Le ministère de Mulcair a autorisé un rejet de 7,6 milliards de litres en 2003

La ministre fédérale de l’Environnement, Leona Aglukkaq
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne La ministre fédérale de l’Environnement, Leona Aglukkaq

Alors que Thomas Mulcair était ministre de l’Environnement dans le gouvernement libéral de Jean Charest, Québec a autorisé la Ville de Montréal à déverser 7,6 milliards de litres d’eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent en 2003.

Mardi, le chef du NPD avait dénoncé le rejet d’eaux d’égout dans le fleuve. « L’idée qu’en 2015, on va lâcher des milliards de litres d’eaux usées, crues, dans le Saint-Laurent et dans ses écosystèmes, c’est tellement saugrenu que c’est évident qu’un gouvernement du NPD ne le permettra pas », avait dit Thomas Mulcair.

Or, la Ville de Montréal a procédé à plusieurs déversements massifs dans le passé avec la bénédiction du ministère québécois de l’Environnement, a fait savoir l’administration Coderre, bien qu’à l’époque, ces rejets n’avaient pas été publicisés.

Selon les informations fournies par la Ville, deux déversements ont été effectués en 2003, le premier en mars pour un volume de 10,5 milliards de litres d’eaux usées, puis en novembre lorsque 7,6 milliards de litres ont été rejetés au fleuve sans traitement. En 2005, la Ville a procédé à quatre déversements totalisant 769 millions de litres d’eaux d’égout, mais il n’a pas été possible de confirmer si l’aval de Québec était requis pour ces cas.

Thomas Mulcair a occupé les fonctions de ministre de l’Environnement d’avril 2003 à février 2006.

Décision des péquistes

 

Lors d’une mêlée de presse mercredi soir, Thomas Mulcair a soutenu que le gouvernement libéral — qui avait pris le pouvoir en avril 2003 — avait dû appliquer une entente conclue entre la Ville et le gouvernement péquiste précédent. « C’était une décision du gouvernement antérieur qui a été exécutée avec notre gouvernement en 2003 », a-t-il indiqué.

Au NPD, on précise que la décision et les conditions reliées à la construction du collecteur industriel avaient été convenues par le gouvernement péquiste le 21 novembre 2002.


« Depuis lors, vous savez que les situations ont changé au Canada, a ajouté M. Mulcair. Et le NPD prend la même position, que ce soit en Colombie-Britannique ou à Montréal. Ce n’est pas vrai qu’en 2015, on va commencer à déverser 10 milliards de litres d’eaux usées dans le Saint-Laurent. »

Le chef néodémocrate a souligné que son parti avait promis d’investir 8,7 milliards de dollars au cours des 20 prochaines années afin de régler les problèmes liés au traitement des eaux usées à travers le pays.

Rappelons que plusieurs villes canadiennes procèdent à des déversements importants chaque année, dont Victoria, en Colombie-Britannique.

En 2013, le ministère des Affaires municipales a dénombré 45 512 cas de surverses dans l’ensemble des municipalités québécoises, lors d’épisodes de pluie abondante notamment.

La ministre Aglukkaq

 

La querelle entre Montréal et Ottawa s’est poursuivie mercredi. Au lendemain de la décision du gouvernement Harper de demander la suspension du déversement à venir de huit milliards de litres d’eauxusées, la ministre fédérale de l’Environnement, Leona Aglukkaq, a fait savoir sur Twitter que c’est seulement la semaine dernière que son bureau avait été avisé des intentions de Montréal. Son commentaire laissait entendre que la Ville avait omis d’aviser Environnement Canada du projet, bien que Denis Coderre ait affirmé, la veille, qu’Environnement Canada avait été saisi du dossier en septembre 2014.

En fin d’après-midi, le directeur des communications de la ministre a apporté quelques précisions : « Même s’il est clair que des représentants connaissaient dès septembre 2014 les projets de la Ville de Montréal, la ministre en a été mise au courant seulement la semaine dernière », a indiqué par courriel Ted Laking.

« Si la ministre n’a pas eu l’information, elle a un problème de staff ou elle ne s’occupe pas de ses dossiers », a commenté le maire Coderre.

Ultimatum

 

Mercredi, le maire Coderre était toujours sans nouvelles d’Environnement Canada à la suite de l’ultimatum de trois jours qu’il avait donné aux fonctionnaires fédéraux pour venir discuter du dossier à Montréal. Il n’a pas voulu dire si la Ville irait de l’avant avec le déversement sans l’aval d’Ottawa. « Ottawa ne donne pas d’autorisation, mais Ottawa peut empêcher ou ralentir le processus », a expliqué le maire.

M. Coderre persiste à dire que les travaux dans l’intercepteur sud-est sont nécessaires et que le déversement devra se réaliser entre le 15 octobre et le 15 novembre, faute de quoi les conséquences pourraient être graves pour l’usine d’épuration de Montréal.

Longueuil a déversé 150 millions de litres

Près de 150 millions de litres d’eaux usées ont été déversés dans le Saint-Laurent en mars dernier par la Ville de Longueuil, soit moins de 2 % des rejets prévus à Montréal.
Selon un porte-parole de la Ville, une voie de dérivation avait été aménagée pendant la durée des travaux pour minimiser les rejets. Les débordements auraient néanmoins été inévitables au moment du branchement et du débranchement de cette conduite de secours. Les informations à cet effet avaient été transmises aux ministères provincial et fédéral de l’Environnement, aux citoyens, aux associations de pêcheurs, ainsi qu’aux autorités des municipalités environnantes. Environnement Canada a affirmé pour sa part à d’autres médias ne pas avoir donné d’autorisation à cet effet, mais les fonctionnaires de la Ville de Longueuil assurent posséder des courriels qui prouvent la transmission d’un avis sur ce déversement.
Sarah R. Champagne

Erin Brockovich furieuse

Par ailleurs, la militante écologiste Erin Brockovich a réagi à deux reprises sur sa page Facebook à propos de cet enjeu. Celle qui a révélé une affaire de pollution des eaux potables en Californie interpelle le maire Denis Coderre à plusieurs reprises : « Sommes-nous en 2015? Est-ce que cette ville est considérée comme un acteur majeur sur la scène mondiale? Est-ce la même ville qui a été hôte des Jeux olympiques en 1976? [...] Tout cela est ridicule et honteux. » Et la militante donne le numéro de téléphone pour appeler le maire Coderre. Questionné à ce sujet, M. Coderre a eu ce commentaire : « J’ai adoré le film. Julia Roberts était extraordinaire. Avez-vous une autre question? »


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