est vrai que les fauteuils roulant peuvent emprunter la piste cyclable.

      Mais on ne peut écarter la crainte qu'on assiste à une nouvelle tendance, celle de redonner plus que jamais le maximum d'espace à... l'automobile.

      La COP21, ça ne vous dit rien ? La nécessité de repenser nos villes pour qu'elles puissent atteindre leurs objectifs environnementaux, ça ne vous dit rien ? Or, détruire un trottoir pour faire place à l'automobile, c'est poser un geste digne du milieu du XXe siècle, un des siècles les plus destructeurs de l'environnement – et ce ne sont pas nécessairement les deux guerres mondiales qui ont participé le plus à cette destruction.

      Bien sûr ! Il faut envoyer un message clair aux commerçants : l'automobile est là et pour y rester. Sauf que la croyance de certains, celle qui consiste à croire que leurs déboires financiers cesseraient si on transformait les rues en autoroutes et les parcs en stationnements, est facile à démonter. On devrait plutôt regarder du côté de la spéculation foncière d'une part, et de la nature du contenu de ces commerces, où trop souvent, on nous vend de la qualité dollarama à des prix birks. Et puis, il y a le commerce en ligne, dévastateur, qu'on n'a pas vu venir (car les marchands sont souvent un peu myopes).

      Avec 7,4 milliards d'êtres humains sur la planète, la majorité vivant en milieu urbain, on devra finir par admettre que le salut de l'humanité passe par la ville. La ville est le milieu naturel de l'homme et pour cette raison, il faut la rendre vivable. Au XIXe siècle, les industries ont détérioré les milieux urbains. Au XXe siècle, la voiture a pris la relève. Or, il faut faire en sorte que le XXe siècle ne dure pas 200 ans. Il faut remettre l'humain au centre de la ville. L'humain, c'est un bipède et non une caisse de 2 tonnes réclamant 100 mètres carrés uniquement pour se garer.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 28 novembre 2015 11 h 07

      Éloquent M. Brouillette dans ses analyses. Pour lui, l'auto doit être sans doute une extension de son "soi". Wow! À l'orée du COP21, ce brillant citoyen nous avoue sa dépendance envers son "char" et plaide en fait pour que son privilège de pouvoir stationner sur la voie publique ne soit pas remis en cause. Espace qu'il ne veut surtout pas partager avec les autres, ceux qui piétons ou cyclistes vivent aussi dans son entourage. Un conseil pour M. Brouillette, si pour lui c'est son mode de vie qui est en jeu, je lui suggère bien affectueusement d'aller vivre, au plus vite, tout près du 10/30 et de ses autoroutes.

    • Jean-Pierre Brouillette - Inscrit 28 novembre 2015 13 h 22

      Je ne peux en toute honnêteté laisser les commentaires de monsieur Cotnoir (28 novembre, 11h07) sans réponse. Voilà que ce dernier me targue sur fond de moral que je serais un infâme automobiliste. Bien non, monsieur Cotnoir, je ne suis pas ce vous vous êtes imaginé alors que vous avez déversé votre fiel anti automobile tout en y ajoutant certains préjugés de votre crue (char, stationnement, autoroutes et 10/30). Je suis tout simplement cycliste et piéton à la fois. Bien qu’il ne soit pas mal non plus d’avoir une auto, je vous aviserais candidement que je ne possède pas d’automobile. C’est un choix personnel et je ne regarde pas les gens avec mépris si leurs besoins sont différents des miens non plus.
      Je ne suis finalement qu’un simple utilisateur de trottoirs, pistes cyclables et de parcs alors que les trois catégories seront bien servies malgré ce mini trottoir. Vous ne pouviez savoir cela en présentant votre propos tout en tentant de rabaisser une opinion différente avec des préjugés. Votre opinion est différente certes, mais de grâce acceptez les différences sans jugement moral. Ce sera au moins cela de gagner.

  • André Querry - Abonné 28 novembre 2015 10 h 24

    Milice radicale!

    Le trottoir de la rue Brébeuf, Denis Coderre a-t-il dénoncé la «milice radicale» au Centre de prévention de la radicalisation?

  • Sylvain Patenaude - Abonné 28 novembre 2015 10 h 45

    Déchirer sa chemise...

    L'opposition Ferrandez déchire sa chemise pour un psychodrame qu'ils ont créé. Les résidents y trouvent une solution acceptable : piétons, cyclistes, automobilistes : sentier, voie cyclable protégée, trottoir est, stationnements.
    Arrêtons d'alimenter une fausse polémique.

  • Yves Corbeil - Inscrit 28 novembre 2015 11 h 41

    Mais ou se trouve monsieur trottoir

    Le gentils monsieur de la commission, il l'a dit à tous le monde que les trottoirs c'est un art et que lui en était l'artiste, maudite commission.