Le déversement d’eaux usées a commencé

<p>La Ville de Montréal a notamment installé une barrière flottante près des rives de Verdun pour limiter la dispersion des matières. De la berge mercredi matin, les odeurs des rejets sanitaires étaient perceptibles.</p>
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir

La Ville de Montréal a notamment installé une barrière flottante près des rives de Verdun pour limiter la dispersion des matières. De la berge mercredi matin, les odeurs des rejets sanitaires étaient perceptibles.

Le déversement de huit milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve a commencé la nuit dernière après minuit, tel que l’avait annoncé le maire Denis Coderre.

Après des semaines de controverse, les eaux usées du tiers de l’île de Montréal seront donc rejetées sans traitement dans le fleuve au cours des sept prochains jours. L’intercepteur Sud-Est qui achemine habituellement ces eaux d’égout jusqu’à l’usine d’épuration de Montréal doit être complètement asséché pour permettre la réalisation de divers travaux.

La Ville de Montréal a notamment installé une barrière flottante près des rives de Verdun pour limiter la dispersion des matières. De la berge mercredi matin, les odeurs des rejets sanitaires étaient perceptibles.

Quatre équipes d’employés se sont affairées cette nuit à préparer les travaux qui seront entrepris à compter de midi dans l’intercepteur, a expliqué le maire Denis Coderre lors de la réunion du comité exécutif mercredi matin. La Ville compte notamment retirer quatre séries de 14 cintres de bois et d’acier qui avaient été installés en 1997 dans l’intercepteur, mais dont l’état s’est beaucoup détérioré.

« Je réitère que ce n’est pas de gaîté de coeur qu’on fait ce déversement. Personne n’est content. Mais quoique la décision soit impopulaire, il faut aussi prendre nos responsabilités », a expliqué le maire Coderre.

« On doit aussi profiter de cette conscientisation du dossier pour dire que ce n’est pas juste l’affaire de Montréal, c’est l’affaire de l’ensemble des municipalités au pays. Et c’est l’affaire de tous. »

Répondant aux critiques de son homologue Yves Lévesque, Denis Coderre a mentionné que la Ville de Trois-Rivières procédait à plusieurs centaines de déversements chaque année. « Il faudrait regarder dans sa propre cour comment on gère cette chose-là », a-t-il dit.

Rappelons que lundi, la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, avait signé un arrêté ministériel autorisant ce déversement sous certaines conditions. Le maire Coderre a promis que la Ville respecterait les exigences imposées par Ottawa.

L’image de Montréal

Ce déversement massif a suscité maintes critiques à l’étranger, notamment celle de l’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA) qui a qualifié ce geste de mauvaise décision tant sur le plan environnemental que celui de la santé publique. Questionné sur l’effet négatif de ce déversement pour l’image de la métropole à l’étranger, le premier ministre Philippe Couillard a rappelé que Montréal n’avait pas le monopole des déversements.

« Depuis le début, je dis que c’est regrettable et que ce n’est pas ce qu’on souhaite, a dit M. Couillard mercredi matin. Mais en passant, Montréal n’est pas la seule ville nord-américaine qui, malheureusement, a recours à cette méthode-là. Je pense qu’il faudrait remettre les choses dans leur contexte. Croyez-moi, s’il y avait eu une autre façon de faire, et une façon différente de réagir, je suis certain qu’avec toutes les personnes qui se sont penchées là-dessus, on aurait trouvé une autre solution. Force est de constater qu’équipe après équipe — Ville de Montréal, ministère de l’Environnement du Québec et ministère de l’Environnement fédéral — tout le monde arrive à la triste et même conclusion qu’il n’y a pas d’autre option que ce qui est fait actuellement. »


Examen de conscience

De son côté, le ministre québécois de l’Environnement, David Heurtel, s’est porté à la défense de son ministère. « Je crois qu’on n’a pas de leçon à recevoir de qui que ce soit sur notre système de gestion environnementale au Québec. On a un système qui est rigoureux, qui est sérieux et qui est basé sur la science. Dans l’ensemble des cas, on a parfois des situations qui sont très difficiles comme celle-là. Dans ce cas-ci, on a appliqué une rigueur scientifique. Le processus et la solution ont été validés par des experts scientifiques externes. Alors, on a fait notre travail, il a été confirmé. »

Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, dénonçait mardi la politique du « deux poids deux mesures » appliquée par le gouvernement qui n’a pas imposé d’amende à Montréal pour ce rejet dans le fleuve. Questionné par les journalistes, Pierre Moreau a offert cette réponse : « Ça changerait quoi d’imposer une amende à la Ville de Montréal ? En quoi le maire de Trois-Rivières serait plus heureux s’il y avait une amende ? Ça va changer quoi dans sa vie à lui ? ».

