Feu vert au rejet sous certaines conditions

La Ville de Montréal pourra procéder au rejet d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent dès mardi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La Ville de Montréal pourra procéder au rejet d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent dès mardi.

Montréal ira de l’avant avec le déversement d’eaux usées dans le fleuve, a fait savoir le maire Denis Coderre lundi soir, peu après que la nouvelle ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, a donné son aval à l’opération sous certaines conditions. Sans préciser quand aura lieu le déversement, le maire a assuré que les exigences de l’arrêté ministériel seront respectées.

Mme McKenna a signé, lundi après-midi, un arrêté ministériel détaillant les quatre exigences requises permettant le rejet dans le Saint-Laurent de huit milliards de litres d’eaux d’égout.

Ottawa exige de la Ville qu’elle mette en place un plan de gestion concernant les rejetsimprévus émanant des industries et des institutions. Le gouvernement ordonne aussi à la Ville qu’elle assure une surveillance visuelle du déversement et qu’elle procède au nettoyage des zones concernées. De plus, la Ville devra effectuer un suivi serré de la qualité de l’eau, des sédiments et de la flore en effectuant des échantillonnages avant, pendant et après l’opération. Finalement, Montréal devra participer à un examen approfondi des événements ayant mené à ce rejet massif de concert avec le ministère fédéral de l’Environnement, les communautés autochtones ainsi que les autres partenaires.

L’arrêté ministériel prendra fin le 5 décembre 2015. « Et si le déversement n’a pas lieu avant cette date, les conditions devront être réévaluées », a indiqué la ministre McKenna lors d’un point de presse par conférence téléphonique alors qu’elle se trouvait à Paris, où elle participe aux travaux préparatoires de la Conférence sur le climat.

Si les conditions imposées sont respectées, la Ville pourra procéder au rejet d’eaux usées dès mardi, a expliqué la ministre : « Je reconnais que ce déversement est loin d’être souhaitable, mais c’est un dossier dont j’ai hérité comme ministre. »

Mme McKenna a invoqué les conclusions formulées la semaine dernière par des experts indépendants pour dire qu’il valait mieux procéder à un déversement planifié que de s’exposer aux risques accrus d’un rejet survenant de façon inopinée à la suite d’un bris d’équipement dans l’intercepteur sud-est. « Nous avions peu de temps compte tenu de l’arrivée de l’hiver », a-t-elle rappelé.

La semaine dernière, les experts indépendants mandatés par Ottawa avaient suggéré que des mesures de mitigation supplémentaires soient adoptées. Ils suggéraient alors l’utilisation d’un bateau-citernemuni d’un siphon inversé aux principaux points de déversement, une solution que n’a pas retenue Ottawa dans son arrêté ministériel.

Montréal

« Il va y avoir déversement, a déclaré Denis Coderre en début de soirée. On est d’accord avec les conditions et on entend collaborer avec la ministre et le gouvernement pour la question autochtone. […] Ça va se faire rapidement. »

Le maire n’a pas voulu préciser quand se déroulerait l’opération, indiquant que les détails de l’opération seraient dévoilés mardi lors d’une conférence de presse. « Vous êtes capables de patienter 24 heures », a-t-il dit aux journalistes qui insistaient pour savoir quand commencerait le déversement.

Le maire s’est défendu d’avoirgéré ce litigieux dossier en catimini et d’avoir caché des informations au public. Rappelons que plusieurs maires des villes environnantes de même que les membres du Comité permanent de suivi des eaux usées de Montréal avaient appris l’imminence du déversement par les médias.

Le maire a insisté pour dire qu’à l’unanimité, le conseil municipal avait adopté l’octroi d’un contrat visant la construction de la nouvelle chute à neige le 17 août dernier. Le sommaire décisionnel mentionnait le rejet d’eaux usées dans le fleuve pendant sept jours, sans toutefois préciser l’ampleur du déversement.

« Est-ce qu’il devrait y avoir une nouvelle façon de faire en matière de communications ? Peut-être », a commenté le maire.

Je reconnais que ce déversement est loin d'être souhaitable, mais c'est un dossier dont j'ai hérité comme ministre.

14 commentaires
  • Christian Gagnon - Abonné 9 novembre 2015 18 h 34

    Un bateau-citerne s.v.p.

