Une décision irresponsable et injuste, clame Coderre

Denis Coderre a présenté la décision du déversement prévu comme un geste de prévention et de planification visant à mieux traiter les eaux usées.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Denis Coderre a présenté la décision du déversement prévu comme un geste de prévention et de planification visant à mieux traiter les eaux usées.

Denis Coderre a qualifié d’« irresponsable » et d’« injuste » la décision du gouvernement Harper d’ordonner la suspension du déversement de huit milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve. Le maire a donné jusqu’au 23 octobre au prochain gouvernement fédéral pour qu’il rende une décision, tout en assurant que la Ville respecterait la loi.

« Utiliser ce dossier pour des fins électoralistes peut entraîner des risques. Il pourrait y avoir des bris et davantage de déversements dans le fleuve », a prévenu le maire en accusant les conservateurs de tenter de « scorer des points politiques » avec cette controverse.

Plus tôt dans la journée, le lieutenant québécois de Stephen Harper au Québec, Denis Lebel, avait fait connaître la décision de la ministre fédérale de l’Environnement, Leona Aglukkaq, dans ce dossier.

Alléguant que Montréal n’avait pas fait suffisamment d’études sur les impacts du déversement, la ministre a décrété la suspension du projet et annoncé qu’elle mandaterait un expert indépendant pour procéder à un examen plus approfondi du dossier.

Invoquant la Loi sur les pêches qui interdit tout rejet de substance nocive dans des eaux où vivent des poissons, la ministre a indiqué qu’elle se devait de faire preuve de « diligence raisonnable pour veiller à ce que tout soit fait pour protéger la vie aquatique dans le fleuve Saint-Laurent ».

Même si la décision de décréter un arrêt ministériel fera en sorte de repousser le déversement à une date ultérieure — après les élections fédérales de lundi prochain vraisemblablement —, Denis Lebel a assuré que les études supplémentaires seraient réalisées promptement : « Bien sûr, on est pleinement conscients de l’urgence pour la Ville de Montréal. »

Injustice ?

Furieux, Denis Coderre n’y voit qu’une manoeuvre politique et un prétexte pour repousser la décision au-delà de l’échéancier électoral. « Le gouvernement canadien empêche Montréal de protéger le fleuve, a-t-il dit. C’est la première fois depuis 1977 qu’on parle d’arrêté ministériel. J’aimerais savoir pourquoi Montréal vit cette injustice. Est-ce qu’on va faire la même chose pour Victoria, pour Toronto et pour l’ensemble des municipalités ? » a-t-il lancé en rappelant que de nombreuses villes canadiennes déversaient des quantités importantes d’eaux usées dans les cours d’eau en toute impunité. « Est-ce parce que Montréal ne vote pas conservateur ? a-t-il demandé. Les travaux qu’on veut faire visent à protéger davantage le fleuve et les eaux. »

Le maire a réclamé du gouvernement qu’il rende sa décision au plus tard le 23 octobre afin que la Ville puisse procéder aux travaux avant le 15 novembre et ainsi respecter le calendrier convenu avec le ministère québécois de l’Environnement.

Et si Ottawa disait non le 23 octobre ? « J’ai dit que j’allais respecter [la loi] », a répondu le maire.

Le déversement d’eaux d’égout dans le fleuve, qui devait se dérouler du 18 au 25 octobre, était jugé nécessaire par la Ville en raison de la construction d’une nouvelle chute à neige et du retrait de cintres d’acier qui se trouvent à l’intérieur de l’intercepteur Sud-Est. Renoncer à ces travaux pourrait être problématique pour la gestion de la neige cet hiver, en plus de mettre à risque les infrastructures d’eaux usées.

Vote unanime

L’intervention d’Ottawa a été saluée par l’opposition à l’Hôtel de Ville. « Environnement Canada arrive à la même conclusion que nous, c’est-à-dire que la Ville n’a pas produit assez de documents pour prendre une décision éclairée », a commenté le conseiller de Projet Montréal Sylvain Ouellet.

Le maire Coderre a toutefois rappelé que le 17 août dernier, le conseil municipal avait voté à l’unanimité pour l’octroi d’un contrat visant la construction de la nouvelle chute à neige. Le sommaire décisionnel mentionnait que les travaux nécessiteraient la fermeture de l’intercepteur et le rejet d’eaux usées dans le fleuve pendant sept jours, sans toutefois préciser l’ampleur du déversement.

Liste des arrondissements dont les égouts iront dans le fleuve s'il y a un déversement

Arrondissements 
— Lachine 
— LaSalle 
— CDN-NDG (50%) 
— Verdun 
— Sud-Ouest 
— Ville-Marie 
— Outremont 
— Plateau-Mont-Royal (60%) 
— Rosemont-Petite-Patrie (80%) 
— MHM 
— Anjou (40%) 
— RDP-PAT (50%) 

Villes liées 
— Montréal-Ouest 
— Côte-Saint-Luc 
— Hamstead (10%) 
— Mont-Royal 
— Wesmount 
— Montréal-Est (70%) 
— Saint-Léonard (50%)
18 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 14 octobre 2015 11 h 42

    La campagne va tellement mal...

    Pas de déversement et pas de péage, un dernier petit coup avant Lundi prochain, go Stéphane go!