Le ministre Moreau a indiqué qu’il ne fallait pas confondre deux notions. Ainsi, a-t-il expliqué, il ne s’agit pas de quelqu’un qui commet une infraction, mais bien d’une ville qui mène une opération planifiée dont les impacts à long terme seront vraisemblablement négligeables, selon les avis scientifiques.

Le député de la Coalition avenir Québec (CAQ) François Bonnardel a parlé d’un « désastre environnemental » : « On a un examen de conscience à faire au Québec. On demande aux plaisanciers de ne pas vider leur fosse septique dans les lacs. On demande aux riverains de changer leur fosse septique et leur champ d’épuration. Et aujourd’hui, on autorise huit milliards de litres d’eaux usées à être déversés dans le fleuve Saint-Laurent. Je suis extrêmement déçu ».

« J’espère que le ministre de l’Environnement va être capable de resserrer la vis plus fortement à toutes les municipalités du Québec qui ont déversé des eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent », a-t-il dit.

Avec Marco Bélair-Cirino

Astuces pour limiter les impacts du déversement

Réduire sa consommation d’eau. Éviter de laver sa voiture ou de vider sa piscine. Limiter la lessive et employer des produits de nettoyage biodégradables ou naturels.

Déchets à ne pas jeter dans les toilettes :
Mégots de cigarettes
Serviettes de soins personnels/pour bébés
Couches
Cotons-tiges
Cheveux
Soie dentaire
Tampons
Condoms
Médicaments périmés
Graisse alimentaire

 

Secteurs concernés

Arrondissements

Lachine

LaSalle

Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce (50 %)

Verdun

Sud-Ouest

Ville-Marie

Outremont

Plateau-Mont-Royal (60 %)

Rosemont–La Petite-Patrie (80 %)

Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

Anjou (40 %)

Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles (50 %)


Villes liées

Montréal-Ouest

Côte-Saint-Luc

Hamstead (10 %)

Mont-Royal

Wesmount

Montréal-Est (70 %)

Saint-Léonard (50 %)
8 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 11 novembre 2015 11 h 26

    Dans sa cour d'abord

    Ce qui m'a frappé lors des diverses déclarations entendues à la radio c'est le message envoyé aux citoyens leur demandant de ne pas jeter dans l'eau de serviettes sanitaires, de condoms, de couches... bref, si ces demandes ont été faites cela signifie que certains citoyens jettent de tels objets dans la toilette, sinon, on aurait pas fait une telle demande. Je ne connais personne qui est en faveur de ce déversement mais je me questionne beaucoup sur la responsabilité des citoyens dans leurs gestes quotidiens. Il est facile de rejeter la responsabilité sur l'administration municipale, mais si chacun d'entre nous se responsabilisait, le rejet aurait été moindre. Il faut aussi engager des débats politiques pan-canadiens. Peu de personnes ont fait allusion au fait que l'Ile de Victoria rejette ses eaux usées dans le Pacifique depuis toujours. Le parallèle avec la responsabilité pour les changements climatiques s'impose. Plusieurs villes européennes ferment leur centre-ville à l'accès aux automobiles. Une grande réflexion de société s'impose.

    • Yvon Forget - Abonné 12 novembre 2015 04 h 11

      La responsabilisation doit devenir un moto perpétuel. "La tentation de l'innocence " de Pascal Bruckner nous en donne les racines .

  • Marcel Lemieux - Abonné 11 novembre 2015 12 h 07

    Égouts dans le fleuve

    Premier dossier touchant l'environnement pour le premier ministre Justin Trudeau.
    Désolation, quel gâchis !

  • Robert Beauchamp - Abonné 11 novembre 2015 12 h 17

    La confrontation

    Denis Coderre performe dans la confrontation entre autre avec son collègue de Trois-Rivières à qui il reproche de poser les mêmes gestes. Soyons clairs, le volume des eaux usées de Montréal n'a aucune mesure avec les déjections des autres petites municipalités. Et pour tout dire le geste de l'un n'excuse pas celui de l'autre. Mais M. Coderre a des connections maintenant et il peut prendre son téléphone rouge en direct avec Québec et Ottawa. En passant M. Coderre les Montréalais aimeraient ne pas se faire détester en offrant une image qui ne serait pas enviable.

  • Yves Corbeil - Inscrit 11 novembre 2015 12 h 20

    Il n'y a rien comme l'attaque pour répondre au menace

    Bravo M.Coderre, votre réponse à M.Lévesque c'est de la même envergure que l'israélien Netanyahou qui inonde la palestine en réponse au menace, de la grande démocratie politique. À quand un mur autour de Montréal.

  • André Poirier - Abonné 11 novembre 2015 15 h 36

    Le fleuve impur

    Si on jetait nos ordures dans le fleuve ?

    On aurait sûrement une amende des tontons macoutes.