    On nous a donné le volume du déversement en litres (8 millions) mais on aurait pu nous le donner en cuillers à table et ça aurait donné un chiffre encore plus grand qui aurait ému les bonnes gens encore davantage. Pour se faire une meilleure idée, 8 millions de litres équivaut à 8000 mètres cubes, ce qui correspond à un cube de 20 mètres (ou 66 pieds) de largeur par 20 mètres de profondeur par 20 mètres de hauteur. C'est environ le volume d'un immeuble multiplex de 5 étages dont chaque étage est fait de 4 logements de 1200 pieds carrés chacun avec des plafonds de 12 pieds. Vu comme ça, c'est pas mal gros.

    Mais si vous préférez, c'est un quatre-vingtième du volume des plus gros cargos pétroliers au monde. Donc, puisque le comité d'experts mandaté par l'ex-ministre Aglukkaq a suggéré qu'un bateau-citerne pompe le déversement dès sa sortie, cela me semble très faisable.

    Par contre, si selon les experts, les pluies abondantes causent régulièrement des déversements de cet ordre de grandeur, devra-t-on à l'avenir déployer le bateau-citerne municipal à chaque orage?

    • Daniel Smolla - Abonné 9 novembre 2015 21 h 20

      Il ne s'agit pas de 8 millions de litres, mais bien plutôt de 8 milliards de litres, soit un volume 1000 fois plus important que ce que vous estimez...
      http://www.ledevoir.com/politique/montreal/452508/

    • Jérôme Faivre - Inscrit 9 novembre 2015 22 h 16

      Je suis d'accord avec votre point; il est ridicule de mesurer en litres les grands volumes. Ce serait un peu comme avoir une vitesse de voiture mesurée en mètres à l'heure (je roule à 100 km/h, je fais donc du 100 000 mètres à l'heure...:-)

      Mais votre calcul a une erreur car basé sur 8 millions de litres, alors que le déversement est de 8 *milliards* de litres , donc de 8 millions de mètres cubes.
      Les très grands navires citernes construits pour le pétrole transportent actuellement autour de 0,3 millions de mètres cubes (capacité de 300 000 mètres cubes) .
      Les plus grands tankers jamais construits ont tourné autour de capacités de transport avoisinant 0,6 millions de mètres cubes .

    • Raymond Labelle - Abonné 9 novembre 2015 22 h 35

      C'est 8 milliards de litres d'eau.

      Ceci dit, votre image frappe l'imagination - c'est ce que vous montrez mais... 100 fois!

    • Jean Richard - Abonné 10 novembre 2015 08 h 18

      Il s'agit de 8 milliards de litres, ce qui doit faire 8 millions de mètres cubes (soit environ 1 million par jour).

      Un million de mètres cubes par jour, ça tient dans un cube qui fait 100 mètres de côté. C'est gros, mais à l'échelle du fleuve, c'est petit. Par ailleurs, il faudrait connaître la proportion réelle des contaminants. Et là, si on les isolait, il ne resterait qu'un petit cube.

      En comparaison, s'il fallait déverser le même volume de pétrole brut, ce serait la catastrophe. Or, la capacité de l'oléoduc projeté voisine les 165 millions de litres par jour. Et là, il ne s'agit pas de pétrole fortement dilué dans l'eau, mais de pétrole brut.

      L'intervention du fédéral en période de campagne électorale n'avait donc rien de surprenant. Il s'agissait de détourner l'attention. En focalisant sur les milliards de litres d'eaux usées de Montréal, on déplaçait par défaut en arrière-plan le projet contesté d'oléoduc, projet cher au gouvernement sortant, un gouvernement pro-pétrole.

      Et les médias, en parlant de litres au lieu de mètres cubes, mesure plus appropriée à l'échelle de l'événement, contribuaient (peut-être involontairement) à la tactique de la récupération politique. Quand il est question de pétrole, étrangement, on ne parle pas de litres, mais de barils (qui fait environ 165 litres).

    • Raymond Labelle - Abonné 10 novembre 2015 08 h 25

      Bon point M. Richard. À chaque article parlant de transport de barils de pétrole, par pipeline ou autrement, il faudra répéter et répéter encore qu'un baril c'est 165 litres.