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 14 octobre 2015 14 h 28

    Manque d'intérêt à faire preuve d'imagination et d'idéal

    Je ne comprends pas pourquoi le maire n'a pas demandé aux ingénieurs de la ville de vérifier s'il n'y avait pas d'autres solutions! Il aurait eu davantage intérêt à le faire si la ville avait eu à compenser les dommages infligés à l'environnement, ce qu'on demande généralement aux entreprises de faire lorsqu'elles polluent.

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 octobre 2015 15 h 14

      Bien sûr qu'il le leur a demandé! Et ils ont répondu que non. Peut-être manquent-ils d'imagination, peut-être ont-ils raison.

    • Robert Beauchamp - Abonné 14 octobre 2015 18 h 19

      Sauf que Denis Coderre a réagi de façon partisane sans retenue en blâmant le «gouvernement conservateur» au lieu de mentionner le «gouvernement fédéral». Ce faisant il a ouvert les hostilités. Les mots étaient choisis, il a été plus que malhabile en sautant sur une patinoire sans y être invité. L'Agora Daudelin, les eaux usées, l'arche du quartier chinois...trois tuiles... trois prises: retiré! Comme au baseball

    • Daniel Legault - Abonné 14 octobre 2015 22 h 47

      Tout ce beau monde: Au provincial, le parti libéral, le parti québecois pas la CAQ parce que trop jeune, ont été impliqué dans la construction de ce système de traitement. Il a été conçu selon des normes nord-américaines et mondiales. Certains équipements sont en double, en triple, en quadruple, etc. et l'entretien d'une partie de ces équipements se fait sans déversement. Mais certains équipements généralement les plus coûteux et ils sont construits généralement très robuste sont unique comme les intercepteurs ne sont qu'à un exemplaire. Les doubler coûterait 2 milliards de $ uniquement pour Montréal. Et c'est identique à Laval, à Québec, à Sherbrooke et dans toutes les villes du Québec, en Ontario, dans le reste du Canada, aux États-Unis, etc. Il est normal de temps en temps de faire des déversements. Les ingénieurs de Montréal ne manquent pas d'imagination, ils ont raison tout simplement. On ne va pas tout doubler pour une semaine de déversement tout les 5 ans, parce que des déversements, il y a eu dans le passé et il va en avoir dans le futur. Présenentement très peu de ville ont les moyens financiers pour cela. Et la ville de Montréal, ce qu'elle traite ce sont tous nos déchets. Est-ce que l'on peut cesser de produire nos déchets durant 7 jours?

  • Jean Beaudin - Inscrit 14 octobre 2015 15 h 05

    Coderre

    Que Coderre dise Vive le Québec Libre et agisse, les scientifiques sont tous d'accord!

    • Chantale Desjardins - Abonnée 15 octobre 2015 07 h 58

      Coderre peut être fier des commentaires de Gilles Duceppe qui lui ont donné desmunitions. Voilà où est le vrai défenseur du Québec à Ottawa et je parle de Gilles Duceppe. Voilà où est le vote et Le Bloc est le choix des québecois. Votons Bloc et nous ferons le vrai choix et on en a la preuve.

    • Raymond Labelle - Abonné 15 octobre 2015 09 h 53

      La Ville est fautive. Désolé. Ne nous égarons pas dans les considérations politiques et regardons la chose objectivement. Disons quand même qu'un imprimatur du ministre Heurtel ne suffit pas à rassurer (chicané par un juge pour laxisme dans l'affaire du port de Cacouna, voir aussi Michel David aujourd'hui).

      On est tous d'accord pour dire que déverser 8 milliards de litres d'eaux usées dans le fleuve est une mauvaise chose. La question est: a-t-on le choix?

      Toute personne qui commente cet article devrait d’abord avoir lu l'argumentation étayée par la Fondation Rivières, parue au Devoir et que l'on peut retrouver au:

      http://www.ledevoir.com/politique/montreal/452483/

      Extraits:

      "Il est prévu dans le document d’appel d’offres que l’intercepteur resterait en fonction pendant les travaux. De plus, en ce qui concerne l’enlèvement des cintres, les travaux pourraient être réalisés plus rapidement. C’est ce que vient de révéler le Syndicat professionnel des scientifiques à pratique exclusive de la Ville de Montréal représentant notamment ses ingénieurs. La Fondation Rivières, tout comme le syndicat, demande d’évaluer la réalisation des travaux sans assécher l’intercepteur sur toute sa longueur et déplore qu’il n’ait pas été prévu que l’entrepreneur reçoive une prime s’il réalisait plus rapidement ses travaux. En augmentant par exemple le nombre d’équipes.

      Incidemment, la Ville n’a toujours pas produit de rapport présentant toutes les justifications et tous les efforts visant à trouver des solutions pour minimiser la pollution déversée.

      (...) La population du Québec a été consternée d’entendre la fausse déclaration du ministre Heurtel invoquant la possibilité d’une contamination de l’eau potable de Montréal si les travaux n’étaient pas autorisés. Évidemment, il ne comprenait pas le dossier. Et il a minimisé dès le départ les conséquences du déversement."

  • André Chevalier - Abonné 14 octobre 2015 15 h 46

    C'est une affaire de technicien

    Les politiciens n'ont pas d'affaire à se mêler de ça, surtout les conservateurs de Harper en ce qui concerne la protection de l'environnement.

  • François Dugal - Inscrit 14 octobre 2015 15 h 58

    Pow

    Pow, bang, schlack, zap et tiens-toi!
    K.O. Technique.