Montréal serre la vis à ses cadres

La Ville dit souhaiter appliquer progressivement les changements à compter du 1er janvier prochain, mais que les principales modifications entreront en vigueur à compter du 1er mai 2016.
Photo: Getty Images La Ville dit souhaiter appliquer progressivement les changements à compter du 1er janvier prochain, mais que les principales modifications entreront en vigueur à compter du 1er mai 2016.

« Outrés » et « frustrés », de nombreux cadres de la Ville de Montréal ne digèrent pas les nouvelles conditions de travail que l’administration Coderre veut leur imposer, a appris Le Devoir. À tel point que certains d’entre eux soutiennent que le lien de confiance avec le directeur général, Alain Marcoux, est brisé.

Au cours des dernières semaines, M. Marcoux a rencontré des groupes de cadres pour leur présenter les détails du projet de refonte de leurs conditions de travail.

Le projet prévoit notamment de faire passer de 35 à 37,5 le nombre d’heures travaillées par semaine et réclame des cadres qu’ils vident leur banque de temps en échange d’un chèque à la fin de l’année. La possibilité que le paiement soit réparti sur deux années pour réduire l’impact fiscal a aussi été évoquée.

Selon un document préparé par l’Association des cadres municipaux de Montréal (ACMM) à l’endroit de ses membres et dont Le Devoir a obtenu copie, le plan prévoit aussi de réduire les prestations d’invalidité de courte durée de 100 % à 75 % du salaire, de limiter à 80 %, plutôt que 100 %, les paiements pour les congés de maladie et d’octroyer la quatrième semaine de vacances après cinq ans au lieu de deux.

Quant à la rémunération, elle sera revue en fonction d’une grille de performance allant de hausses de 0 à 5 %, indique le document. La Ville réclame aussi une augmentation de la cotisation des cadres à leur régime de retraite.

Attitude du DG

Ce n’est pas tant la rémunération qui pose problème au sein des cadres que la détérioration des avantages sociaux et l’attitude qualifiée d’« autoritaire » d’Alain Marcoux à leur égard, ont indiqué plusieurs sources. Des cadres qui se sont confiés au Devoir et qui ont requis l’anonymat ont soutenu que l’insatisfaction était généralisée au sein des troupes. « Au bout du compte, on est moins bien traités que les employés qu’on supervise », souligne l’un d’eux.

« Le lien de confiance entre le DG et les cadres est brisé », relate un autre cadre qui soutient que les gestionnaires ont développé une aversion envers le DG, qui, disent-ils, n’a pas de considération pour eux et laisse entendre qu’ils ne sont pas assez performants. De nombreux cadres seraient « démoralisés ». « Certains disent qu’ils auraient dû demeurer cols bleus ou professionnels, car ceux-ci sont représentés par des syndicats. Les cadres ne sont pas payés pour les heures supplémentaires qu’ils font », a souligné un employé.

La question de la banque de temps est particulièrement litigieuse pour les cadres qui avaient accumulé beaucoup d’heures au fil des ans et qui entendaient les utiliser en fin de carrière. Cette pratique avait été encouragée par l’employeur dans le passé et certains cadres auraient accumulé des milliers d’heures. Aujourd’hui, la Ville change les règles du jeu, dénonce-t-on. Ceux qui comptaient prendre leur retraite sous peu pourraient devoir repousser leur projet de plusieurs années. « Beaucoup de cadres qui sont très frustrés par ça. »

La modification de l’horaire de travail peut paraître anodine puisque nombreux sont les cadres qui font plus de 35 heures par semaine, mais ce changement affecte négativement le calcul des avantages sociaux et congés de maladie, souligne-t-on.

Ainsi, le mécontentement chez les cadres de la Ville ne se limiterait pas seulement à ceux du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), dont certains menacent de prendre leur retraite, comme La Presse le rapportait la semaine dernière.

Des offres « équitables »

L’Association des cadres municipaux de Montréal, qui représente plus de 750 membres, a présenté la refonte des conditions de travail à quelque 200 d’entre eux lors d’une rencontre jeudi dernier. Les cadres n’étant pas syndiqués, l’association n’a pas de réel rapport de force avec l’employeur, indique-t-on, mais plusieurs membres auraient pressé les dirigeants de l’Association de ne pas accepter les nouvelles conditions de travail.

La présidente de l’ACMM, Pascale Tremblay, n’a pas voulu accorder d’entrevue à ce sujet. Dans son entourage, on invoque le fait que l’ensemble des membres n’a pas été rencontré.

Le directeur général Alain Marcoux a lui aussi refusé de commenter le dossier. Par courriel, Danny Boudreault, directeur des relations de travail et soutien-conseil à la gestion, a indiqué que l’« effort » demandé aux cadres permettra à la Ville d’assurer un meilleur contrôle de ses dépenses. « Notre position et les offres faites aux employés cadres de la Ville sont raisonnables. Elles sont justes et équitables par rapport aux offres qui ont été faites aux autres groupes d’employés de la Ville », a-t-il précisé.

La Ville compte 1232 cadres de gestion et les 355 cadres-conseils, mais la refonte proposée ne touchera pas les cadres du SPVM et de l’état-major du Service de sécurité incendie de Montréal (SSIM).

Changements pour 2016

« Les propositions mises en avant sont basées sur les conditions de travail observées dans les grandes entreprises du Québec. […] La volonté de la Ville est de positionner son offre de rémunération globale à la médiane de ce marché, a ajouté Danny Boudreault. La rémunération des cadres de la Ville de Montréal est déjà très compétitive, et elle le demeurera au terme de la refonte. »

La Ville dit souhaiter appliquer progressivement les changements à compter du 1er janvier prochain, mais que les principales modifications entreront en vigueur à compter du 1er mai 2016.

La Ville poursuivra ses discussions avec l’ACMM et le plan sera ensuite soumis à l’approbation du comité exécutif, au plus tard à la mi-décembre.

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