    • Christian Gagnon - Abonné 10 novembre 2015 09 h 30

      Oups! Il s'agit effectivement de 8 milliards (et non millions) de litres. C'est donc 1000 fois plus! Changement de perspective: ça nous fait 8 millions de mètres cubes ou 282,5 millions de pieds cubes. Pour contenir le déversement, ça prendrait donc près de 13 des plus gros cargos pétroliers du monde. Et si la Place Ville Marie a une superficie de plancher totale de 1 612 141 pieds carrés (selon Wikipedia) avec des plafonds de 12 pieds, le déversement pourrait remplir jusqu'au sommet près de 15 Places Ville Marie. Enlevez-vous de là quand ça va sortir...

  • Bernard Dupuis - Abonné 9 novembre 2015 19 h 10

    Coderre devrait avoir honte

    C'est la deuxième fois que Denis Coderre se fait remettre à sa place par le gouvernement fédéral. C'est comme s'il faisait la preuve par l'absurde qu'il était un Canadien français incapable de se gouverner par lui-même.

    Bernard Dupuis, 9/11/2015

    • Daniel Legault - Abonné 9 novembre 2015 20 h 09

      Ces installations ont été construite dans le cadre du programme d'assainissement qui était financé par le gouvernement fédéral, le gouvernement du Québec et les municipalité.

      Ces organismes ont émis des normes de construction. La Ville de Montréal et toutes les autres villes au Québec ont par la suite opéré ces installations.

      Je ne vois pas pourquoi M. Coderre aurait honte et ce commentaire frise le racisme.

      Le message qu'on envoie à tous qui sont responsables de station d'épuration est:
      "Ne faite pas d'entretien planifié qui minimise les coûts et les impacts environnementaux. Attendez que ça casse et faite un déversement d'urgence, ça passe mieux!"

    • Bernard Dupuis - Abonné 9 novembre 2015 22 h 06

      @ Daniel Legault

      De quoi Coderre a-t-il l'air maintenant? Est-ce lui qui prend les décisions à Montréal? Que va-t-il faire à l'avenir? À chaque fois qu'il aura une décision à prendre, devra-t-il téléphoner au gouvernement fédéral pour demander la permission? Lorsque Coderre décidera quelque chose, les citoyens vont-ils se demander s'il a le droit de le faire? Il aura perdu sa crédibilité et son autorité.

  • Normand Renaud - Inscrit 9 novembre 2015 20 h 02

    Porte de sortie

    Dans les faits, l'ex-ministre Conservatrice à fait ses devoirs et ce n'était pas une guéguerre Libéral-Conservateur comme le criait Coderre, Aux études que la ville avait obtenu et vérifié par notre ministre provincial, il manquait une partie de planification et rétention au strict minimum de l'acceptable.

  • Denis Paquette - Abonné 9 novembre 2015 23 h 29

    Respect ou dilapidation

    Le fleuve est peut-être ce que nous avons de plus précieux et on est pas foutu d'en prendre soin, voila ce que vaut notre culture au service d'intérets financiers, la prochaine étape ca va etre quoi, de permettre a une multinationale de l'arnaché comme un vulgaire ruisseau et on veut avoir un pays, faites-moi rire, un pays ca commence par le respect du patrimoine, pas par sa dilapidation.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 10 novembre 2015 05 h 14

    Trois gouvernements valent mieux qu'un seul...

    L'un des plus anciens arguments invoqués contre l'indépendance du Québec est qu'il vaut mieux avoir deux gouvernements qu'un seul, autrement dit 'deux têtes valent mieux qu'une'. Cet argument masque un manque de confiance en soi et devrait être rejetté surtout lorsque des considérations scientifiques appuient une intervention politique. Malheureusement, la Ville de Montréal et le Gouvernement du Québec viennent de le renforcer durablement, la première par son double manque évident de transparence et de souci environnemental minimal et le second par ses trompeuses allusions à la science. Le ministre de l'Environnement du Québec a encore une fois bêtement inconditionnellement autorisé quelqu'un à faire quelque chose d'épouvantable environnementalement. Il nous a trompés, les arguments et autorités scientifiques invoquées à l'Assemblèe nationale n'existant probablement pas. Leur a-t-il seulement posé les bonnes questions? À qui doit-il maintenant s'adresser pour aider la Ville de Montréal à respecter les conditions fédérales? Il faudrait qu'il fasse mieux que le fédéral, cette partie du fleuve Saint-Laurent coulant ici. Quelle misère que ce gouvernement Harper québécois!