Le déversement moins risqué s’il est planifié, disent les experts

Environnement Canada a rendu public, vendredi après-midi, le rapport des trois experts mandatés par l’ex-ministre de l’Environnement Leona Aglukkaq.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Environnement Canada a rendu public, vendredi après-midi, le rapport des trois experts mandatés par l’ex-ministre de l’Environnement Leona Aglukkaq.

Les experts mandatés par le gouvernement fédéral pour analyser le projet de déversement d’eaux usées à Montréal jugent qu’un rejet planifié est moins risqué qu’un déversement non planifié qui pourrait survenir en raison d’un bris d’équipement dans l’intercepteur sud-est. Mais selon eux, les mesures de mitigation prévues par la Ville devront être bonifiées.

Environnement Canada a rendu public vendredi le rapport des trois experts chargés par l’ex-ministre de l’Environnement, Leona Aglukkaq, d’examiner les impacts environnementaux du déversement.

Robert Hausler, professeur au Département de génie de la construction de l’École de technologie supérieure (ETS), Viviane Yargeau, professeure au Département de génie chimique de l’Université McGill, et Daniel G. Cyr, professeur à l’INRS–Institut Armand-Frappier, n’étaient pas présents pour le dévoilement de leur rapport.

Mesures de mitigation

Les experts reconnaissent que les cintres installés en 1997 dans l’intercepteur sud-est se détériorent, tout comme certains autres équipements qui s’y trouvent. Ainsi, s’il survenait un bris, des travaux d’urgence pourraient être requis et entraîner un déversement non planifié d’eaux usées dans le fleuve.

Or, disent-ils, un déversement non planifié pourrait avoir des conséquences plus importantes et durer plus longtemps que le rejet planifié de sept jours.

À titre d’exemple, un rejet d’eaux non traitées pourrait être dommageable pour la reproduction des poissons s’il survient après le début de janvier. Mais, notent les experts, les études sur les conséquences des déversements d’eaux usées — qui surviennent lors de fortes pluies — sur la faune aquatique font défaut.

Les experts ne se prononcent pas clairement pour ou contre le déversement, mais ils suggèrent l’adoption de mesures supplémentaires pour en limiter les impacts. Ils recommandent notamment de faire un suivi plus serré du panache déversé dans le fleuve, de considérer l’utilisation d’un bateau-citerne muni d’un siphon inversé aux principaux points de déversement et de considérer le recours à une unité mobile de traitement ciblant les rejets potentiellement toxiques, comme les hôpitaux ou les industries. À plus long terme, Montréal pourrait envisager de construire un deuxième intercepteur pour le secteur sud-est, une option estimée à un milliard de dollars par la Ville.

En outre, les experts affirment que les risques pour les prises d’eau potable situées dans le fleuve sont « très limités ».

Une nouvelle ministre

Environnement Canada n’a pas encore pris position et entend étudier le rapport avant de transmettre ses recommandations à la nouvelle ministre libérale de l’Environnement, Catherine McKenna.

Rappelons qu’avec l’accord de Québec, la Ville de Montréal entendait rejeter dans le fleuve huit milliards de litres d’eaux usées du 18 au 25 octobre afin de réaliser des travaux dans l’intercepteur sud-est. Mais coup sur coup, deux arrêtés ministériels ont empêché la Ville d’aller de l’avant. Le dernier arrêté prendra fin lundi soir.

Dans un communiqué publié vendredi, la Ville de Montréal a indiqué qu’elle prendrait en considération les mesures d’atténuation proposées et qu’elle déterminerait lesquelles sont prioritaires.

Le rapport démontre que le maire, Denis Coderre, avait tort de dire qu’aucune autre option ou mesure de mitigation n’était possible, estime le conseiller de Projet Montréal, Sylvain Ouellet : « Ça fait un an que la Ville travaille sur ce dossier. Si elle avait étudié les mesures de mitigation au lieu de cacher ça sous le radar, on aurait pu mettre en pratique plusieurs d’entre elles. »

Selon lui, il est temps que le gouvernement fédéral ramène à l’ordre les municipalités qui, partout au pays, déversent régulièrement leurs eaux usées directement dans les cours d’eau. « Des mesures de compensation seraient appropriées et feraient en sorte que toutes les administrations municipales y penseraient à deux fois avant de procéder à des déversements. »

3 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 6 novembre 2015 18 h 59

    De la *****, c'est toujours de la *****, planifiée ou pas.

  • Diane Leclerc - Abonnée 7 novembre 2015 09 h 00

    Toute cette m...

    Ce que je retiens, c'est le dernier paragraphe du rapport : « Des mesures de compensation seraient appropriées et feraient en sorte que toutes les administrations municipales y penseraient à deux fois avant de procéder à des déversements. »

    Il faut que cessent tous ces déversements insensés dans le fleuve, et non uniquement celui dont il est présentement question à Montréal.

    On se croirait encore au début de l'ère de l'industrialisation !

  • Yves Côté - Abonné 7 novembre 2015 11 h 14

    Quel raisonnement !

    Quel est donc ce raisonnement à deux sous de ces prétendus experts ?

    Un coup de poing sur la gueule fait aussi mal quand il est prévu que lorsqu'il ne l'est pas.
    La seule différence, c'est qu'on s'attend à en prendre un...
    Toute une consolation pour les dégats !

    Une déclaration comme celle-là serait risible si elle n'était pas si affilgeante de bêtise.